CHAPITRE XI
Évaluation de la force du pouls par le Loucher. — Évaluation au moyen du sphygmographe. — Erreurs qui régnent relativement à la signification de la force du pouls.
Influences qui font varier la force du pouls:
A. Volume de l'artère explorée. .
B. Élat de la tension artérielle.
C. Durée de l'intervalle qui sépare la pulsation qu'on observe de la pulsation précédente.
D. Perméabilité ou oblitération du vaisseau au-dessous du point exploré.
E. Forme du pouls : elle influe sur l'intensité de la sensation tactile que donne la pulsation.
La force du pouls consiste, à proprement parler, dans l'intensité de la sensation tactile que nous éprouvons en palpant une artère. Il est évident que le doigt ne peut nous fournir relativement à la force du pouls qu'une notion assez grossière. Il permet bien, il est vrai, de reconnaître les types extrêmes de force et de faiblesse de la pulsation, mais les variations légères qui peuvent survenir dans ce caractère du pouls artériel échappent nécessairement à nos sens.
Le sphygmographe traduit la force du pouls par l'amplitude de la pulsation, autrement dit, par la hauteur à laquelle le levier est soulevé lors de l'expansion du vaisseau , hauteur qui est nécessairement proportionnelle à l'énergie de la pulsation. On voit tout de suite que le moindre changement qui surviendra dans la force du pouls pendant qu'on en recueille le tracé se traduira par une différence
do hauteur d'une un de plusieurs pulsations, relativement aux pulsations voisines.
Quelles sont les conditions qui font varier la l'orée du pouls? Telle est la cpiestion importante que les médecins se sont posée depuis longtemps et qui a été résolue de diverses manières.
On croit généralement qu'un pouls fort est l'expression d'une systole énergique du ventricule, tandis qu'un pouls faible correspondrait à une contraction débile de cet organe. Cela est vrai dans un certain nombre, de cas; mais admettre en principe une exacte relation entre la force du pouls et l'énergie de la contraction ventriculaire, ce serait s'exposera de nombreuses erreurs. Nous montrerons, en effet, tout à l'heure que dans la plupart des cas, c'est dans l'état de la circulation artérielle, quelquefois môme dans les conditions physiologiques du vaisseau qu'on explore, qu'il faut chercher la cause des variations de la force du pouls. Beaucoup de médecins se font une idée plus fausse encore de la signification clinique du pouls fort ou faible ; ils croient, en effet, dans la force du pouls trouver un critérium des forces du malade, de la résistance qu'un sujet peut opposera la maladie dont il est atteint. Cette idée semble au premier abord se déduire logiquement de l'observation de certaines maladies dans lesquelles le pouls s'affaiblit graduellement à mesure que la terminaison funeste se rapproche davantage. Mais que d'exceptions à cette règle! Si la plupart des agonisants ont le pouls affaibli, les variations de la force du pouls ne sauraient avoir pendant le cours d'une maladie cette signification qu'on leur attribue. Du reste, nous le répétons, le pouls fort peut s'observer dans certains états jusqu'au moment de la mort. Nous n'avons
FORCE DU POUJ.S. 4r4V
jamais senti un pouls plus violent que celui d'un malade qui succombait à un empoisonnement par l'opium, et cet homme était mort dix minutes après notre examen. Ainsi clans ce cas, pour employer l'expression de nos adversaires, on aurait pu dire que les forées vitales étaient à leur limite, et pourtant le pouls avait une force incomparablement plus grande que chez un sujet vigoureux et bien portant.
Parmi les variations qu'on observe dans la force du pouls chez les malades, il en est un grand nombre qui ne sauraient s'expliquer par les théories qu'on a données. Citons, entre autres, un cas qui a beaucoup préoccupé les médecins du siècle dernier. — Un pneumonique a le pouls faible, on lui fait une saignée et le pouls prend de la force. L'explication qu'on a voulu donner de ce fait se rattache à la théorie dans laquelle on suppose que les forces d'un malade se traduisent par l'intensité des battements de ses artères. Yoici ce que l'on disait : « Avant la » saignée, les forces du malade étaient opprimées, l'émis- » sion sanguine les a remises en liberté : voilà pourquoi » le pouls est devenu plus fort. » Nous doutons beaucoup qu'après réflexion, un médecin de nos jours se contente d'une explication pareille. Nous verrons, au contraire, que la physiologie fournit de ce fait clinique une explication parfaitement simple, sans qu'il soit besoin de faire intervenir aucune de ces influences mystérieuses trop facilement invoquées en médecine.
