‹ Physiologie médicale de la circulation du sang [electronic resource]Chapitre 30 sur 114 · U~ PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

U~ PHYSIOLOGIE

Le pouls est le résultat immédiat des changements qui surviennent dans la tension artérielle. La sensation de choc éprouvée par le doigt qui déprime une artère tient au durcissement subit de celle-ci, lorsqu'une ondée du sang, poussée par le ventricule dans le système artériel, vient augmenter subitement la tension de ces vaisseaux.

Si nous avons attaché tant-d'importance à la définition de la tension artérielle, c'est que sa parfaite connaissance est indispensable, si l'on veut comprendre la nature du pouls. On se fait presque toujours une idée fausse de la production de ce phénomène; on l'attribue ordinairement à la dilatation des artères ou au choc du sang contre leurs parois. Bichat croyait que c'était un effet de la locomotion des vaisseaux. En réalité, le pouls n'est rien de tout cela;

peler locomotion dans le sens longitudinal, et l'autre locomotion par inflexion latérale des vaisseaux.

La première s'observe sur un vaisseau qui offre un obstacle brusque au courant sanguin. Ainsi, au niveau d'une bifurcation, l'éperon, faisant obstacle à l'ondée sanguine, est poussé en avant à chaque pulsation du cœur, et le vaisseau est allongé, pour revenir ensuite sur lui-môme en ramenant l'éperon en arrière. Dans la ligature d'une- arlère au moignon d'un amputé, le môme phénomène se passe; il est encore plus frappant, parce que l'obstacle est plus absolu; on voit à chaque battement du coeur l'artère liée sortir des parties molles, et se porter en avant. Dans ce cas, l'artère sort beaucoup plus du moignon après la ligature qu'avant. — La seconde forme de locomotion, ou locomotion par inflexion latérale, qui a quelquefois été appelée locomotion par redressement des courbures, est un phénomène complexe. De même que la précédente, elle résulte de l'allongement du tube : ainsi, si un tube ou un vaisseau est rectiligne, il s'y formera des courbures, par suite de l'allongement, si les deux exlrémités ne peuvent se déplacer, et donner lieu au premier mode de locomotion.

Si le vaisseau est un peu courbé, il le deviendra davantage ; mais, dans le cas de courbure trop brusque, il y ailra tendance à l'agrandissement de son rayon (cela se passe par un mécanisme analogue à celui qui redresse la courbe dans le manomètre de Bourdon).

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il résulte directement des changements que subit la tension artérielle sous l'influence des mouvements du

cœur. rm.inf. ï î; ■■

Nous traiterons avec de grands développements ce qui est relatif au pouls, à ses différentes variétés et à la cause de chacune d'elles. Mais, en attendant, il nous reste à contrôler, par la méthode synthétique que nous avons employée jusqu'ici, les différentes opinions que nous avons énoncées relativement à la manière dont s'accomplit la circulation artérielle. Il faut montrer qu'avec des appareils schématiques on peut reproduire le transport centrifuge du sang avec la transformation du mouvement qui s'opère dans les artères. Il faut aussi prouver que les phénomènes de dilatation et de locomotion artérielle, étant d'ordre physique, peuvent également se reproduire. Enfin, que la tension artérielle, ainsi que le pouls, qui est lié aux variations de cette tension, peuvent être imités dans les mêmes conditions.

Reproduction artificielle des phénomènes de la circulation

artérielle.

§ /|8.— On connaît déjà la disposition au moyen de laquelle nous avons imité (fia,. 2) le cœur avec son oreillette, son ventricule et ses orifices munis de valvules. Pour compléter l'appareil, il faut adapter à l'orifice aortique un système de tubes élastiques qui simule à peu près la disposition de l'aorte et des artères qui en émanent. C'est ce qui est imité dans la figure 193 où l'on peut reconnaître les principaux troncs artériels. Ces vaisseaux sont représentés par des tubes de caoutchouc de différents diamètres.

IMlYSIOLOGIli.

Il était inutile, comme on va le voir, de pousser plus loin l'imitation de la disposition anatomique des artères;

ce que nous avons dit de leur action fait prévoir que des tubes élastiques quelconques suffisent pour reproduire ceux d'entre les phénomènes de la circulation artérielle qui dépendent de l'élasticité de ces vaisseaux.

Mais à l'extrémité de l'arbre artériel existent des vaisseaux contractiles qui, par leur étroitesse plus ou moins grande, opposent à la sortie du sang des obstacles variables. Ici encore la tâche était facile; pour reproduire l'effet de l'étroitesse des voies capillaires, il suffisait de terminer les tubes qui représentent le système artériel par des ajutages étroits que le liquide logé daus les vaisseaux ne pût traverser que difficilement. C'est ce que nous avons fait en adaptant des tubes effilés à l'extrémité des ar-

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tères. On voit, dans le haut de la figure 19, deux de ces tubes versant leur liquide dans un entonnoir. L'extrémité des autres artères a été liée ; les deux tubes dont nous venons de parler étant dès lors la seule voie par laquelle le liquide s'échappe des artères, nous avons donné à leur orifice d'écoulement un diamètre suffisant pour que les artères puissent se vider sans acquérir une tension trop forte.

Supposons qu'on veuille imiter les influences que le resserrement ou le relâchement des petits vaisseaux exercent sur la pression sanguine, il suffit, pour cela de changer les ajutages d'écoulement. Si on les remplace par des tubes plus étroits, on se trouve clans les conditions de la circulation artérielle quand les capillaires sont contractés et font un grand obstacle au passage du sang; si l'on met, au contraire, des orifices d'écoulement plus larges, on imite les effets du relâchement des vaisseaux capillaires.

