‹ Physiologie médicale de la circulation du sang [electronic resource]Chapitre 33 sur 114 · APPAREIL ENREGISTREUR DE LUDW1G. I/O · texte numérisé non relu

APPAREIL ENREGISTREUR DE LUDW1G. I/O

but réellement utile; aussi n'cst-il pas passé dans l'usage pratique.

Plus récemment les physiologistes construisirent des appareils plus perfectionnés. On réussit à enregistrer les oscillations d'un manomètre appliqué à une artère. Cette invention, qui est due à Ludwig, n'était pas encore applicable à l'étude du pouls chez l'homme, mais elle contenait déjà en germe les principaux éléments de la solution du problème.

C'est au moyen d'un cylindre analogue à celui que nous avons décrit à propos du cardiographe, que Ludwig imagina d'enregistrer les oscillations du manomètre de Poiseuille. Il plaça un flotteur muni d'un pinceau au-dessus du mercure de ce manomètre, de sorte qu'à chaque ascension le pinceau traçât sur le cylindre une courbe ascendante, et à chaque descente du mercure une courbe qui descendît. On obtenait donc ainsi une représentation graphique des oscillations du manomètre. L'instrument de Ludwig, nommé kymographion, fut le premier appareil enregistreur appliqué à la physiologie.

L'appareil de Ludwig réalisait un grand progrès dans la physiologie de la circulation ; il avait, il est vrai, les défauts du manomètre, c'est-à-dire qu'il donnait des mesures erronées des maxima et des minima de la pression du sang artériel (voy. § 19). Mais, du moins, il laissait une trace écrite de chaque oscillation de la colonne de mercure; il permettait de constater facilement les changements survenus dans la fréquence et l'étendue de ces mouvements. — N'était -il pas possible d'obtenir sur l'homme vivant un mouvement qui traduisît, en l'amplifiant, la pulsation artérielle? Il suffirait dès lors d'enregistrer ce mouvement sur un cylindre, d'après le procédé de

Luclwig, et l'on aurait un appareil qui donnerait une expression graphique du pouls artériel, et qui se prêterait bien mieux que le sphijgmomètre de Hérisson à l'étude de toutes les variations cliniques du pouls. Toi fut le but que Vierordt poursuivit, et qui conduisit ce savant physiologiste à la construction d'un appareil, le sphygmographe, qui enregistre les pulsations des artères.

Il existait, en eifet, des moyens de traduire, par un mouvement très appréciable, les pulsations artérielles, — Tout le monde a vu que, lorsqu'on se tient assis, les jambes croisées l'une sur l'autre, la jambe qui est placée en haut est animée de mouvements à chaque battement du pouls. L'artère poplitée qui se trouve comprimée soulève à chacun de ses battements la jambe dont le poids tendait à l'aplatir. Le petit mouvement qui se produit ainsi est amplifié par la longueur du bras de levier représenté par la jambe, et se traduit à l'extrémité du pied par un balancement très apparent. En Angleterre, King réussit à rendre visibles, par un procédé analogue, les pulsations si petites qu'on nomme le pouls veineux des extrémités, et qui s'observent sur le dos de la main, par exemple, lorsque la circulation est excitée. Voici comment ce physiologiste instituait son expérience.

Un fil de cire à cacheter, ou mieux de verre étiré à la lampe, forme un levier rigide et très léger. On colle ce fil par une de ses extrémités, au moyen d'un peu de suif, clans le Voisinage de la veine qu'on explore, de manière qu'il repose sur cette veine. Les expansions et les resserrements alternatifs du vaisseau se traduisent à l'autre extrémité du fil rigide par des mouvements très appréciables, puisqu'ils sont amplifiés par la longueur du bras de levier.

SPHYGMOGRAPHE DE VIERORDT. 175

Vicrordt, combinant les idées de King et de Ludwig, construisit son sphygmographe, dans lequel un levier mis eu mouvement par les battements d'une artère inscrit ses oscillations sur le cylindre du kymographion. Voici comment cet instrument est établi :

Sur un double support, représenté dans la figure 20 par

Fig. 20.

des lignes ponctuées, sont adaptés deux leviers de longueur inégale, ab et fg. Ces leviers sont articulés, d'une part, avec leurs supports, au moyen des axes Ai etec; d'autre part, avec un cadre métallique, par l'intermédiaire des axes nn et mm.

