CHAPITRE VIII
L'inclination, la velléité, la volonté, le désir, l'impulsion, le penchant, la passion et le délire luimême marquent la graduation spontanée du même organe. Afin d'être plus facilement compris, examinons cette graduation dans une disposition organique commune à tous les individus; par exemple, dans celle qui préside à la génération. Le stimulus de cet organe, assoupi dans l'enfance, donne à son réveil une inclination élective pour le sexe opposé; naît ensuite la velléité, puis la volonté; après vient le désir; un stimulus plus fort donne l'impulsion; le penchant se forme, il domine tous les autres, dégénère en passion, et enfin en délire, lorsque rien n'y fait plus diversion et que tout en exalte l'organe. Conclura-t-on de là que l'homme n'est pas libre? A la vérité, il n'est pas libre d'être sans inclinations, puisqu'elles tiennent à son organisation intellectuelle comme la figure et la couleur tiennent aux corps visibles, ou comme l'instinct tient à la vie nutritive: ce sont elles qui forment les sympathies lorsqu'elles coïncident avec des inclinations analogues chez d'autres individus. Mais l'homme peut combattre et vaincre ces inclinations contre lesquelles la volonté le soutient, lorsqu'il leur oppose l'activité des autres organes, de la même manière qu'il le fait pour résister aux appétences suscitées par l'instinct. Cependant les inclinations produites en même temps par l'intellect et par l'instinct, comme celles qui rapprochent les deux sexes, sont beaucoup plus à redouter que les autres, en ce que
les stimulus qui les réveillent, étant progressifs et permanents, amènent facilement la passion, en fatiguant la vigilance des autres organes. Quoi qu'il en soit, les animaux, beaucoup moins susceptibles que l'homme des motifs propres à contre-balancer l'effet vicieux d'un organe , nous donnent journellement des preuves de leur liberté, en résistant à des inclinations manifestes; nous sommes môme si convaincus de cette liberté, que nous les punissons sévèrement, lorsqu'ils transgressent les lois que nous leur avons prescrites : et cependant nous osons élever des doutes sur la liberté de l'homme, à qui la nature a donné tant de facultés au-dessus d'eux pour servir de contre-poids à tous les mouvements désordonnés! Combien de motifs ne fournissent pas à elles seules l'éducation et la religion contre l'effervescence des passions, lorsque c'est la véritable sagesse et non l'égoïsme qui en fait agir les ressorts! Mais le plus fort appui de la liberté c'est la raison, qui n'est que la soumission de la volonté à l'influence successive et sympathique de tous les organes.
La conscience est le sentiment de la sympathie ou de l'antipathie des organes intellectuels pour les penchants et pour les actions que la volonté décrète. Voilà pourquoi la supposition des remords attachés à la culpabilité, est si souvent démentie par l'expérience; car les juges ne voient que trop souvent les débauchés et les criminels n'éprouver aucun repentir, ou même s'applaudir et tirer vanité de leurs actions répréhensibles : ce dont la révolution et