‹ Physiologie intellectuelleChapitre 67 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

égale par l'application qui a précédé; les plus excités poursuivent encore leurs fonctions, que ceux qui le sont moins ont déjà quitté entièrement les leurs : de là les rêves du premier sommeil, qui tiennent à l'activité partielle du cerveau ou de quelques organes. Mais si, au moment où l'on se couche, tous les organes sont dans une espèce de détente générale et qu'aucun ne soit exalté par un excitement particulier, alors le sommeil est tranquille par la généralité de leur repos, comme cela arrive principalement en voyage, après la chasse et à la suite de tous les exercices corporels un peu fatigants ; parce qu'alors les membres fatigués étant le point irrité deviennent le centre de la réaction et du mouvement circulatoire, c'est-à-dire qu'ils font révulsion à l'irritation du cerveau, dont toutes les libres sont relâchées. \oilà pourquoi le travail de l'esprit réussit mal ou devient impossible après la fatigue du corps, et c'est aussi par cette raison que l'exercice répété des mêmes parties du corps sert à leur développement, en y sollicitant une circulation plus active qui y laisse plus de sucs nourriciers. Au contraire, si, immédiatement avant de se coucher, l'on occupe son esprit de quelque chose qui puisse y produire une impression forte et durable, par exemple, que l'on entreprenne une composition littéraire qui excite la verve ou une lecture qui frappe l'imagination, alors le cerveau deviendra en même temps le centre d'activité des deux vies, et ce sommeil sera difficile ou agité par des rêves; aussi est-ce d'après une expé-

rience bien fondée que l'école de Salerne indiquait le repos ou l'exercice du corps après souper par ce vers latin si connu et d'un sens si sage :

Postcœnam stabis aut passus mille meabis.

Ceux qui ont cru que cœnam pouvait indistinctement s'interpréter par souper ou dîner, signifiant ici repas en général, n'ont pas saisi le sens de cette maxime, dont le but est encore plus de donner le secret d'un bon sommeil que celui d'une bonne digestion. Si le sommeil se prolonge au delà du strict besoin, les organes intellectuels qui ont été le moins fatigués ou ceux qui dominent par leur développement plus considérable, ceux qu'on a l'habitude d'exercer le plus, de même que ceux qui sont destinés à percevoir des impressions que le hasard amène les premières, reprennent leur activité avant les autres : de là les rêves du dernier sommeil, rêves qui sont d'autant plus clairs et distincts, c'est-à-dire d'autant plus ressemblants aux idées de l'état de veille, qu'un sommeil plus excessif laisse un plus petit nombre d'organes dans l'inactivité absolue. Cette explication doit paraître d'autant plus satisfaisante qu'elle est plus d'accord avec l'expérience, qui nous montre que, plus le sommeil est prolongé ou plus certains organes ont été exaltés durant la veille, plus aussi le sommeil est agité et rempli de rêves. Les animaux dont le sommeil dure tout l'hiver sont précisément ceux dont l'inlelligence est dans une grande disproportion d'activité

Page 1