Influences qui font varier la force du pouls.
Nous allons passer en revue successivement les différentes influences qui font varier la force du pouls, et nous essayerons de faire ressortir le mode d'action de chacune
zov imiysioi.oc.ik.
d'elles, en nous basant, toujours sur le contrôle expérimental qui seul permet .le tirer des déductions rigoureuses. La condition qu'il nous sera le plus difficile de déterminer, c'est l'intensité de l'action du ventricule. Le jeu du cœur nous est, jusqu'ici, trop complètement caché chez l'homme vivant pour que nous puissions déterminer si les contractions sont fortes ou faibles ; l'intensité du choc du cœur contre la poitrine n'est môme pas un caractère auquel on puisse s'en rapporter pour apprécier l'énergie de sa systole (1). Nous laisserons donc de côté, pour le moment, du moins, toute la partie de la question qui est relative aux différences d'intensité de l'action du cœur, pour nous occuper exclusivement des influences qui ont leur point de départ dans la circulation artérielle et qui sont, comme on le verra, les causes les plus fréquentes des variations dans la force du pouls. Voici quelles sont ces influences que nous étudierons successivement.
A. Volume de l'artère sur laquelle on explore le pouls,
B. État de la tension artérielle.
C. Durée de l'intervalle qui sépare les pulsations; influence de la durée de chaque intervalle sur la force de la pulsation suivante.
D. De la perméabilité ou de l'obstruction du vaisseau au-dessous du point observé.
(1) La quantité de sang que le cœur envoie à chaque systole n'est pas toujours la même; dans certains cas, le cœur envoie des ondées plus petites qu'à l'état normal. Les expériences de Héring ne laissent pas de doute sur ce sujet. — Ces variations dans la quantité du sang que le cœur lance à chaque systole dépendent de la réplétion plus ou moins complète du ventricule gauche par le sang qui revient du poumon , elles sont intimement liées à l'état de la circulation pulmonaire. Elles trouveront leur place lorsque nous parlerons des»influences de la respiralion sur la fonction circulatoire.
K. De la forme du pouls et de son influence sur la nature de la sensation tactile qu'il fournit.
A. Influence du volume de l'artère sur la force du pouls.
g 66. — Sur un grand nombre de sujets, il est facile de constater, en explorant le pouls comparativement aux deux artères radiales, que la pulsation a plus d'énergie d'un côté que de l'autre. Il est évident, tout d'abord, qu'on ne peut attribuer qu'à une influence locale cette différence dans l'énergie de battements artériels qui sont liés tous deux à une même action impulsive : la systole du ventricule gauche. En examinant ces sujets avec quelque soin, il est facile de voir que les deux radiales sont de volume inégal ; on sent d'ordinaire ces vaisseaux sous forme de cordons plus ou moins gros et plus ou moins durs roulant sous le doigt qui les palpe. Or, dans le cas d'inégalité du pouls aux deux artères radiales, on peut constater que c'est l'artère la plus grosse qui fournit la pulsation la plus énergique. Certains cliniciens attachent une grande importance à l'exploration préalable du volume de l'artère avant de décider si le pouls est fort ou faible. Beau recommande particulièrement cette exploration et fait voir que chez les chlorotiques la faiblesse du pouls est très souvent un effet de la petitesse de l'artère radiale, qui est également étroite à droite et à gauche.
L'âge du sujet influe beaucoup sur le volume des artères : on sait que chez les vieillards elles sont ordinairement très volumineuses. Cette artériectasie sénile est liée aux changements anatomiques qui surviennent alors dans la structure des artères. Chez les vieillards ces vaisseaux perdent peu à peu leur élasticité; le cœur s'hypertrophie sous cette itiïïuencé, pour des faisons que nous avons pré-
cédemment indiquées, § 38, et sur lesquelles nous reviendrons encore. Cette hypertrophie du ventricule semble, à son tour, être la cause de l'augmentation de la capacité du système artériel qui, cédant à l'effort du sang pousse avec plus d'énergie, s'allonge et se dilate tout à la fois. Lorsque les vaisseaux ont subi cette dilatation sénile, le pouls acquiert une force considérable ; assurément l'hypertrophie du cœur doit entrer en ligne de compte pour la production de ces battements plus forts des artères, mais ce que nous savons de l'influence du volume des vaisseaux sur la force du pouls nous montre que dans ces cas l'élargissement des artères doit agir pour une forte part dans la production de ce phénomène. Nous allons voir, en effet, des cas plus simples dans lesquels le volume du vaisseau intervient seul pour modifier la force de la puisai ion.
