CHAPITRE 1(1. U
lumières ont toujours jeté un grand lustre sur les sciences, et qui avait pressenti dès long-temps les vérités que Gall enseigne aujourd'hui, n'a pas obtenu de réponse satisfaisante à une question bien importante qui avait pour objet de déterminer, par des expérience sur le vivant, et surtout par la mutilation successive de certaines parties du cerveau , le foyer particulier de chaque espèce d'idées. A part la difficulté de constater un foyer d'idées qui ne peuvent plus exister, et le trouble que les violences et les tourments mettent dans leur production, il y avait impossibilité d'enlever entièrement un organe, en supposant même que l'on n'eût pas opéré sur un seul hémisphère, ce qui serait revenu à ne pas opérer du tout. Comment en effet circonscrire un organe dans le cerveau et le poursuivre dans ses prolongements de manière à lui rendre toute fonction impossible, vu surtout l'étroite liaison des parties d'un même tout et l'affinité de certaines fonctions, dont plusieurs paraissent se confondre dans la mémoire et l'imagination? En enlevant un nombre quelconque de fibres cérébrales, c'est comme si l'on enlevait un certain nombre de fibres musculaires; supposons même que ce soit exactement un ou deux muscles congénères : cela est loin de rendre les autres muscles ineptes à toute fonction. Mais si l'on n'avait opéré que sur un seul membre, le membre opposé, intact, n est-il pas aussi propre à toutes ses fonctions que l'hémisphère du cerveau sur lequel n'aurait point porté l'opération? Ne voit-on plus, quand
on a perdu un œil? Cesse-t-on même d'avoir toute idée de vision, lorsqu'on a perdu les deux yeux, et n'a-t-on pas des visions sans le secours de ces organes? La raison en est, que l'organe de la vue ne se termine point dans l'orbite où il est visible. Cependant, comme cet organe s'affaiblit faute d'exercice et se flétrit peu à peu , il devient avec le temps toujours moins propre aux fonctions qu'il exerçait. Yoilà pourquoi les aveugles par accident sont d'abord inconsolables sur leur perte, parce que les idées attachées à la vue existant encore avec une sorte de plénitude et de vivacité, leur font éprouver la privation des jouissances qu'elles donnent; mais ils se consolent insensiblement, lorsque les mêmes idées sont devenues plus rares et plus faibles par les progrès de l'oblitération physique, d'autant plus qu'ils croient, non sans quelque raison, que leur perle est compensée par une énergie plus grande dans les autres organes.
Le peu de succès de toutes les recherches physiologiques sur les éléments de la pensée , tient à ce qu'en parlant de l'unité de l'âme, l'on n'a point considéré la duplicité du cerveau ni la pluralité des organes, répétés dans chacun de ses hémisphères. Le despotisme et la superstition ont long-temps égaré ou comprimé les esprits, en substituant les fantômes de la métaphysique aux réalités physiques , ou en brisant tous les ressorts que sa main invisible ne faisait pas mouvoir. Il a donc fallu, pour acquérir le droit de parler de phénomènes naturels, corn-