VI PREFACE
l'adoption d'un plan qui tendait à concentrer cette partie de la médecine avec toutes les autres dans les villes de Paris , Strasbourg, Montpellier et Turin, me firent quitter, en 1804, le séjour d'Épinal pour celui de Paris, non sans avoir publié une petite brochure intitulée : Des moyens de perfectionner la médecine, etc., où je démontrais l'impossibilité de satisfaire au besoin de sages-femmes, d'après ce plan, que la raison et l'expérience ont ensuite fait abandonner. Mais comme c'est ordinairement l'approbation de l'ordre de choses établi qui pousse aux places et aux honneurs , cet opuscule ne paraît pas m'avoir recommandé pour un replacement.
Je retrouvai à Paris d'anciennes connaissances et d'anciens condisciples, entre autres Fauvelet de Bourrienne avec qui j'avais suivi plusieurs cours d'études, en 1789, à Leipzig, où mes liaisons d'amitié avec lui m'avaient valu l'honneur de lui servir de père, par procuration , lors de son mariage avec la fille aînée de l'avocat Conradi , chez qui il était en pension. Les deux condisciples dépossédés, l'un d'un humble professorat , l'autre de la place éminente de secrétaire du général Bonaparte, devenu premier consul puis empereur, redevinrent presque amis, étant plus rapprochés de leur ancien niveau, et, quand l'ex-secrétaire eut été nommé ministre de Frarice près les princes et états du cercle de Basse-Saxe, en 1805, je fus choisi pour accompagner sa famille , lors de son départ de Paris pour l'aller rejoindre à Hambourg; car à cette époque , les troupes prussiennes étant en mouvement pour agir de concert avec l'Autriche contre la France, je convenais mieux que beaucoup d'autres pour compagnon de voyage, parce qu'après un séjour d'environ quatorze ans parmi les Allemands, leur langue m'était devenue assez familière pour que je ne leur parusse pas étranger, et que j'aie pu m'en servir pour la publication d'une grammaire à leur usage, pour leur enseigner
PREFACE. Mi
le français, et d'autres ouvrages. Aussi madame Bourrienne et ses quatre filles purent , sous mon nom et à l'aide de mon langage, traverser sans encombre ni obstacle les cantonnements des troupes prussiennes pour arriver à Hambourg, où, par une coïncidence des plus heureuses pour ma satisfaction, le docteur Gall était arrivé depuis quelques jours. N'ayant garde de manquer une occasion aussi favorable de puiser la nouvelle doctrine sur le cerveau à sa véritable source, je m'empressai de lui faire une visite pour le prier de m'inscrire au nombre des auditeurs de son premier cours, ce qu'il fit en me montrant beaucoup de bienveillance et en refusant de moi l'honoraire qu'il recevait de la plupart des autres. Il m'invita à suivre aussi ceux de ses cours qu'il se proposait de tenir à Altona, ville du royaume de Danemark, rivale du commerce de Hambourg, en étant seulement à un quart de lieue ou trop près t selon l'étymologie de son nom.
Je parvins à détromper Bourrienne, qui, spirituel et léger, se pressait de juger sur les premiers aperçus , vrais ou faux , et qui ne croyant pas qu'un Allemand eût découvert quelque chose d'ignoré par les savants de France, s'était d'abord attaché à prêter à ce qu'il appelait la doctrine des bosses tous les ridicules que lui suggérait son penchant à la raillerie, penchant qui lui avait fait plusieurs ennemis auprès de Bonaparte, S'élant bientôt trouvé presque seul de son opinion parmi ceux qui l'entouraient, il consentit à suivre aussi les leçons de Gall, autant par entraînement peut-être que pour qu'on ne lui objectât plus qu'il parlait de son système sans le connaître. Il en résulta le contraire de son attente , car il finit par en devenir partisan assez zélé , et il en prit une connaissance assez exacte pour l'entendre discuter avec plaisir et en causer luimême d'une manière intéressante.
A mon retour à Paris, au commencement de février 1 806,