Outre l'état anatomique des artères qui peuvent être grosses ou petites dans tel ou tel point de l'économie, il existe pour chacune d'elles des variations de diamètre physiologiques, variations passagères et qui tiennent à la présence d'une tunique contractile dans les parois de ces vaisseaux. On a déjà vu, à propos de la contraclilité artérielle, § 39, que dans certaines conditions les vaisseaux se resserrent par la contraction active de leurs parois, tandis que dans d'autres circonstances ces parois se relâchent, de sorte que les vaisseaux se laissent dilater par la pression du sang qu'ils contiennent. On peut, sous l'influence de simples changements dans la température, constater ces modifications du calibre des artères. La chaleur produit leur relâchement et augmente leur volume; le froid, au contraire, les resserre. Or, l'intensité de la pulsation suit exactement les variations
FORCE DU POULS. -ûO
du volume des artères; elle augmente et diminue avec lui.
Ces variations clans le volume des artères et les changements consécutifs dans la force du pouls peuvent être très localisés. L'inflammation d'un tissu s'accompagne, comme on le sait, d'un relâchement des vaisseaux; cette atonie s'étend de proche en proche aux artères afférentes de la région malade; ces artères, devenues plus larges, donnent des battements plus énergiques que de coutume. C'est ce qui arrive dans le panaris, lorsque les collatérales des doigts sont animées de pulsations violentes. C'est pour la môme raison que l'artère faciale bat plus fortement que de coutume dans certaines affections dentaires, principalement dans la gingivite qui accompagne la pousse des dents de sagesse. Nous sentons alors le vaisseau du côté malade, beaucoup plus volumineux que celui du côté sain. Les battements des artères temporales, ceux du tronc cœliaque chez certains sujets dits hypochondriaques, sont du même ordre. On pourrait multiplier à l'infini ces exemples, car les battements artériels s'exagèrent, en général, dans le voisinage de toute partie enflammée. — Ces phénomènes ont été longtemps considérés comme le résultat d'une activité, spéciale des vaisseaux dont les pulsations étaient plus fortes ; mais cette idée est erronée : les artères, en effet, ne battent que passivement et sous l'influence des changements dans la pression du sang qu'elles contiennent.
Rien de plus facile que de démontrer la réalité de ces influences du volume du vaisseau sur la force du pouls, en reproduisant ces phénomènes au moyen du schéma. Il suffit, en effet, de placer le sphygmographe sur deux tubes <le volumes différents pour s'assurer que l'amplitude du
tracé est d'autant plus considérable que le tube est plus volumineux, et cela, en conservant aux impulsions ventriculaires des intensités parfaitement semblables. Le toucher tout seul permet également, dans ces conditions, de constater la différence de l'intensité des pulsations 1 .
(<! ) Quelle est la raison physique de ces variations de la force du pools suivant le volume du vaisseau? L'explication nous en est donnée par un principe d'hydrodynamique bien connu : l'égale transmission de la pression dans les liquides, autrement dit, la loi sur laquelle repose la construction de la presse hydraulique de Pascal. Nous nous expliquons sur ce point.
Pour rendre le phénomène plus sensible, prenons le cas d'un anévrysme qui n'est, en définitive, qu'une énorme dilatation d'un vaisseau artériel. Si l'on appuie la main avec force sur la surface de cet anévrysme, on est étonné de l'énergie avec laquelle s'exécute l'ampliation de la poche ; la main est fortement soulevée; un poids d'un kilogramme, placé sur un anévrysme volumineux, serait également soulevé par cette expansion puissante. Qu'on applique, au contraire, une pression infiniment moins grande sur le trajet du vaisseau afférent, celui-ci sera aplati sous cette pression, de façon que son calibre sera entièrement effacé. Et cependant la force expansive énorme de l'anévrysme venait tout entière de l'artère si facilement déprimée. Qu'est-il donc arrivé pour multiplier ainsi la pression sanguine dans la poche anévrysmale? Il s'est passé ce qui se passe dans la presse de Pascal ; c'est-à-dire que la pression du sang,transmise également à tous les points de la surface de l'anévrysme, a produit une somme de force proportionnelle à cette surface et, par suite, considérable, tandis que, sur les parois de l'artère afférente dont le diamètre est fort petit, elle n'a fourni qu'une force d'expansion très peiite elle-même.
