CHAPITRE VIII
tellect veut dire lecture interne, du latin intus légère, inlellectus. En effet l'intelligence rattache toutes nos sensations, comme signes, aux objets dont ces sensations lui signifient l'impression ou l'effet sur nous 5 de même que nous rattachons, par la lecture, les caractères imprimés, comme signes, aux sons qu'ils signifient, c'est-à-dire qu'au moyen de l'intelligence on lie le signe intérieur à l'objet qui en est la cause occasionnelle. L'aclion d'un objet sur le corps est une impression 3 et le sentiment qui en résulte est une sensation; dès que le cerveau cesse d'être passif pour ces deux premiers éléments de la pensée et qu'il réagit sur leur cause occasionnelle, il y a perception ou saisissement des rapports mutuels entre l'être pensant et l'objet de la pensée. C'est là le premier acte de l'intelligence, lequel ne peut avoir lieu dans les plantes sensitives ni dans les dernières classes des animaux , tels que les zoophytes , les acéphales, etc. Le monde intellectuel n'existe donc que dans nos perceptions, qui lui servent de limites, et son étendue diminue avec les facultés de l'animal : ainsi les objets n'ont point de couleurs pour celui qui n'a jamais vu, point de sons pour celui qui n'a jamais entendu; il n'y a point de musique pour celui qui est absolument sans organe pour cet art, et ainsi de suite. Toutes les propriétés par lesquelles nous saisissons 1'exis'ence des corps sont des manières d'être de notre esprit relativement à ces corps; à mesure que les facultés de l'animal diminuent, il est moins susceptible de ces manières d'être ou de
tU PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE.
ces modifications; les points de contact se perdent entre lui et les objets faute de réaction intellectuelle; tes perceptions deviennent impossibles, et peu à peu le monde s'évanouit avec l'intelligence : passé cela îe monde n'est plus que sensitif , et il se restreint alors au contact immédiat des objets pour h nutrition. Il résulte de ces considérations que l'intellect est aussi le partage de plusieurs espèces d'animaux, puisqu'ils perçoivent divers rapports entre eux et les objets qui les frappent, et qu'ils y rapportent leurs sensations comme à leurs causes occasionnelles ; ce sur quoi leur docilité et les préférences électives qui règlent leur conduite ne laissent aucun doute. Cependant comme l'intellect est mesuré sur la somme des facultés, celui des animaux doit être extrêmement inférieur à celui de l'homme et se trouver dans une très-grande variété de proportions. Il est de fait que les impulsions de l'instinct sont d'autant plus impétueuses et difficiles à réprimer que la portion d'intellect est moindre, comme on peut s'en convaincre par la considération des mœurs du crocodile, de la hyène, du tigre, etc. Au reste l'instinct préside à la conservation de tout le règne animal, et son principe correspond à toutes les partics du corps par l'intermédiaire des nerfs. Les affections, telles que la joie , la tristesse et toutes leurs nuances, sont le résultat de la sympathie ou de l'antipathie des organes pour les sensations qu'ils reçoivent, et ne sont exclusivement attachées à aucun.