CHAPITRE TII
quelques petites suppressions qui m'ont paru ne pas en changer ni affaiblir le sens. J'en tire la conséquence que le vague des idées et des explications de Spurzheim et la légèreté de ceux qui jurent sur les paroles du maître, ont nui et nuiront encore à la véritable science de l'organologie cérébrale dont j'adopte les bases générales, en admettant avec Gall que le cerveau est l'organe physique de l'intelligence, et qu'il est composé d'une pluralité d'organes. Mais la sphère d'activité de chacun n'est pas encore spécifiquement circonscrite ni bien déterminée, quoique des observations sanctionnées par des expériences réitérées ne me laissent que peu ou point de doute sur le siège et le sens principal que Gall a assignés à plusieurs d'entre eux. Gall a, toujours combattu l'erreur de ceux qui prêtent à un organe quelconque un entraînement irrésistible. Il tire même de la pluralité des organes cérébraux son argument le plus fort contre cette prétendue irrésistibilité qui serait incontestable, si le cerveau ne constituait qu'un seul organe. Ce n'est donc point contre l'organologie cérébrale, mais bien contre l'interprétation qu'en ont faite des indiscrets qui n'en ont qu'une fausse notion, que M. de Bussy a argumenté, et, quoiqu'il ait tiré des conséquences bien logiques, ses arguments ne prouvent rien contre la doctrine de Gall, parce que ses prémisses, fausses sous ce rapport, ne peuvent s'y appliquer. Je conteste à M. de Bussy, nonseulement ses prémisses, mais aussi la justesse du raisonnement, d'où il conclut que le développement
15$ PH YSIOLOG 1.K INTELLECTUELLE.
matériel des organes, n'étant qu'un des éléments de leur puissance, ne signifie rien, si on ne peut aussi mesurer l'activité qui les anime. L'activité d'un organe est naturelle ou acquise. Dans le premier cas, elle se mesure sur le développement de l'organe, et alors il n'y a qu'un élément. Dans le deuxième, c'est un phénomène accidentel dont les causes peuvent être très-variées, ce qui ne rend pas la puissance naturelle de l'organe plus problématique que celle de la circulation et de la respiration dont l'état normal est accidentellement dérangé.
Le prétendu organe de destructivité de Spurzheim, qui place le loup et l'agneau sur la même ligne phrénologique, n'est qu'un rêve, velut œgri somnia. Il est douteux pour moi que la nature ait départi un organe spécial de destruction à un animal quelconque, et, si le meurtre existe, il est peut-être plus raisonnable de le considérer comme moyen de nutrition des animaux carnassiers et comme moyen de défense pour d'autres, ce qui nécessite le concours de plusieurs organes. L'homme n'aurait ni le libre arbitre ni la liberté morale, s'il ne pouvait abuser des moyens de défense dont il est pourvu; et il en abuse évidemment contre le vœu de la nature par le suicide, etc. Comme on ne peut isoler la sphère d'activité d'un organe, et que très-souvent on ne parvient que difficilement à en connaître la faculté primitive et fondamentale, on se jette facilement dans l'erreur en adoptant l'impulsion exclusive d'un seul pour des phénomènes qui demandent le concours