CHAPITRE IV
pourquoi la tête d'un enfant reprend d'elle-même et si facilement sa forme naturelle, après un acouchement laborieux , quelque Violence qu'elle ait d'ailleurs éprouvée, pareille à un arbre que l'élasticité redresse, lorsqu'il a été courbé. Gall fait encore voir que toute la cavité du crâne est sillonnée par l'impression des veines et des artères; que l'épine cruciale doit son existence à l'absence de substance cérébrale dans toute son étendue; que les six lobes se sont fait des creux analogues à leur forme dans le crâne, qui est passif à l'égard du cerveau, doué de deux mouvements dont l'un, plus lent, est isochrone à la respiration, et l'autre, plus vif, répond à la circulation. Le sens commun, jugeant par un premier aperçu, ne voit les masses que toutes formées, et il fait céder les plus molles aux plus dures, parce qu'il ne réfléchit jamais ni à la différence d'activité, ni aux principes, qu'il livre sans inquiétude au chaos ou au hasard,, quoique la régularité et la précision des formes repoussent avec horreur ces deux agents du désordre. Cependant la pathologie prouve journellement qu'un anévrisme, qui est une tumeur molle, causée par la dilatation ou la dilacération des membranes d'une artère, laisse l'impression de sa forme dans les os les plus durs. La physique montre également qu'une goutte d'eau suffit, par une chute réitérée, pour creuser un rocher beaucoup plus dur qu'elle : Gutla cavat lapident, non vi, sed sœpe cadendo.
Gall cite enfin les hydrocéphales, dont quelques-
unes peuvent, en un seul mois, rendre le volume de la tête double de ce qu'il était auparavant ; et comme cette maladie n'est pas assez rare pour n'être pas connue de tout le monde, elle suffirait seule à prouver son assertion. Il offre à la curiosité plusieurs crânes d'hydrocéphales, non-seulement très-volumineux, mais tellement amincis et privés de substance osseuse, qu'ils en sont devenus presque tout membraneux.
Pour ne rien laisser à désirer sur ce chapitre, remarquons que toutes les parties qui composent le corps ont été molles et même liquides avant d'être solides ; au fur et à mesure que le système de la nutrition en apporte de nouvelles, pour remplacer les anciennes , les parties solides redevenant molles et liquides, sont résorbées et reportées dans le torrent de la circulation, pour être rejetées au dehors comme inutiles à l'économie, qui renouvelle le même procédé dans tous les instants de la vie jusqu'à la mort. C'est ainsi que le crâne, par exemple, qui existait il y a un an, a été retiré partiellement par la résorption et recomposé de nouvelles parties nutritives aussi molles que celles du cerveau, sur lequel elles se sont rangées successivement, comme parties passives, en suivant toutes les variations de sa forme, selon l'impulsion vitale qui les meut , selon aussi la longueur et la direction des couloirs qui les charrient. Voilà comment, dans l'économie animale, la forme des parties dures est aussi facile à déterminer que celle des parties molles.