Ces articulations ont pour effet de corriger l'arc de cercle que décrirait un levier simple, et agissent en cela comme une sorte de parallélogramme de Watt. En effet, la tige o, qui se détache inférieurement du cadre métallique et porte un pinceau, oscille toujours verticalement dans les mouvements d'élévation et de descente des leviers. Un cylindre, tournant autour de l'axe ss, reçoit la trace des mouvements du pinceau, comme dans le kymographion.

Inconvénients que présente le sphygmographo do Vierordt.

La disposition destinée à rendre bien verticales l'ascension et la descente du pinceau donne à l'ensemble des leviers un poids considérable que Vierordt équilibre au moyen d'une cupule P' dans laquelle il place un contrepoids convenable. L'appareil étant équilibré, on place l'avaut-bras au-dessous de lui, de façon que la petite plaque p, que supporte une lige verticale dépendante du levier et située près du centre de mouvement, repose sur l'artère radiale dont la position est figurée par les ligues R ponctuées. Lors de chaque pulsation du vaisseau, l'instrument se comportera comme un levier iuterpuissant-, dont le grand bras décrira des mouvements amplifiés par sa longueur môme.

Nous reproduisons ici (iig. 21) un des tracés que

Fiy. 21.

donne l'instrument de Vierordt; sur cette figure, on peut, connaissant la rapidité avec laquelle le cylindre tourne, calculer facilement le nombre des pulsations pour une minute.

Dans le spécimen des tracés fournis par le sphygmographe de Vierordt, on voit que les oscillations de l'appareil consistaient en mouvements sensiblement isochrones: l'ascension et la descente sont toutes deux semblables. — Cependant, quand on explore le pouls avec le doigt, on

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s'apeivoil assez facilement que le battement du vaisseau offre en gênerai un caractère tout différent de celui qu'exprimerait le tracé ci-dessus. En effet, le soulèvement qu'éprouve le doigt est ordinairement assez brusque, tandis que l'affaissement du vaisseau est beaucoup plus long; la durée de cette seconde période de la pulsation est à peu près le double de la première, Cette différence entre la forme du tracé et la sensation tactile qu'on éprouve en explorant une artère nous avait rendu suspectes les indications de l'instrument de Vierordt; nous pûmes bientôt nous convaincre qu'il y avait une cause d'erreur dans la construction même de l'appareil. Dans le sphygmographe de Vierordt, le double levier, assez lourd par luimême, est équilibré au moyen d'un contre-poids; puis, une charge additionnelle P sert à déprimer le vaisseau avec assez de force pour que la pulsation se manifeste. Il résulte de là que la masse à mouvoir sera tellement considérable, que la force du pouls ne pourra le soulever instantanément. L'appareil , recevant une impulsion brusque, la traduira par un mouvement lent analogue à celui qu'exécuterait une balance dont les deux plateaux seraient très chargés et dont un des bras recevrait un léger choc.

C'est donc ici, comme dans l'emploi des manomètres à mercure, la masse à mouvoir qui, par son inertie, déforme le mouvement..

Afin de remédier à cet inconvénient commun à tous les appareils employés jusqu'ici, il fallait diminuer énormément la masse à mouvoir, et se rapprocher autant que possible de la réalisation du levier idéal, c'est-à-djre d'une tige rigide et non pesante, obéissant avec la plus grande facilité à toutes les impulsions qu'elle recevrait,

et ne pouvant les modifier par sa propre niasse (1).

Pour arriver à ce résultat, nous prîmes un levier d'une légèreté extrême: il est construit en bois et en aluminium ; la partie qui est de bois est très mince transversalement, de telle sorte qu'elle a beaucoup de rigidité dans le sens de son mouvement, c'est-à-dire suivant sa grande épaisseur, tandis que sa minceur extrême, dans le sens opposé, fait qu'elle a très peu de poids.

Mais on sait, d'autre part, que pour que le pouls se perçoive, il faut déprimer le vaisseau avec force : ce ne sera pas le poids de ce petit levier qui pourra atteindre ce résultat. Emploierons-nous, comme Vierordt, un poids additionnel? Ce serait perdre tout le bénéfice de la légèreté du levier, et retomber clans les causes d'erreurs que nous voulions éviter. Or, c'est ici qu'est toute la question. — Pour déprimer le vaisseau, nous nous sommes servi de la pression d'un ressort élastique. Nous avons donc éliminé complètement l'influence nuisible de la pesanteur du levier.

La figure 22 donnera une idée simple de notre sphygmographe considéré dans ce qu'il a d'essentiel.

Fig. 22.

Soit A A une artère dont il faut explorer les battements.

