‹ Physiologie intellectuelleChapitre 40 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

content de son esprit ni content de sa fortune; c'est que pour être content ou mécontent d'une chose il faut avoir un sens pour l'apprécier. Voilà pourquoi les fous méconnaissent aussi leur propre folie , quand même il leur reste assez de raison pour remarquer celle des autres. L'homme n'est que l'interprète de son organisation actuelle, et il ne saurait avoir aucune idée de ce dont elle n'est pas ou plus susceptible. De même que l'on peut retrancher plusieurs parties du cerveau, sans le priver totalement d'idées; de même aussi on pourrait retrancher successivement plusieurs parties ou branches d'un arbre, sans l'empêcher de produire encore des fruits, et même des fruits de plus d'une sorte, si les greffes avaient été choisies et faites pour cela. Le préjudice des facultés intellectuelles n'est, comme on voit, pas plus possible à constater après la mutilation d'une partie du cerveau qu'il ne l'est de constater les idées d'un enfant mort-né ou venu au monde sans cervelle. Quant à la santé, elle n'est nullement dans la dépendance directe du cerveau , puisque les idiots et les animaux , qui n'ont que très-peu ou point de cervelle, jouissent en quelque sorte d'une meilleure santé que ceux dont la cervelle est plus considérable. Les enfants sans cervelle vivent et se développent dans le sein de leur mère comme les autres. Les aveugles et les sourds par accident se portent aussi bien après qu'avant la perle de leurs organes; et en général on observe que la vie est d'autant plus tenace et la reproduction d'autant plus facile que

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l'animal a moins de cervelle, comme le prouvent les acéphales ou les polypes , que l'on coupe et divise en tout sens et partout sans les faire périr, et qui se reproduisent entièrement de chaque division de leur corps ; comme le prouvent aussi les grenouilles et d'autres amphibies que la faux du faucheur inutile souvent d'une manière affreuse sans les faire périr, bien qu'elles ne reçoivent pour tout pansement que des coups de râteau. Ainsi plus les animaux se rapprochent du règne végétal, plus aussi ils ressemblent aux plantes qui se reproduisent et se multiplient de boutures.

Le cerveau est donc l'organe exclusif de la pensée, puisque nous avons vu dans ce chapitre que toutes les autres parties du corps, excepté lui, peuvent être détruites ou mutilées sans que les idées se perdent; mais il n'est l'organe de la vie qu'indirectement et autant que l'instinct animal, c'est-à-dire un stimulus interne, dérivé du besoin, l'avertit sympathiquement de la souffrance des autres organes, et change ainsi la direction de la volonté ou de son empire qui est tellement absolu que la maladie et la mort s'ensuivraient si les organes du mouvement qui sont sous sa dépendance refusaient les matériaux nécessaires aux organes de la nutrition : mais ces matériaux une fois administrés les organes de la nutrition, qui sont les vrais agents de la vie et de la santé , travaillent dans une indépendance presque absolue et en quelque sorte à l'insu du cerveau ; ils agissent môme contradicloirement à la volonté, comme cela a lieu

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