CHAPITRE IV
traire dans la tète, extrêmement légère, quoique très-épaisse, d'une négresse morte à F âge de cent sept ans. Gall a également remarqué que le crâne des suicides acquérait une pesanteur extraordinaire. La même chose a lieu chez ceux qui ont éprouvé une aliénation mentale très-longue, et leur cerveau perd aussi beaucoup de consistance. Le docteur Pinel fait la même observation dans son Traité médico-philosophique, sur l'aliénation mentale. Les espèces de folies qui produisent le plus immanquablement ces altérations, ne peuvent encore être bien déterminées; mais il est probable que ce caractère appartient à celles qui sont accompagnées de délires violents et long-temps soutenus avec une sorte d'opiniâtreté dans les inclinations, et alors, pour les guérir, il serait à propos d'empêcher l'affluence des humeurs vers la tête, en calmant ou en faisant révulsion à l'irritation cérébrale qui peut en être la cause. Gall a aussi fait l'observation tout opposée , c'est-à-dire qu'il a trouvé des crânes d'aliénés , épais et cependant beaucoup moins pesants; alors leur cerveau n'avait plus la même consistance que dans le cas précédent. Cette particularité aurait-elle lieu dans l'imbécillité et la presque nullité des facultés intellectuelles ? Si cela était, le rgime fortifiant conviendrait mieux pour les guérir, que les saignées et que toute la méthode affaiblissante, devenue presque banale, avant que la philosophie d'observation eût fait crouler l'édifice de la routine.
Cette différence de dureté et d'épaisseur des crânes peut aussi être due à d'autres causes, par exemple, à l'habillement; et tout le monde connaît le fait rapporté par Hérodote qui, en visitant le champ d'une bataille donnée entre les Perses et les Égyptiens, où les corps des morts avaient été séparés selon la nation à laquelle ils appartenaient, trouva que les crânes des derniers, accoutumés à aller tête nue, étaient si durs que les plus grosses pierres pouvaient à peine les briser, tandis que ceux des Perses, accoutumés à se couvrir la tête d'une tiare épaisse, comme ils le font encore aujourd'hui, étaient si minces et si fragiles qu'un petit caillou les perçait aisément.
Pour prouver combien le crâne , malgré sa résistance apparente, est souple et docile à l'action du cerveau, Gall remonte à la première ossification qui s'établit par un point d'où partent ensuite des fibres osseuses, rayonnantes en tout sens. Ces fibres, naissant de l'apposition successive de la matière osseuse dans les interstices d'une membrane qui recouvre le cerveau et en affecte exactement la forme, ne peuvent que se ranger conformément au moule qui les reçoit, d'autant plus que ce moule est lui-même compris entre la calotte aponévrotique et les méninges du cerveau, toutes formées sur le même modèle. Les fontanelles et les sutures, ne s'ossifiant qu'à la longue, favorisent aussi l'action du cerveau ; et l'élasticité des os, quand une violence quelconque en change la forme, seconde pareillement la même action. Voilà