(1) Quant à la préoccupation de Vierordt, qui attachait une grande importance à rendre parfaitement verticales les ascensions et descentes de l'extrémité du levier, il nous a paru que c'était une question tout a fait secondaire, car en prenant un levier un peu long, et en ne le lai-

SPHYGMOGRÀPHE DE L AUTEUR. 17e.)

Un ressort R, maintenu fixe par des vis, porle à son extrémité libre une surface arrondie qui repose sur le vaisseau et le déprime. Chaque fois que le pouls de l'artère soulèvera le ressort, le mouvement se transmettra par une arête verticale rigide C, au levier horizontal L qui repose sur elle. Ce levier se meut autour du point o; il oscillera donc dans un plan vertical, et son extrémité libre, munie d'une plume, pourra tracer ses mouvements sur un cylindre tournant, comme cela se passe dans tous les appareils enregistreurs dont nous avons parlé déjà (fig. 3 et 5).

Telle est, réduite à son essence, la construction de notre instrument (1 ) ; mais, pour l'amener à une utilité pratique, nous avons dû, tout en respectant le plus possible les principes sur lesquels il est établi, lui faire subir des modifications nombreuses, afin de le rendre portatif, facile à appliquer, et afin de rendre rapide et commode l'expérience qui consiste à enregistrer le pouls.

Description du sphygmographe de l'auteur.

§ 52. — La figure 23 montre notre instrument appliqué sur le poignet, autour duquel il est fixé par un lacet jeté alternativement d'un côté à l'autre sur de petits crochets. Ceux-ci sont placés, trois de chaque côté, sur les bords d'un cadre métallique qui constitue le support de l'appareil. Le

sant osciller qu'avec une faible amplitude, l'arc qu'il décrit se confond sensiblement avec une ligne droite. On verra que, dans la pratique, on peut considérer cette proposition comme exacte.

(1) Ce principe, qui consiste à employer un levier d'une légèreté extrême, et à déprimer le vaisseau au moyen d'un ressort élastique, et non d'un poids, est la base de notre méthode. 11 se retrouve dans la construction du cardiographe que nous avons précédemment décrit: dans ce dernier appareil, ce n'est pas l'élasticité d'un ressort, mais celle d'une membrane do caouichouc qui lutte contre la pression sanguine.

spHYQMoeSA^Ê ni: l'auteur. 181 lacet complète donc, en arrière «lu poignet, une sorte de bracelet que forme en avant le cadre métallique, et le. tout est fortement assujetti.

Dans l'intérieur du cadre QR, dont la figure tt\ nous

Fig. 2k.

montre le profil, se trouve un ressort d'acier très flexible qui descend obliquement et porte à son extrémité libre une plaque d'ivoire K. Cette plaque doit reposer sur l'artère ; elle la déprime, grâce à la force élastique du ressort. On sait, en effet que, pour tâter le pouls, il faut que le doigt déprime le vaisseau avec une certaine force. Chaque pulsation de l'artère va donc imprimer à la plaque K des mouvements très petits, il est vrai, mais qu'il s'agit maintenant d'amplifier et d'écrire.

Pour amplifier ces mouvements, on se sert d'un levier très léger, fait de bois et d'aluminium. Ce levier pivote autour du point c (fig. 2/j); il reçoit l'impulsion très près de son centre de mouvement, et cela par une pièce intermédiaire BE que nous allons décrire.

BE est une pièce de cuivre mobile autour du point E; la figure 24 en montre le profil. Un couteau vertical BD termine cette pièce, et une vis T la traverse verticalement. — Quand l'extrémité N de la vis repose sur le ressort audessus de la plaque d'ivoire, tout mouvement de cette plaque se transmet à la pièce BE, et de là au levier, si te

,n- rilVSIOLOGIli.

couteau D est eu contact avec ce levier. — Comme ce contact pourrait n'avoir pas lieu lorsque l'artère est trop profondément située, et comme, d'autre part, si l'artère est très saillante, le levier pourrait être soulevé trop haut, il faut qu'on puisse à volonté augmenter ou diminuer l'intervalle ND qui établit la transmission du mouvement. Ce résultat s'obtient en tournant la vis T dans un sens ou dans l'autre, ce qui fait plus ou moins saillir sa pointe N.

Supposons le contact bien établi, le levier exécute des mouvements alternatifs d'ascension et de descente qui seront très grands à son extrémité a (fig. 23). En effet, si la distance qui existe entre le couteau D et le centre de mouvement C est cent fois plus petite que le reste du levier, la pulsation sera grandie cent fois à l'extrémité du grand bras. Pour que le levier ne soit pas projeté en l'air par les soulèvements brusques, et pour que, d'autre part, sa descente ne soit plus entravée par les frottements qui existent à son extrémité a contre le papier, un petit ressort appuie sur la base du levier et tend constamment à le faire descendre.

