‹ Physiologie intellectuelleChapitre 61 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

simples, je les ai envisagés comme les parties constituantes d'un petit organe, comme les différentes pièces d'une petite machine destinée à recevoir, à transmettre et à reproduire l'impression de l'objet auquel elle a été appropriée.

» Il suit de là qu'une intelligence qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau, qui verrait dans le plus grand détail tout ce qui s'y passe, y lirait comme dans un livre. Ce nombre prodigieux d'organes infiniment petits, appropriés au sentiment et à la pensée, serait pour cette intelligence ce que sont pour nous les caractères d'imprimerie. Nous feuilletons les livres, nous les étudions, cette intelligence se bornerait à contempler les cerveaux? »

Outre les raisons alléguées, l'on peut encore dire que, si toutes les fonctions de l'entendement se rattachaient à un seul et même organe, l' homme fatigué d'un ouvrage ne pourrait passer à un autre pour se distraire et se récréer. Cependant après s'être fatigué par une étude sérieuse, telle que celle de la médecine, de la philosophie ou des mathématiques, il arrive que la musique, la lecture d'une gazette, d'un roman, d'une histoire, d'un conte, d'un poème, les jeux et même ceux qui demandent beaucoup d'attention, tels que les cartes, les échecs, le billard, la conversation, la comédie, la tragédie, etc., deviennent encore des occupations également amusantes et récréatives. Quel est l'auteur qui, fatigué par une composition de longue haleine, n'ait trouvé plus d'une fois un vrai plaisir et un délassement réel

dans la lecture des bons ouvrages? N'est-ce pas dans la variété des occupations que consiste le secret d'un travail soutenu, et n'est-ce pas là aussi que Ton trouve le charme de l'ennui et de la fatigue? L'ennui a-t-il d'autre cause que l'uniformité d'état ou l'identité accablante des aliments de l'esprit? Les choses les plus agréables d'abord , je veux dire la musique, les divertissements et tous les plaisirs ne finissent ils pas eux-mêmes, par leur continuité ou leur répétition trop fréquente, par lasser et ennuyer? La seule différence qu'il y ait, est dans les mots ; l'on est blasé sur les jouissances, et l'on est fatigué du travail. Gomment expliquer tous ces phénomènes, comment en concevoir la possibilité, si nous n'avions qu'un organe ou qu'un sens qui fut en butte à toutes les impressions et devînt le centre unique de tous les sentiments? D'ailleurs, les facultés que nous avons vues se manifester successivement et jamais simultanément dans l'enfant; ne les voyons-nous pas aussi s'affaiblir de même dans le vieillard? L'intelligence du moribond s'exhale-t-elle tout d'un coup par le dernier soupir, ou meurt-elle partiellement avec le corps? Si les facultés du moribond s'évanouissent l'une après l'autre, et souvent à des intervalles trèséloignés, ce n'est que parce que leur perte est subordonnée à la mort ou a la paralysie partielle et successive d'organes distincts.

La pathologie médicale et chirurgicale a constaté plusieurs faits qui prouvent que le développement ou la perle de certaines facultés ont été le ré-

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