‹ Physiologie intellectuelleChapitre 68 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

relativement à la nutrition, qui concourt elle-même, à raison de sa perfection, à la bonté du sommeil. Le somnambulisme ne diffère du rêve proprement dit que par l'accession du mouvement , et tient à ce que l'organe ou les organes actuellement actifs sollicitent les muscles soumis à la volonté quand leur réaction se lie nécessairement ou accidentellement au mouvement. Je n'entrerai point dans le détail des phénomènes, souvent très-curieux, de cet état qui, en concentrant l'activité d'un organe et en écartant toute distraction de la part des autres, facilite souvent la solution de problèmes très-difficiles, et garantit de plusieurs dangers que Ton ne courrait pas impunément dans l'état de veille, comme de marcher sur les toits, au bord des précipices, etc. Pour mieux concevoir l'effet salutaire de cette concentration d'activité sur quelques organes dans le somnambulisme, il suffit de se transporter en idée sur une très-haute tour, par exemple, sur celle de Strasbourg : s'il y a des parapets, l'on ira sur le bord du plateau et l'on s'y tiendra sans crainte et sans s'appuyer; qu'on ôte au contraire le parapet, l'organe de la circonspection réveillera tellement, surtout chez les personnes peu exercées à ces expériences, le sentiment de la frayeur, qu'elles n'y pourront rester tranquillement comme auparavant, ou même qu'elles s'évanouiront et tomberont si on ne les retient. Yoilà pourquoi il est dangereux d'éveiller les somnambules. Les rêves, particulièrement le somnambulisme, ne sont pas uniquement bornés à des im-

pressions internes et au sens intime, comme on serait tenté de le croire; ils s'allient très-bien à des impressions reçues du dehors, par exemple, par le sens de la vue ; autrement il serait impossible de corriger des manuscrits en rêvant, et de placer exactement les mots qui remplacent les ratures. Galla connu un prédicateur, somnambule, qui très-souvent, lorsqu'il avait à prêcher, se relevait en dormant, composait son discours presque en enlier, le coupait par des divisions régulières , faisait des ratures et les corrigeait à peu près comme dans l'état de veille, puis se recouchait, et se levait enfin sans se souvenir de rien.

Le délire, la vision, la commotion, l'extase, la catalepsie, l'épilepsie, l'hystérie, l'hypocondrie, etc., maladies qui sont toutes alliées de l'apoplexie, reconnaissent comme elle, pour symptôme principal, une lésion plus ou moins générale des fonctions intellectuelles; et pour cause, une irritation accompagnée d'une congestion plus ou moins grande au cerveau. Le délire et la vision tiennent à une excitation contre nature de certains organes, avec cette différence que, dans le délire, il y a en même temps oppression des organes non excités; au lieu que, dans les vi sions, ces derniers restent à peu près dans l'état naturel. Voilà pourquoi dans le délire, où aucun organe n'est dans l'état naturel, tout est illusoire; au lieu que, dans la vision, les erreurs ne portent que sur un objet. Cependant il serait quelquefois injuste d'accuser le visionnaire d'hypocrisie, parce que, mal-

Page 1