L'extrémité a du levier est celle qui doit écrire le tracé. Elle est terminée par un bec rempli d'encre qui frotte contre une plaque couverte de papier M, et qui se meut de M en L, glissant dans une rainure au moyen d'un mouvement d'horlogerie c placé au-dessous.

La figure 23 représente un tracé de pouls; pendant qu'il s'écrit, la plaque est arrivée à la moitié de sa course.

Le mouvement d'horlogerie se remonte à l'aide du bouton F ; on peut, à volonté, l'arrêter et le faire repartir.

Le papier qu'on doit employer est glacé, très uni; la plume doit glisser sur lui sans frottement appréciable et

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laisser une trace nette au moyen d'encre ordinaire. — La plaque qui porte ce papier met dix secondes à passer dans la rainure d'un mouvement uniforme. La longueur nui correspond à six secondes est indiquée sur cette plaque; elle sert à évaluer immédiatement la fréquence du pouls pour une minute. Pour obtenir ce chiffre, il suffît d'ajouter un zéro au nombre de pulsations obtenu dans les six secondes (1).

En résumé :

Le but que nous avons poursuivi dans la construction de notre sphygmographe est le suivant : Enregistrer les pulsations d'une artère, non-seulement avec leur fréquence, leur régularité et leur intensité relative, mais avec la forme propre à chacune d'elles. Ces résultats n'avaient été obtenus par aucun des appareils imaginés jus-

(4 ) Tel qu'il est construit, notre instrument est spécialement destiné à s'appliquer sur l'artère radiale au poignet, comme on le voit sur la figure 23. On peut toutefois, dans certains cas, l'adapter à d'autres vaisseaux, à la tibiale postérieure, à la pédieuse, à l'humérale ; mais cette adaptation, moins facile, exige une certaine habitude. Il en est de même de l'application de l'instrument à l'étude des battements du cœur. 11 faut placer la plaque d'ivoire dont le ressort est muni sur le point où bat le ventricule, c'est-à-dire au niveau du cinquième espace intercostal. On détermine préalablement par le toucher le lieu précis où s'effectue ce battement. Mais les battements du cœur sont en général trop énergiques, et le tracé ne tiendrait pas dans les limites de la hauteur du papier que nous employons. Il faut, pour remédier à cet inconvénient, employer une petite pièce additionnelle qui transmet les mouvements du ressort au levier en un point plus éloigné de son centre de mouvement. Ainsi modifié, l'instrument peut être employé pour enregistrer les battements du cœur.

Lerhythme des mouvements respiratoires peut être également enregistré avec cet instrument : nous parlerons ultérieurement de la valeur de ce nouveau signe dans les différentes maladies des voies respiratoires.

lal* PMYSIOï.OfilK.

qu'à ce jour. De plus, nous avons cherché à faire du sphygmographe un instrument portatif. Nous y avons PéUSSi assez complètement (1).

Mais la réduction de volume de l'appareil, aussi bien que la facilité plus grande de son application, ne sont que des qualités accessoires; l'essentiel était de conserver au pouls sa forme propre, qui est, comme on le verra, le caractère le plus précieux pour le diagnostic des maladies.

Le moyen que nous avons employé pour atteindre ce but consiste essentiellement dans remploi d'un ressort flexible, à la place d'un poids, pour exercer sur le vaisseau la pression indispensable lorsqu'on veut obtenir le pouls. Les autres instruments enregistreurs ont pour défaut commun de ne pas exprimer la forme du pouls. Dès lors leur emploi dans les études cliniques est inférieur à celui du doigt, malgré l'imperfection et l'insuffisance du toucher.

En terminant, donnons quelques spécimens des tracés fournis par notre sphygmographe. — Si l'on compare ces figures de formes si variées aux oscillations isochrones que donne l'instrument de Vierordt (fig. 21), on reconnaît facilement combien étaient incomplètes les indications graphiques du pouls obtenues avant nous, et l'on comprend que des caractères importants pourront ressortir de l'étude des différents types que produit notre appa-

(-1) Notre sphygmographe pèse 220 grammes; sa longueur est de •I 7 centimètres. M. Bréguet, l'habile constructeur de cet instrument, vient d'apporter de nouvelles améliorations dans le mécanisme d'horlogerie qui fait mouvoir la plaque, et dont la régularité laissait à désirer dans les anciens appareils.

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rail, lorsque l'expérimentation nous aura appris à quoi tient chacun d'eux.

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