CHAPITRE III
mencer par faire un cadre métaphysique pour les caser , en rejetant tous ceux qui ne s'y prêtaient pas. Il en est résulté que chacun a parlé de ce qu'il ne savait pas comme de ce qu'il avait appris, et que, pour ne pas être soupçonné de matérialisme, le physiologiste lui-même a du être théologien et psychologiste dans ses recherches physiques, et n'a pu voir la nature que dans une lanterne magique dont tous les effets avaient été calculés et prévus d'avance. Gall s'est tenu en garde contre cette source d'erreur; mais il n'a pas entendu en se renfermant strictement dans son objet, qui est la recherche des conditions physiques de l'entendement, improuver les idées de spiritualité qui sont reçues; il a cru que, sans mettre la confusion du chaos dans les sciences, l'on ne pouvait exiger qu'il parlât de "choses qui n'ont jamais fait l'objet d'aucune de ses études, et qu'il ajustât à des notions qu'il n'a pas et dont il ne s'est jamais cru susceptible, l'explication de faits qu'il n'a envisagés que sous leur point de vue physique.
Spurzheim a été moins sage et moins conséquent que son maître, en désignant par le terme de phrénologie la physiologie du cerveau qui aurait été spécifiée d'une manière moins équivoque par dlanologie (traité sur l'intelligence), si l'on voulait n'avoir qu'un seul mot pour circonscrire sa sphère, à l'exclusion des fonctions étrangères au cerveau. Le mot phrénologie , dont je récuse le choix pour mon ouvrage, se présente à l'esprit comme une conception
amphibologique, propre à confondre le fictif avec le positif, parce qu'il suppose, dans la manifestation des facultés intellectuelles, l'intermédiaire de l'âme qui, appartenant entièrement au domaine de la métaphysique , doit rester étrangère à la physiologie. Le mot phren (cj>pr,y) n'a jamais signifié le cerveau en grec. Il désigne le diaphragme dont les anciens avaient fait le siège de l'âme, afin que, placée au milieu du corps, comme une araignée au milieu de sa toile, elle pût agir sur toutes les ramifications et les fibres de la vitalité corporelle , et leur servir de point d'union pour établir l'unité du moi ou du sens intime que l'on ne pouvait accorder avec l'idée d'inertie et de divisibilité infinie que l'on admettait comme propriétés caractéristiques de la matière. Voilà pourquoi l'âme fut désignée figurément par le mot phren, comme un prince l'est souvent par le mot trône qui le représente sur son siège. Si plus tard on a placé l'âme dans le cerveau, celui-ci n'en est pas devenu synonyme comme le diaphragme.
Spurzheim a d'ailleurs rendu sa doctrine ridicule, en imaginant, sans nécessité, une nomenclature barbare qui fausse la signification ordinaire des mots, heurte le génie de notre langue et l'usage reçu. Sa philogénitnre pour philogénésie, est une composition hybride prise dans deux langues différentes. Amativile pour instinct génératif et affeclionnivité pour attachement, sont des mots hétéroclites, sans filiation grammaticale, et qui, synonymes dans leur racine [aimer s affectionner), sont impropres kt exprimer le