‹ Physiologie intellectuelleChapitre 65 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de leur accès, de longs passages des auteurs dont l'étude a occupé leur jeunesse. Mais à l'égard de la mémoire , il faut remarquer encore que certains aliénés ne conservent aucun souvenir de leurs extravagances ; tandis que d'autres se les retracent vivement, et sont comme pénétrés de repentir à la vue des écarts où une impulsion aveugle et irrésistible les a entraînés.

» Enfin la comparaison, la réflexion, et le raisonnement subissent des modifications analogues : tantôt détruits, tantôt dans toute leur énergie; d'autrefois enfin pervertis. Actuellement, chez un aliéné qui tient les propos les plus absurdes, ils se rétablissent lorsqu'un objet vient le fixer au milieu de ses divagations chimériques. M. Pinel engagea un aliéné d'un esprit cultivé à lui écrire une lettre dans un moment où il tenait les propos les plus extravagants, et cependant cette lettre était pleine de sens et de raison. Un orfèvre qui s'imaginait qu'on lui avait changé sa tète, avait construit dans l'hospice les machines les plus ingénieuses, et qui semblaient supposer les combinaisons les plus profondes. »

On lit dans le Droit et le Constitutionnel du 11 janvier 1842 :

« La femme Linard, portière, passage Saint-Avoie, fut prise, il y a quelque temps, d'une singulière monomanie. Cette femme, dont les habitudes avaient toujours été paisibles, manifestait constamment l'envie de couper le cou à quelqu'un. On la plaça dans un hospice où, après un séjour de plusieurs mois,

elle parut avoir recouvré sa raison ; elle rentra donc chez son mari la semaine dernière, et deux jours après elle se présentait chez le commissaire de police, en lui disant fort tranquillement qu'elle désirait couper le cou à son mari. Ce magistrat cherche à lui faire entendre raison , et il prévient le sieur Linard de prendre ses précautions. Hier on vint l'appeler pour constater un suicide, c'était celte malheureuse insensée qui avait tourné contre elle sa funeste monomanie ; elle avait trouvé sous sa main les rasoirs de son mari, et s'était fait au cou une horrible entaille.

» Un médecin venait d'essayer une guérison bien douteuse, en cherchant à rapprocher toutes les chairs; mais la femme Linard repoussait ses soins, en disant : — Si vous me guérissez, je couperai le cou à mon mari. — Vous lui en voulez donc? lui dit le commissaire. — Non, répondit la pauvre insensée; mais il y a une voix d'en haut qui me crie sans cesse que je dois lui donner la mort pour son bonheur. Elle a expiré quelque temps après. »

D'après tous ces phénomènes, et lant d'autres qu'il est inutile de mentionner, peut il rester le moindre doute sur la division du cerveau en plusieurs organes dont les uns sont exaltés, ou affaiblis, tandis que les autres restent dans leur état naturel et exercent leurs fonctions avec la plus grande régularité? 11 y a tant d'autres preuves encore de cette vérité, qui paraît n'avoir pas été assez sentie j usqu'à présent ni avoir suffisamment fixé l'attention des philosophes, que l'on n'est embarrassé quedu choix. Ce n'est qu'en l'admet-

Page 1