DU POULS DANS LES DIFFÉRENTES ARTÈRES
Tracés du ventricule gauche et du pouls aortique recueillis simultanément. Analyse de ces tracés. Détermination des différents éléments de la pulsation aortique.
Contrôle de l'expérience précédente au moyen du schéma. — Influence de l'état des valvules sur le pouls aortique.
Pouls de la carotide et des différentes artères. — Appareil destiné à recueillir la pulsation de ces vaisseaux dans les expériences physiologiques. Sphygmoscope.
Rapports de la contraction du ventricule gauche avec le pouls des différentes artères. — Retard du pouls.
De la vitesse du sang dans une artère aux différents instants d'une pulsation.
Le sphygmographe dont on vient de voir la description a été construit dans un but spécial, celui de s'appliquer sur l'artère radiale de l'homme, pour étudier les variations physiologiques ou morbides que présente le pouls de cette artère. Assurément, il est avantageux, dans bien des cas, d'obtenir le tracé des battements d'une autre artère, ceux de la pointe du cœur, ceux d'une tumeur pulsatile, etc. ; mais il était bien difficile de construire un instrument qui se prêtât également bien à tant d'emplois divers. Nous n'avons pas voulu sacrifier le but principal de notre sphygmographe, qui était de s'appliquer le mieux possible à l'étude du pouls radial, celui que les cliniciens observent dans l'immense majorité des cas. Du reste, tel qu'il est construit, notre instrument peut, au besoin, s'appliquer sur différents vaisseaux et sur la plupart des tumeurs dont on a besoin d'analyser les battements.
DU POULS AORTIQUIÏ. Aoy
L'expérimentation physiologique avait d'autres exigences. Il fallait obtenir le tracé, non-seulement du pouls des artères superficiellement situées, mais aussi celui des al tères les plus profondes, de l'aorte par exemple. Ce but n'était pas difficile à atteindre, du moment que nous pouvions déjà connaître les mouvements qui se passent dans les différentes cavités du cœur. On va voir, en effet, que des procédés très analogues à ceux de la cardiographie permettent d'enregistrer le pouls de l'aorte et celui des gros troncs artériels.
Pour que l'étude du pouls radial soit fructueuse, il faut qu'elle soit basée sur une connaissance parfaite des phénomènes de mouvement du sang, dont le battement de la radiale est un effet assez lointain déjà. Une pareille connaissance ne pouvait être acquise que par un grand nombre d'expériences faites sur les animaux ou sur les appareils schématiques précédemment décrits. Ce sont ces expériences que nous allons exposer, en faiant connaître la disposition spéciale des appareils qui nous ont servi à les réaliser.
Du pouls aortique.
§ 53. — Le pouls de l'aorte étant la manifestation des changements qu'éprouve la pression sanguine à l'intérieur de ce vaisseau, on pouvait prévoir qu'une ampoule semblable à celle qui termine les sondes cardiaques, étant mise en rapport avec un des leviers du cardiographe et introduite dans l'aorte, fournirait le tracé fidèle du pouls aortique avec tous ses caractères. L'expérience confirma cette vue : ainsi, en introduisant dans l'aorte une sonde munie d'une ampoule, tandis qu'une autre sonde était dans le ventri-
,on PllYSlOF.OlilK.
eul® g;ai3che, nous pûfiiBS obtenir slmfcéffiènt déux
ti'acés (fig. 33).
Lo tracé supérieur, dans sa première partie, est celui du ventricule gauche : on le connaît déjà. Le tracé fflfé* rieur, dans tonte son étendue, représente le pouls de l'aorte; Il suffit de retirer, à un moment donné, la sonde du ventricule gauche, pour que l'ampoule de cette sonde passe dans l'aorte et donne le pouls de ce vaisseau : c'est ce qui a été fait dans la figure ci-contre, ligne n° 1, au point a. Les deux ampoules se trouvaient alors dans l'aorte, et ont fourni simultanément deux tracés parfaitement semblables.
