CHAPITRE IX
Je ne sais si on trouvera une grande force de logique dans ces phrases épigrammatiques qui ont égayé l'auditoire: mais il me semble qu'elles assimilent la défense à l'agression, et que, dans le sens même de leur auteur, elles ne prouvent rien si ce n'est que l'attaque et la défense se payent de la même monnaie : à moins que les phrénologistes n'aient point d'organes dans le cerveau, seul cas où leur organisation n'expliquerait pas la direction de leurs travaux scientifiques.
Le secrétaire -général de la Société a été mieux inspiré en passant en revue les diverses observations qu'ont provoquées une vingtaine de têtes soumises à l'examen plirénologique, dont il a présenté aux spectateurs les plâtres moulés sur nature. C'est ainsi que l'on établit des preuves directes; et M. Andral fils, qui a parlé le premier, a dit avec raison, d'après M. Bouillaud, que toute théorie qui se trouve en contradiction avec un fait bien observé est fausse, et que tout fait qui est en contradiction avec une théorie rigoureusement démontrée a été mal observé. Le docteur Voisin, troisième orateur, ayant été autorisé en 1828, par M. Hyde de Neuville, alors ministre de la marine, à faire une visite au bagne de Toulon , dans le seul but de constater l'organe du viol, rend compte, dans le style pittoresque qui lui est habituel, des résultats de sa visite. 372 individus, composant le personnel du bagne, lui furent présentés, dont 22 avaient été condamnés pour crime de viol. Ayant porté la main sur la région pos-
térieure de la tête , il lit sortir des rangs ceux sur lesquels il trouvait une nuque large et saillante. Vérification faite des registres, on reconnut que sur les 22 individus que M. Voisin avait présumés avoir été condamnés pour viol, 13 l'avaient été en effet; les 9 autres étaient venus au bagne pour d'autres causes, mais tous les 9 étaient signalés comme nécessitant une surveillance spéciale sous le rapport des mœurs. Les résultats de cette visite, associés avec ceux des visites de Gall dans plusieurs maisons de détention, me paraissent bien démonstratifs en faveur de la localisation des organes.
L'ordre des lectures appelait, après M. Voisin, un discours de M. Fossari sur le talent de la musique, dont l'auteur a signalé les caractères empruntés à d'autres facultés pour la variété des compositions musicales.
Enlin la configuration du crâne de Napoléon a été analysée et disculée par M. Dumoutier, sur le masque moulé par M. Antomarchi, dans un sens tout opposé à celui d'un commentaire publié peu auparavant par le Courrier français, et d'après lequel Napoléon serait un détestable sujet phrénologique; son crâne indiquerait un homme ordinaire, apte à beaucoup de choses, mais dans des limites restreintes, un homme enfin dont le goût dominant avait dû être de demeurer ignoré. Le même crâne a montré tout autre chose à M. Dumoutier. Voici la substance de ses observations. L'empreinte prise par M. Antomarchi n'est pas complète; elle donne le visage, le front