CHAPITRE III
riel. Le sang est une collection de matériaux passifs qui , quoique déjà préparés à leur destination , ne sont pas plus pleins de vie qu'une collection de pierres, taillées et amoncelées indistinctement jusqu'à ce qu'elles soient employées à quelque belle construction, n'est pleine d'art. Quant à la mort, elle n'a pleinement lieu que lorsque le corps animal a perdu l'irritabilité ; autrement il faudrait aussi ranger les lipothymies et les asphyxies parmi les morts réelles, quoiqu'en ressuscitant la réaction des fibres organiques par les excitants, on rallume le flambeau de la vie, souvent après plusieurs heures et même des jours entiers de mort apparente.
La vie, sujet de tant de discussions et de recherches, est une spontanéité organique ou une tendance native des organes à recevoir les impressions par lesquelles ils se conservent, se développent et fonctionnent. Ces sortes d'impressions sont sympathiques pour les organes ; car la sympathie est un rapport naturel qui rapproche les êtres qui se conviennent. Les sympathies sont basées sur des arrangements primitifs de la matière auxquels correspondent des impressions coordonnées, c'est-à-dire des impressions qui peuvent s'adapter à ces arrangements primitifs sans trouble ni désordre, ou qui y sont reçues sans lésion. Les impressions ne sont pas reçues, mais souffertes par les organes qui, faute de sympathie ou de coordination, s'en trouvent lésés. Des fruits livrés à l'estomac souffrent l'action ou les impressions de ce viscère qui les animasse par suite
de sa spontanéité ; livrés à la terre, ces mêmes fruits reçoivent d'autres impressions et se développent par leur spontanéité végétative qui domine ici , au lieu qu'elle était dominée dans le premier cas. C'est la spontanéité organique qui anime et vivifie toute la nature ; elle est inhérente aux arrangements primitifs de la matière, comme la couleur et la forme le sont à un corps visible et palpable. Elle est dans les corps organisés ce que l'attraction est dans les corps inorganiques. Par l'attraction les molécules similaires et disposées à l'affinité sont rapprochées, juxtaposées^ agglomérées, cristallisées. Plusieurs attractions en sens inverse l'une de l'autre amènent la dissolution, la disgrégation et la putréfaction. Par la spontanéité, un organe réagit aussi nécessairement, dès qu'il est stimulé par une impression sympathique, qu'un corps élastique rebondit, dès qu'il est frappé, ou qu'un corps pesant le déplace, dès qu'il est abandonné dans un milieu plus léger que lui. L'effet de la réaction organique, qui n'est que l'exercice de la spontanéité, est d'assimiler les parties homogènes et de repousser les hétérogènes. Les forces vitales et toutes les espèces de forces dont on nous étourdit en pure perte, ne sont et ne peuvent être que les divers actes de la spontanéité organique.
L'existence de l'animal se compose d'une double spontanéité ou d'une double vie, celle de la nutrition et celle de l'intellect qui, pris dans le sens le plus vague et selon sa valeur étymologique, convient à tous les animaux. L'existence du végétal ne se corn--