Ce que nous disons de l'anévrysme s'applique à toute dilatation du vaisseau, même à la plus légère. En résumé, la force avec laquelle un vaisseau soulève un corps qui le presse, est proportionnelle à l'étendue de la surface du vaisseau en contact avec ce corps. Plus le vaisseau sera dilaté, plus cette surface sera grande et ce soulèvemont puissant.
Ce principe nous a aussi guidé dans la construction de notre sphygmogsaphe, Nous avons eu soin de donner au ressort qui appuie sur le vaisseau une forme et une courbure telles qu'il presse à la fois sur une grande longueur de l'artère radiale, la surface agissante du vaisseau
FOIlCIi nu POULS.
B. De l'influence de la tension artérielle sur la force du pouls.
S 67. — L'état de la tension artérielle toute seule suffit pour modifier la force du pouls, sans que pour cela le cœur ait besoin de modifier l'énergie de ses contractions. On sait que la tension artérielle est en général réglée par l'état de contraction ou de relâchement des vaisseaux capillaires ; que cette tension s'élève quand les petits vaisseaux sont contractés, et qu'elle s'abaisse quand les vaisseaux se relâchent, voy. § A3. Or, c'est là que réside l'influence principale qui fait varier la force du pouls ; de sorte qu'on peut poser en principe que dans la majorité des cas, la force du pouls n'est point en rapport avec l'énergie de la contraction ventriculaire, mais quelle est réglée par félat de la circulation dans les dernières ramifications du système vasculaire.
Les expériences faites sur les animaux au moyen du manomètre établissent le fait dont nous parlons ici ; il est même remarquable que cette relation de la force du pouls avec l'état de la tension artérielle ait été, pour ainsi dire, le premier fait constaté quand on appliqua un manomètre aux artères d'un animal, et qu'on n'en ait tiré aucune déduction relativement à la signification clinique de la force du pouls.
En 1774, Haies appliquant son manomètre aux artères d'un cheval remarqua que, sous l'influence de la saignée, en môme temps que la colonne manométrique s'abaisse et indique une pression moins élevée, l'amplitude des oscillations qui correspondent au pouls augmente d'une
étant ainsi multipliée, donne à l'effet produit une plus grande intensité cl permet à l'instrument de révéler l'existence de pulsations qui échoppent au toucher.
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manière notable. — Une influence inverse a été signalée de nos jours par Cl. Bernard, qui, dans un grand nombre d'expériences faites sur les animaux au moyen de l'hémomètre deMagendie, fut frappé de voir que, si l'on élève la tension artérielle, on diminue l'intensité de la pulsation. Voici comment cette remarque a été formulée par Cl. Bernard : « Dans l'opération de la transfusion du » sang, dans la pléthore, dans les efforts, on observe que » la pression constante (1) augmente, tandis que la pul- » sation cardiaque diminue. »
Plaçons-nous dans des conditions encore plus simples; et, au lieu des expériences faites sur les animaux, bornonsnous d'abord à celles que l'on peut faire sur le schéma dans des conditions purement physiques. Ici encore nous retrouvons le fait que nous venons de signaler, et duquel il résulte que les changements de la tension artérielle se traduisent par des changements dans la force du pouls.
Expérience. — Supposons que dans le schéma' l'écoulement du liquide se fasse par des ajutages étroits, on sait déjà que la tension artérielle devra, dans ces conditions, être assez élevée. Donnons aux impulsions venlriculaires une force bien égale et des intervalles bien réguliers eu les réglant sur les battements d'un métronome. Puis, dans
(!) Cette distinction de pression constante ou artérielle et de pression cardiaque ne saurait être conservée, selon nous ; c'est Poiseuille qui l'a introduite dans le langage physiologique, en cherchant à établir que la pression artérielle est fixe dans toule l'économie, tandis que la pression cardiaque diminue à mesure qu'on s'éloigne du cœur. Tout en rejetant une explication qui tendrait à faire croire à des variations dans la force du cœur quand la force de la pulsation varie, nous acceptons complètement les faits rapportés par Cl. Bernard, et dans lesquels cet éminent physiologiste a constaté les changements d'amplitude des oscillations mnnométriques par suite des changements de la tension artérielle.
ces conditions, examinons les indications du manomètre compensateur appliqué à un vaisseau quelconque. Nous voyons que la colonne des moyennes indique une pression élevée, ce qui résulte de l'étroitesse des voies d'écoulement. Quant à la colonne oscillante, elle indique des pulsations d'une médiocre amplitude : soit 3 centimètres de mercure.