Nous allons montrer que cette expérience fait connaître, d'une manière très nette, les rapports qui existent entre le pouls artériel et la contraction du ventricule gauche, et qu'elle permet de mesurer coin parativement les degrés auxquels s'élève la pression sanguine dans le cœur et dans l'aorte.
Ligne 1 . — Ce tracé correspond à quatre révolutions du cœur; pendant les deux premières, l'appareil enregistre les mouvements du ventricule gauche, et le tracé obtenu ressemble assez parfaitement à celui de la figure 10. À partir du point a, la sonde, retirée du ventricule, se trouve dans l'aorte, de sorte que l'appareil donne le tracé du pouls aortique.
La comparaison de ces deux moitiés du tracé n° \ éclaire beaucoup la nature du pouls aortique. — Si Ton reconstruit, à partir de la deuxième portion du tracé, la courbe que donnerait l'appareil si la sonde restait dans le ventricule, on obtient le dessin qui est formé par une ligne ponctuée. On remarque alors que cette courbe et celle du pouls aortique présentent une partie commune bc, ce qui
Or, les explications données précédemment sur la signi-
iyu PHYSIOLOGIE. •
iicatioii du tracé venlriculaire rendent très bien compte de celte égalité de pression clans l'aorte et dans le ventricule gauche. A ce moment, en effet, les valvules sigmoïdes de l'aorte sont soulevées, de sorte qu'il y a communication complète entre le cœur et le système artériel. De là résulte cette similitude dans l'état des pressions cardiaque et aortique.
Cette communication ne saurait se produire qu'au moment où la valvule mi traie fermée fournit un point d'appui à la pression du sang du ventricule pour ouvrir les valvules sigmoïdes de l'aorte. De plus, elle doit cesser au moment où les valvules sigmoïdes se ferment, car alors le cœur et l'aorte forment deux cavités complètement indépendantes. On va voir que les choses se passent ainsi en réalité : l'interprétation des deux petites ondulations b et c va nous en donner la preuve.
Ligne 2. — Examinons comparativement les tracés 1 et 2, afin de juger du synchronisme des différents phénomènes qui se passent dans le cœur et clans l'aorte. On voit que la première contraction du ventricule gauche a lieu au moment même où se produit la petite ondulation b' (ligne 2), qui est elle-même identique avec l'ondulation b (ligne 1) dont nous parlions tout à l'heure.
La systole ventriculaire dure donc un certain temps avant d'acquérir le degré d'énergie suffisant pour soulever les valvules sigmoïdes de l'aorte ; elle n'y peut arriver qu'après la clôture de la valvule mitrale, clôture qui se produit au point v (ligne 1). Le soulèvement b', qu'on observe dans le tracé de la pulsation, n'est donc que l'effet d'un ébranlement imprimé aux valvules sigmoïdes de l'aorte, au moment où la valvule mitrale se ferme. L'ouverture des valvules aortiques n'a lieu que plus tard. —
DU POULS AORTIQUIS. I»A
Ou voit par là qùMl y a un retard entre le début de la contraction du ventricule et la pénétration du sang dans l'aorte. Ce retard, qui est sensiblement égal à un dixième de seconde, est employé par le ventricule à atteindre le degré de pression intérieure suffisant pour vaincre la pression du sang de l'aorte.
La comparaison des deux tracés superposés nous montre aussi que le point c' (ligne 2), homologue du point c (ligne 1), est exactement synchrone avec le point v' du tracé ventriculaire. Or, ce dernier est produit, comme on le sait, par la clôture des valvules sigmoïdes de l'aorte (voy. § 15). C'est donc au moment de cette clôture que se produit, dans le tracé du pouls aortique, le soulèvement c qui répond au moment où le ventricule et l'aorte cessent de communiquer ensemble.
Les parties dissemblables, dans le tracé du ventricule et dans celui du pouls aortique, ne sont pas moins faciles à expliquer que la partie commune située entre les points b et c (ligne 1).