Enfin, comme le système veineux a pour principal rôle de ramener au cœur le sang qui a traversé les vaisseaux capillaires, nous avons atteint le même résultat en plaçant au-dessus de l'oreillette 0 un entonnoir E muni d'un tube qui ramène dans l'oreillette le liquide versé par les orifices d'écoulement des artères.

La représentation de la forme anatomique du système veineux est, comme on le voit, complètement sacrifiée; mais, comme nous n'avons pas à nous préoccuper ici des phénomènes de la circulation veineuse, nous avions le droit d'atteindre de la manière la plus simple notre but, qui était de ramener au cœur le sang versé par les capillaires.

L'appareil que nous venons de décrire représente donc un circuit complet dans lequel le liquide se meut sans cesse,

Je l'oreillette au ventricule, de celui-ci aux artères, des artères aux veines, à travers des voies étroites (vaisseaux capillaires) et des veines, revient au cœur.

Voyons donc comment on peut reproduire avec cet appareil les phénomènes de la circulation artérielle.

§ ft9. — Nous avons expliqué comment, à chaque fois qu'on exécute des compressions alternatives de la boule de caoutchouc B, le ventricule s'anime de contractions rhythmiques; chacune d'elles est accompagnée de deux bruits produits par le claquement des valvules. De plus, à chaque contraction ventriculaire, une ondée pénètre dans le système artériel. — Voyons maintenant comment s'exécutera le mouvement dans l'intérieur de ces vaisseaux.

Tension artérielle.

A mesure que le ventricule foule du liquide dans les artères du schéma, on voit celles-ci s'emplir, se distendre, devenir dures au toucher, absolument comme les artères d'un animal vivant. Si l'on pique un de ces vaisseaux, un jet de liquide s'élance avec force ; ce jet présente des saccades absolument semblables à celles que présente le jet d'une artère blessée. — Veut-on une mesure manométrique de la tension du liquide clans les tubes qui représentent les artères? On adapte un manomètre compensateur M (flg. 19) à l'un des tubes, soit le tube tm. Dès que le ventricule agit, la colonne de mercure de l'instrument s'élève par saccades jusqu'à un certain degré, puis s'y arrête en exécutant des oscillations, comme le fait un manomètre adapté aux artères d'un animal vivant.

Pour imiter les influences que le relâchement ou la contraction des vaisseaux capillaires produisent sur la tension artérielle, on n'a qu'à adapter aux orifices d'écoulement

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des ajutages de différents diamètres, et l'on voit que, si la force qu'on déploie par les impulsions ventriculaires reste constante, le manomètre accuse des tensions artérielles très différentes suivant le diamètre de ces ajutages. La tension est élevée, si les ajutages sont étroits (ce qui correspond au resserrement des capillaires) ; la tension est basse, si les ajutages sont larges (relâchement des capillaires).

Transformation du mouvement du sang dans le système artériel.

Nous avons dit comment le mouvement du sang dans les artères, de saccadé qu'il était d'abord par suite de l'action intermittente du ventricule, devient peu à peu continu et régulier, grâce à l'élasticité de ces vaisseaux. — On peut constater le môme résultat dans notre appareil. Ainsi, en observant le jet que les orifices d'écoulement versent dans l'entonnoir E (système veineux), on voit que ce jet continu est d'une régularité assez grande. .

Phénomènes accessoires de la circulation artérielle. — Dilatation,

locomotion, pouls.

Ces phénomènes sont encore reproduits dans notre appareil. Mais la dilatation est difficile à constater à l'œil nu, sauf sur les très gros troncs. (On sait qu'il en est de même sur les artères.) On peut, du reste, au moyen de l'appareil de Poiseuille, constater, comme sur les artères d'un ani • mal vivant, l'existence de cette dilatation.

La locomotion, avec ses diverses formes, peut être reproduite. Ainsi, qu'on place un des tubes dans une posisition rectiligne, mais sans le tirailler, et qu'on le fixe par ses deux extrémités, alors, à chaque impulsion du liquide, le tube devient flexueux : cet effet correspond à ce

JUO .:. ; ; . PHYSIOLOGIE, que nous avons appelé locomotion par inflexion latérale. Qu'on observe une des artères qui ont été liées comme eu S, S', on voit qu'à chaque impulsion ventriculaire, l'extrémité liée du vaisseau descend et qu'elle remonte ensuite pendant le repos du ventricule. Cette locomotion correspond à celle que nous avons décrite sous le nom de locomotion dans le sens longitudinal, celle qu'on observe après la ligature des artères au moignon des amputés.

Povls. — Le phénomène du pouls se perçoit aussi très bien dans les conditions précédentes. Il suffît pour cela de déprimer sous le doigt le vaisseau qu'on explore en le pressant contre la planche qui supporte l'appareil. On sent alors, à chaque impulsion ventriculaire, que le vaisseau durcit sous le doigt et donne la sensation du pouls, avec les mêmes caractères que ceux qu'on perçoit en tâtant le pouls d'une artère véritable.

On verra plus tard que ce pouls factice peut être reproduit avec toutes les formes possibles, soit celles qu'on observe sur les sujets sains, soit celles qu'on rencontre sur le malade. Cette reproduction artificielle de toutes les formes du pouls nous sera d'un grand secours pour bien comprendre la cause et la nature des différents caractères de la pulsation artérielle.

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