‹ Physiologie intellectuelleChapitre 97 sur 298 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le mettre en fuite. Beaucoup d'esprits faux ou de mauvaise foi refont à leur convenance les doctrines qu'ils n'ont pas étudiées ou comprises pour se donner la satisfaction de les attaquer, et se faire une réputation auprès de ceux qui partagent leur ignorance ou leur prévention.

La prévention me paraît encore plus entêtée et plus rancuneuse que l'ignorance, car l'on ne peut supposer celle-ci dans un homme aussi instruit el aussi distingué que M. Flourens , dont je viens de lire, dans le Constitutionnel du 25 août courant, un article critique qui me suggéra les reflexions suivantes , que j'adressai le même jour au rédacteur de ce journal, avec prière de l'insérer dans un de ses plus prochains numéros, ce que je n'ai pu obtenir, probablement à cause du principe : Nul n'aura d'esprit que nous et nos amis.

Il est dit, dans un examen de la phrénologie par M. Flourens, secrétaire perpétuel de l'Académie, que « deux propositions fondamentales constituent toute la doctrine de Gall : la première, que l'intelligence réside exclusivement dans le cerveau ; la seconde, que chaque faculté de l'intelligence a, dans le cerveau, un organe propre.

» Or, de ces deux propositions, continue M. Flourens, la première n'a certainement rien de neuf, et la seconde n'a peut-être rien de vrai. »

M. Flourens remarque sur la première proposition que Descartes, Willis, etc., avaient tous dit que le cerveau est le siège de l'âme; puis il ajoute

que Gall prenant chaque sens en particulier, il les exclut tous l'un après l'autre de toute participation médiate 'aux fondions de l'intelligence , c'est-à-dire de Y âme, qui, dans le langage de M. Fiourens, paraît synonyme de Y intelligence. Ainsi , selon M. Fiourens , les fonctions de l'intelligence sont les fonctions de l'âme.

Certainement Gall , comme physiologiste, n'a pas voulu empiéter sur le domaine de la métaphysique ou de la psychologie qui en fait partie ; loin de là , Gall repousse avec force la métaphysique de sa doctrine. On conçoit dès lors que la pluralité des organes étant admises par lui, la perte d'un sens n'entraîne point la perte des autres ni de l'intelligence ou de l'âme.

M. Fiourens poursuit ainsi sa thèse amphibologique : « Le cerveau seul est donc l'organe de l'âme ; estce le cerveau tout entier? le cerveau pris en masse? Gall l'a cru et tous les phrénologistes venus ensuite. »

Gall, ni ses partisans, si j'en juge par moi et par plusieurs autres que je connais, n'ont pas été aussi crédules que ce passage de M. Fiourens semble l'insinuer. Selon Gall, la substance grise ou corticale du cerveau , les cinq sens extérieurs, etc., ne sont point classés au nombre des organes intellectuels, et je suis étonné que M. Fiourens, qui rend justice à Gall pour ses découvertes anatomiques, ne se soit pas souvenu que Gall attribue tous les organes médiats et immédiats de l'intellect à la partie blanche et fibreuse de l'encéphale et aux nerfs , ne considé-

Page 1