‹ Physiologie intellectuelleChapitre 69 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gré l'intégrité de plusieurs facultés, il peut, par l'exaltation concentrée d'un organe, s'en imposer à lui-même au point de croire à la présence réelle de l'objet de sa vision, comme le ferait celui à qui on a fait l'amputation d'un membre sur le siège de sa douleur, si le toucher, le défaut d'exaltation et l'absence de tout préjugé favorable à son idée ne l'aidaient à rectifier son jugement. M. Blœde cite, dans son Exposé du système de Gall, un certain Wœzeln de Leipsig, qui parait avoir été dans la bonne foi lorsqu'il faisait tant de bruit sur l'apparition de sa femme défunte. L'art peut produire le même elïèt, surtout chez les personnes dont la mollesse et la grande irritabilité prêtent facilement aux illusions, comme le prouve la fantasmagorie de Robertson et de Bienvenu. Paracelse, qui donnait le nom de fantomes ou de spectres aux objets gigantesques des visions noctures, indique dans ses ouvrages la manière de faire des miroirs constellés propres à faire voir des revenants à volonté; et un juif allemand, nommé Léon, établi, en 1772, rue de la Harpe, à Paris, a gagné plus de quarante mille livres à vendre de ces miroirs constellés, qui produisaient réellement leur effet chez les personnes crédules et dominées par les préjugés, pourvu toutefois que leur imagination s'y trouvât naturellement préparée, ou qu'elle y eût été disposée par les discours du juif sur l'origine mystérieuse du miroir, par des prières, par l'obscurité de la chambre, par diverses figures hiéroglyphiques, etc. Les miracles du prêtre Gasner, de

Graham, de Cagliostro, de Mesmer , etc., n'étaient également que des enfants d'une imagination exaltée, en supposant toutefois que l'on n'ait point employé de gaz asphyxiants, ni d'autres moyens propres à eauser des congestions au cerveau, pour hâter les effets désirés, qui alors auraient ressemblé à ceux de la foudre, et auraient pu être dissipés très* promptement par l'alcali volatil ou le dégagement de quelque acide, selon la nature des gaz, ainsi qu'ils le sont d'ordinaire, mais plus lentement, par le grand air. L'art du prestige n'est donc que l'art d'isoler un organe, en fermant la porte à toutes les impressions qui lui sont étrangères, ou en le met* tant dans un tel état d'excitement que ses sensations émoussent toutes les autres, comme une douleur très-forte ôte le sentiment de toutes les douleurs plus faibles. Mais cela n'est point le caractère du délire, où une partie des sensations est plutôt détruite par la congestion qu'émoussée et prédominée par quelque autre. Nous rencontrons tous les jours, dans la société, les prestiges d'une fantasmagorie en miniature dans les discours adroits et insinuants de ceux qui veulent nous tromper, ou qui, ayant été trompés eux-mêmes, nous communiquent officieusement leurs erreurs et leur enthousiasme à les défendre; et les personnes intéressées à la conservation de certains préjugés ont bien soin de fermer, chez les particuliers comme chez les souverains, toutes les avenues de l'intelligence aux impressions de la vérité, en éloignant, ou en gagnant, ,

Page 1