CHAPITRE V
combien il est absurde de chercher la perfection dans l'inutilité des moyens et dans l'excès des matériaux. Puisque la contradiction et l'absurdité jaillissent de toutes les suppositions contraires à la pluralité des organes pour les diverses fonctions primitives, nous sommes donc forcés à l'admettre ou à renoncer à faire aucun usage de notre raison.
Au reste, la vérité dont j'administre les preuves n'est point la propriété exclusive de Gall, comme il l'observe lui-même, elle appartient au domaine intellectuel d'un grand nombre de savants distingués, tels queBoerhaave, Haller, Meyer,Vanswieten, Schellhammer, Glaser, Jacobi, Sœinmerring, Prochaska, Tiedemann, Bonnet, etc. Albert-le-Grand , archevêque de Ratisbonne, mort à Cologne en 1280, avait saisi et manifesté la même idée, comme on peut s'en assurer par la lecture de ses ouvrages où il y a même des figures de crânes avec désignation de divers organes. En remontant plus loin dans l'antiquité , on trouve que la même vérité a aussi été professée par Plutarque (De placitis philosophorum, 1. IV, c. A et 21), par Diogène de Laerte (De vitis et dogmatibus philosophor., s. VII, f. 167 et 159), par Galien(De dogmatibus Hippocratis, lib. 2, p. 111 et 123, edente Baldinger), par Tertullien, qui dans son livre (De anima, c. 14) rapporte avec un soin particulier les opinions des anciens philosophes sur les diverses parties de l'âme, comme le fait aussi Tiedemann dans la seconde partie de son Système des philosophes stoïciens, etc. Ayant cité, à la lin du chapitre III, le
sujet de prix proposé par l'Académie de Dijon pour déterminer le siège de divers organes, qu'il me suffise ici d'y renvoyer.
Que penserait de Gall et de son système le célèbre Bonnet, s'il vivait encore, lui qui dans sa Palingénésie philosophique et particulièrement dans son Essai analytique sur les facultés de l'âme (§ 9 et s.) s'exprimait de la manière suivante : « J'ai donc pensé que les fibres sensibles sont construites de manière que l'action plus ou moins continuée des objets y produit des déterminations plus ou moins durables, qui constituent la physique du souvenir. Je n'ai pu dire ce que sont ces déterminations, parce que la structure des fibres sensibles m'est inconnue; mais si chaque sens a sa mécanique, j'ai cru que chaque espèce de libres sensibles pourrait avoir la sienne. Ayant considéré les fibres sensibles comme de trèspetits organes, il ne m'a pas été difficile de concevoir que les parties constituantes de ces organes pouvaient revêtir, les unes à l'égard des autres, de nouvelles positions, de nouveaux rapports auxquels était attachée la physique du souvenir.
» J'ai donc considéré chaque fibre sensible comme un très-petit organe qui a ses fonctions propres, ou comme une très-petite machine que l'action des objets monte sur le ton qui lui est approprié. J'ai jugé que le jeu ou l'effet de la fibre doit résulter essentiellement de sa structure primordiale, et celle-ci de la nature et de l'arrangement des éléments. Je ne me suis point représenté ces éléments comme des corps