CHAPITRE XLIII
pour désigner le même principe de nos connaissances dont la volonté réglait l'exercice et l'application ? Gall l'avait prédit et M. Lé lut , cité auparavant, l'a aussi rappelé, que la marche suivie par Spurzheim, en ramenant l'organologie dans le domaine ténébreux de la psychologie, rétablirait le désordre du chaos avec la controverse sophistique des anciennes écoles, et c'est ce qui est arrivé.
Dans un autre passage, p. 123, Spurzheim dit : « La nomenclature doit être conforme aux facultés, sans indiquer une action quelconque; de même qu'on parle du sens de voir et non pas du sens des couleurs verte, blanche, rouge (ou des formes triangulaire, carré, etc.) : ou de même qu'on admet un sens de l'ouïe et non pas un sens pour entendre le chant des oiseaux, la musique des hommes, le bruit du tonnerre , etc. ; de même il faut parler des facultés elles-mêmes et non pas de leurs applications. Lorsqu'on attribue à un organe la ruse , le savoir-faire, l'hypocrisie, les intrigues, etc., on ne fait pas connaître la faculté primitive qui contribue à toutes ces actions modifiées. Je détaillerai mes idées en traitant de chaque organe en particulier. »
On croirait d'après ce passage que Spurzheim ne s'est pas compris lui-même. Est-ce que voir n'indique pas une action, et ouïr une autre, n'importe le but ou l'objet qui est laissé à la volonté, de même que marcher indique une autre action dont le but et l'objet sont aussi laissés à la volonté ? Est-ce que la ruse ne suppose pas aussi une activité ou la faculté
d'une action ? Ou bien Spurzheim aurait-il admis des facultés sans y attacher d'action, c'est-à-dire des facultés de rien faire et sans manifestation, comme on serait tenté de le croire par le choix qu'il a fait du mot secrélivité) c'est à-dire faculté de garder le secret? Or garder le secret c'est se taire, et par conséquent ne pas agir ; mais se taire ou ne pas agir ne suppose ni faculté ni organe physique qui en soit l'origine, pas plus qu'un bloc ou une statue de marbre telle que la supposait Condillac avant de l'avoir dotée des organes que son imagination y supposa successivement pour faire comprendre ses explications sur l'entendement. Voilà des échantillons de la sagacité de Spurzheim que le docteur Foissac , son admirateur, nous signale, page 39 de l'Introduction au Journal de la Société phrénologique de Paris, en disant : « Observateur judicieux et profond, l'un des premiers élèves et le collaborateur de Gai!, M. Spurzheim, poursuivant le cours des travaux de son ancien maître, s'est attaché plus particulièrement à remonter à la source des facultés primitives, en les distrayant toujours des actions positives et des caractères déterminés qu'elles produisent par leurs combinaisons et leurs abus; voici la nomenclature à laquelle il faut joindre les nouvelles facultés qu'il a découvertes. »
Mais si vous distrayez toujours les facultés primitives des actions positives et des caractères déterminés qu'elles produisent, comment les reconnaîtrezvous et les distinguerez-vous les unes des autres?