CHAPITRE IX
rant la partie grise ou corticale que comme l'aliment de leur production. Voilà pourquoi l'on peut , comme le dit M. Flourens, retrancher une portion assez étendue des hémisphères sans que l'intelligence soit perdue. J'ai, moi-même, dans ma Physiologie intellectuelle, rapporté les mutilations superficielles du cerveau, tentées par feu le professeur Arnenaun de Gœttingue. Je conclus de ce peu de réflexions, qu'il serait inutile d'en dire davantage pour prouver que les prétendues erreurs de Gail n'appartiennent qu'au travestissement de sa doctrine, présentée sous des termes sans précision, et qu'on ne peut surtout lui prêter des erreurs psychologiques, puisqu'il n'a rien dit ni rien écrit sur la psychologie.
Il convient peut-être, pour orienter le lecteur sur différentes causes de controverses, de remarquer que Gall a toujours repoussé de sa doctrine les inductions tirées des mutilations sur le vivant comme erronées, opinion contraire à celle de M. Flourens : Par pari refertur. M. Lélut, médecin surveillant des aliénés de Bicètre, publia, en 4836, un ouvrage in-8° sous ce titre : Qu'est-ce que la phrénologie ?
Quoique cet ouvrage ait quelques passages contestables, il renferme des vérités importantes et surtout des réflexions très-judicieuses, telles que les suivantes : « Gall nommait tout simplement sa doctrine, Physiologie du cerveau, bien que ce soit sous le nom de Crânioscopie qu'elle s'introduisit dans toute l'Europe; mais Spurzheim, malgré Gall, et de son vivant, remplaça ce nom par celui de Phrénolo-
gie3 dernière dénomination qui a finalement prévalu, à peu près avec autant de convenance et de justice qu'Améric Yespuce imposa son nom à l'Amérique, avant lui si mémorablement découverte par Christophe Colomb.
...Gall s'en tenait à la physiologie. Le mot de phrénologie, créé par Spurzheim, annonçait des vues plus présomptueuses; comme ce mot veut dire étude ou science de l'esprit, il vous prévient d'abord que vous allez entrer en lice avec les psychologistes et les idéologues de tous les temps. Gall disait à ce sujet, quand on lui parlait de Spurzheim : « Si malheureusement les métaphysiciens s'emparent de notre affaire, ils raisonneront de telle sorte, dans leurs nuages, que la physiologie du cerveau redeviendra encore une fois un galimatias inintelligible. »
La prédiction de Gall est incontestablement vérifiée, par l'événement, et les phrénologisles en conviennent eux-mêmes, comme on peut en juger par le passage suivant, qui termine le compte-rendu des travaux de la Société phrénologique de Paris, dans la quatrième séance annuelle, en 1834, par son secrétaire-général, M. Casimir Broussais : « Nous avons des détracteurs ardents; mais ni la force de la logique ni l'indépendance ne nous manqueront. On a voulu se servir contre nous de l'arme du ridicule; nous la dédaignons, car à la raison elle substitue le sophisme. Nous nous devons à nous-mêmes de ne pas tenir compte de l'agression d'hommes dont l'organisation explique assez leur rôle d'opposants. »