Remplaçons alors les ajutages d'écoulement par d'autres plus larges, et reprenons l'expérience en donnant aux impulsions ventriculaires la même force et le même rhythine que tout à l'heure. — Si nous consultons alors le manomètre, nous voyons que la colonne des moyennes indique un abaissement considérable de la pression, abaissement d'autant plus grand que les ajutages d'écoulement ont un diamètre plus large. En même temps, la colonne oscillante indique des pulsations d'une plus grande intensité : elle oscille dans une longueur de 5 ou 6 centimètres, par exemple, il est donc bien évident que les pulsations ont pris de l'énergie par suite du simple abaissement de la tension artérielle, puisque la force impulsive est restée la même dans les deux expériences.
Le doigt appliqué sur les tubes permet également de sentir la différence d'intensité de la pulsation dans les deux cas ci-dessus énoncés; enfin, le sphygmographe adapté à ces tubes donne des tracés dont l'amplitude diffère notablement, comme on en peut juger par les figures ci-dessous.
Pjg. 49.
La figure /i9 représente, dans sa première moitié, le pouls sous l'influence de la tension élevée. La deuxième
238 l'iivsioi.oGiii.
moitié représente le tracé du pouls recueilli lorsque la tension était faible.
Si l'on veut bien se reporter aux tracés, ligures /|0 et h 1 , an verra que chez un sujet auquel on avait pratiqué une émission sanguine très peu abondante, on voit déjà apparaître un accroissement de l'intensité du pouls après la saignée. Mais il ne suffisait pas de constater ce fait; nous avons cherché à déterminer la cause des changements d'intensité de la pulsation dans l'expérience précédente.
L'emploi du sphygmographe permettant de suivre à chaque instant ce qui se passe dans la tension artérielle, nous otïre un moyeu de saisir le mécanisme de ces changements dans la force du pouls.
Supposons d'abord le cas d'une pulsation unique. Le sphygmographe est appliqué sur une des artères du schéma. L'appareil ne fonctionnant pas encore, la tension artérielle est nulle; le levier de l'instrument est à zéro. — Qu'une impulsion ventriculaire se produise brusquement, cette impulsion élève la tension artérielle, ce qui se traduit par une ascension du levier ; puis, comme l'afflux cesse et que l'écoulement se produit seul, le levier redescend graduellement à zéro. — Mais, dans cette dernière période de la pulsation, il peut arriver deux choses bien différentes, suivant que l'écoulement sera plus ou moins facile. Si les voies d'écoulement sont larges, le levier retombera rapidement à zéro, comme dans la figure 50. Si au contraire l'écoulement est difficile, le levier ne retom-
Fiff. 51.
FÏjj. 50.
bem que d'une manière graduelle et lente, eonnne clan.
ki tigure 51. Ces conditions ne sauraient être réaliser que dans des expériences physiques; elles correspondent au cas où une pulsation unique se produit, de telle sorte que la tension artérielle partant de zéro retombe à zéro sans être relevée par une impulsion nouvelle. Mais, dans la circulation, les choses ne se passent pas ainsi ; chacune des pulsations n'a pas le temps de s'accomplir en entier avant l'arrivée de la pulsation suivante; les pulsations sont pour aiusi dire subintranles .
Produisons donc une série de pulsations égales en intensité et arrivant à des intervalles égaux, et examinons ce qui se passe si l'on a alfaire, dans un cas, à une série de pulsations de l'espèce dont la figure 50 nous présente un type, et, dans l'autre cas, à une série de pulsations de la deuxième espèce, c'est-à-dire semblable à celle que représente la figure 51 .
Les tracés qu'on obtiendra dans l'un et l'autre cas seront bien différents. Comme on en peut juger par les deux ligures 52 et 53. Le tracé (fig. 52) est formé par une succession de pulsations appartenant au premier type, c'està-dire produites sous l'influence d'un écoulement facile et d'une faible tension. Le tracé (fig. 53) est formé par des pulsations du deuxième type, c'est-à-dire dans les conditions de la forte tension et de l'écoulement difficile. On voit quelle différence existe relativement à l'amplitude du pouls dans ces deux cas.