Dans le tracé de la pulsation , immédiatement après l'ondulation qui correspond à la clôture des valvules sigmoïdes, la courbe s'abaisse lentement, ce qui indique que le sang artériel emprisonné dans les vaisseaux ne s'écoule qu'avec lenteur à travers les voies capillaires. Pour le ventricule, au contraire, la courbe tombe brusquement, car cette cavité, complètement relâchée, n'a plus à son intérieur qu'une pression très basse ordinairement inférieure à zéro.
Lorsqu'on veut comparer la hauteur à laquelle s'élève la pression dans l'aorte à celle qu'atteint la pression du sang dans le ventricule pendant sa contraction, la graduation du cardiographe (pie nous avons décrite (-§ fc23)
W% l'HYSlOLOGlli.
Ion init la solution do ce problème. Les mesures prises sur un gmnd nombre do chevaux montrent que la pression maximum est un peu plus faible pour l'aorte que pour le ventricule (1).
§ 5/j. — Si l'on voulait analyser successivement la signification des divers éléments d'une pulsation aortique, on trouverait pour chacun d'eux l'interprétation suivante (fig. 33) (ligne 1) : b, ébranlement des valvules sigmoïdes au moment de la clôture de la valvule mitrale; — de b en c, afflux du sang du ventricule dans l'aorte et augmentation graduelle de la tension aortique pendant la systole ventriculaire ; — c, clôture des valvules sigmoïdes de l'aorte; — de c à la pulsation suivante, abaissement graduel de la tension artérielle par suite de l'écoulement du sang à travers les vaisseaux capillaires.
Contrôle des expériences précédentes au moyen du schéma]
S'il est vrai, comme nous l'avons annoncé, que les phénomènes de la circulation cardiaque et artérielle peuvent être fidèlement imités au moyen de l'appareil schématique qui a déjà été décrit, nous en devons fournir une preuve nouvelle en montrant que les changements de pression qui se passent dans notre ventricule et dans notre aorte artificiels sont identiques avec ceux qui se produisent sur les animaux. Pour cela, il s'agit de transmettre au cardiographe les changements de pressions qui se passent dans le ventricule V et dans l'aorte A du schéma. Soient donc (fig. 34) le cœur et les artères artificiels : le tube l plonge
(4) Le cas représenté (fig. 33) est donc exceptionnel, puisqu'il indique une pression maximum à peu près égale dans le ventricule et dans t'aorlo.
POULS OBTliNU SUR LE SCHÉMA . 193
dans l'intérieur du ventricule V et s'ouvre à l'extérieur. On adapte à l'extré- te mité inférieure de ce tube une ampoule élastique semblable à celle qui termine la sonde cardiaque gauche (fîg. 9), et l'on met l'extrémité libre du tube t en rapport avec le tube de caoutchouc qui conduit à l'un des leviers du cardiographe.
Cela fait, on introduit dans l'aorte A une autre ampoule munie d'une sonde et communiquant de même avec un des leviers du cardiographe. Cette intro-
n 1 Fig. 34.
duction se fait par l'un
des gros troncs artériels qui émanent du tube AA.
Lorsque l'appareil est ainsi disposé et qu'on produit une série de systoles ventriculaires, on obtient un double tracé (tig. 25) qui représente fidèlement les différents éléments des tracés obtenus sur les animaux.
Il est inutile d'insister sur l'analyse de ce nouveau tracé, sa ressemblance avec ceux qui ont été analysés précédemment est assez frappante pour qu'on puisse, au premier coup d'oeil, en comprendre les détails (1).
(I) CoMimo c'est la pression de la main qui produit les systoles ven-
Inlluoneo de fêtât des valvules sur le pouls aortiquu.
§ 55. — Cette expérience fournit, en outre, un nou-
veau renseignement très précieux relativement à l'action des valvules et à l'effet de leur clôture dans les tracés cardiaques et artériels.
