‹ Physiologie intellectuelleChapitre 8 sur 298 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'entendement et les facultés qui s'y rattachent ont des organes, c'est-àdire des appareils physiques sans lesquels leur manifestation est impossible dans cette vie.

De même qu'il faut l'œil pour voir, l'oreille pour entendre, des muscles pour se mouvoir, un appareil gastrique pour digérer, il faut aussi quelque chose de physique qui soit, pour ainsi dire, l'instrument de la mémoire, du jugement, de l'industrie, de la circonspection , etc. ; en sorte que la perfection des diverses fonctions tient à celle des organes dont elles dépendent, et leur régularité à un équilibre d'influence réciproque qui empêche l'exaltation de l'un sur l'autre.

Affirmer le contraire c'est admettre des effets sans causes et sans moyens; c'est donner, contradictoirement à l'expérience et à sa propre conscience, les mêmes dispositions , les mêmes talents et les mêmes vertus à tous les hommes , puisque la différence alors ne pourrait exister que dans l'âme, que l'on suppose la même pour tous; c'est placer l'enfance

dans l'âme et non dans le corps, et laisser l'éducation sans objet, c'est rejeter la nécessité de la législation et de la religion pour régler nos actions qui , si elles provenaient uniquement de l'âme sans l'influence des organes corporels ; ne pourraient jamais être différentes dans les divers individus , ni recevoir aucun amendement par les institutions humaines; c'est détruire môme la possibilité de la vertu, qui ne peut se concevoir sans penchants à combattre , ou bien il faudrait ranger les substances inanimées, par exemple, un bloc de marbre parmi les êtres les plus vertueux. Nier que les fonctions intellectuelles ne doivent pas être rapportées à une différence dans l'organisation pour la différence de leur perfection , c'est faire courir les boiteux , les asthmatiques et les estropiés aussi vite que ceux qui n'ont aucun défaut corporel ; c'est donner la même adresse, la même force, et la même activité à l'homme malade qu'à l'homme en santé; c'est dire que le nerf optique de l'aigle, qui égale presqu'en grosseur celui de l'homme, malgré la disproportion du reste du corps, ne donne pas à ce dominateur des airs un degré de perfection dans la vue, que l'on chercherait en vain dans la taupe, où le même nerf est presque nul. La médecine elle - même n'aurait plus d'objet, particulièrement dans le traitement de l'aliénation mentale, si l'on plaçait les différences et les anomalies individuelles hors de la matière organisée. Il serait aussi absurde de refuser des organes aux fonctions intellectuelles qui meurent avec le

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