C'est par le raisonnement seul, jusqu'ici, que nous avons été conduit à admettre (pie la clôture des valvules produit, clans les tracés du ventricule et du pouls, les ondulations représentées en v et v', ainsi qu'en c et c' (fig. 10). On obtient la preuve directe de ce fait au moyen du schéma, en employant comparativement, dans deux expériences successives, des valvules dont la clôture s'accompagne de vibrations plus ou moins prononcées. — Si la valvule sigmoïde VA a peu d'ampleur, elle vient s'appliquer contre le tube de verre sans exécuter d'ondulations très marquées, le tracé du pouls et celui du ventricule ne présenteront dans ce cas qu'un soubresaut très léger, comme cela existe figure 35. Mais si les valvules sont plus lâches, au moment où leurs bords rencontreront le tube de verre, la membrane qui les forme se déploiera du côté
Fig. 35.
triculaires, il ne faut pas s'étonner si elles présenlent une certaine irrégularité qui influe sur les caractères de la pulsation.
POULS DES DIFFÉRENTES ARTÉRliS. 105
du ventricule et exécutera une ondulation très prononcée, ce qui se traduira dans les tracés par un soubresaut beaucoup plus marqué. C'est ainsi que nous avons pu, avec des valvules de laxités différentes, obtenir deux tracés très différents du pouls aortique :
Fig. 36.
Dans la figure 36, le tracé supérieur est obtenu avec des valvules assez tendues; le tracé inférieur est fourni par des valvules lâches. On y reconnaît l'effet exagéré de la clôture des valvules sigmoïdes.
Du pouls de la carotide et de celui des différentes artères.
§ 56. — Le pouls carotidien peut s'obtenir, comme celui de l'aorte, au moyen de la sonde cardiaque; il suffit de prendre une ampoule de petit volume et de ne l'enfoncer que jusqu'au point de la carotide dont on veut explorer les battements. Mais, pour les artères d'un petit volume, on est obligé d'employer un moyen différent, car le calibre de ces vaisseaux ne se prête plus à l'introduction d'une ampoule. Voici le procédé auquel nous avons eu recours (4 ) .
Au lieu de plonger une ampoule élastique dans un vaisseau, nous faisons arriver le sang à l'intérieur de cette ampoule, de sorte que ce sera son gonflement qui dépla-
(1) C'est encore avec le concours de Chauveau que nous avons esé • culé les expériences relatives à l'étude graphique du pouls sur les dilTo rentes artères d'un cheval.
iyo PHYSIOLOGIE.
cera uu certain volume d'air et fera mouvoir le levier du cardiographe.
La figure 37 représente l'appareil dont nous nous sommes servi pour obtenir le pouls des différentes artères d'un animal. — Un tube de verre A est fermé à ses deux extrémités par des bouchons dont chacun laisse passer un tube particulier. Le tube TS fait communiquer l'intérieur du tube A avec le cardiographe. Le tube TA se met en communication, au moyen du robinet C, avec l'artère dont on veut étudier les pulsations. Le sang de cette artère pénètre donc par le conduit TA jusque dans le tube de verre; mais, 1k il arrive dans une ampoule élastique qui le retient et qui se gonfle ou se resserre, suivant que la pression sanguiue augmente ou diminue. — L'ampoule élastique, le tube TA et le robinet C doivent être remplis avant l'expérience d'une Fig. 37. solution alcaline destinée à empêcher la coagulation du sang dans l'appareil.
On comprend ce qui se passe lorsque le robinet C est mis en communication avec un vaisseau artériel. Le sang de l'artère anime l'ampoule élastique, dans laquelle il pénètre, de mouvements alternatifs d'expansion et de resserrement. Cette ampoule, en se gonflant, déplace une partie de l'air du tube A qui la renferme, et foule cet air dans le cardiographe dont elle fait monter le levier. Quand l'ampoule se resserre, l'air du cardiographe rentre dans le tube A et le levier descend. — Nous appellerons sphygmoscope l'appareil qui vient d'être décrit, et dont l'emploi sera nécessaire pour un grand nombre d'expériences. Lorsqu'on applique le spbygrnoscope à la carotide d'un