Si l'on examine la ligne des maMina^ on voit qu'elle a
-yu PHYSIOLOGIE.
peu varié, tandis que cille des minima s'est beaucoup abaissée. C'est là que réside la cause de l'augmentation de l'amplitude du pouls. Est-il besoin d'expliquer comment s'est produit cet abaissement? On voit tout de suite qu'il provient de la chute plus grande du levier dans le cas d'écoulement facile.
uenee de la durée de l'intervalle qui précède une pulsation sur la force de celle-ci.
§ 68. — C'est toujours au même ordre d'influence, c'esta-dire aux changements qui surviennent dans la tension artérielle, que doit se rapporter le phénomène que nous allons décrire et qu'on avait attribué à uu changement dans la force des contractions du cœur. — Il arrive quelquefois que le pouls présente des irrégularités dans son rhythme, c'est-à-dire que tout à coup le cœur suspend ses battements pendant un instant. Dans ces cas, la pulsation qui smt immédiatement cette suspension est beaucoup plus forte que toutes les autres. On est porté à admettre alors l'existence d'une contraction plus énergique, d'une sorte d'efforts du cœur pour réparer le temps perdu. Mais il ne faut voir là qu'une conséquence naturelle de rabaissement de la tension artérielle pendant l'arrêt du cœur. La figure suivante montre bien comment les choses se passent en réalité.
Fi». 54-
Ce tracé est recueilli dans un cas d'intermittence nerveuse du pouls. On voit que le pouls était régulier de a en b; à ce moment le cœur a suspendu ses battements
pendant un temps plus long que de coutume. En conséquence, l'écoulement du sang ayant eu lieu pendant un temps plus long, la tension a baissé plus que pendant les autres intervalles et est descendue jusqu'en c. N'est-il pas tout naturel que la pulsation suivante, qui se trouve dans les conditions de la faible tension artérielle que nous décrivions tout à l'heure, ait une intensité plus considérable ?
Expérience. — On peut s'assurer, à l'aide du schéma, que l'inégalité des intervalles produit, à elle toute seule, l'inégale intensité du pouls. Il suffit, en faisant fonctionner l'instrument, de laisser, à un moment donné, un intervalle plus grand- que les autres. L'abaissement de la tension pendant ce temps d'arrêt donne une plus grande intensité à la pulsation suivante.
Fig. 55.
La figure 55 représente un tracé recueilli sur le schéma; on y voit une intermittence après laquelle la pulsation est plus forte qu'auparavant.
Les palpitations qui se produisent dans les conditions que nous venons de décrire sont liées en général à des troubles nerveux. Le malade ressent, au moment de la pulsation qui suit l'arrêt du cœur, une secousse, quelquefois très violente, qui ébranle tout son être. Ce genre de palpitation, dépourvu de gravité, cause de vives inquiétudes à ceux qui en sont affectés. Il diffère essentiellement par la forme des palpitations qui sont liées à certaines affections organiques du cœur et que nous aurons à décrire plus tard.
Quant à la durée de la suspension des battements du cœur, elle no nous a paru soumise à aucune règle. On pense généralement que dans ces cas un battement du cœur fait défaut; mais, la plupart du temps, la suspension est d'une durée inférieure à celle de deux pulsations normales.
On voit aussi, en examinant la figure 5&, que, après la suspension des battements, il faut plusieurs systoles régulières pour que la tension ait repris son degré normal, et pour que le tracé reprenne le niveau de la ligne des maxima.
D. Influence' que la perméabilité du vaisseau, ou son obstruction audessous du point observé, exerce sur là force du pouls.
§ 69.— Les changements de la tension artérielle peuvent être produits d'une manière locale; alors la force de la pulsation est modifiée seulement dans le vaisseau où se produisent ces changements de tension. Ainsi, lorsque le sphygmographe est appliqué sur l'artère radiale et qu'on prend le tracé du pouls, si, au milieu de l'expérience, on comprime l'artère radiale au-dessous de l'instrument, c'est-à-dire en aval du point observé par rapport *au courant sanguin, on voit qu'immédiatement l'amplitude des pulsations est augmentée, et' surtout que le niveau.de la ligne d'ensemble s'est élevé. La tigure 50 est produite dans ces circonstances (1).
M) La physique nous rend très bien compte de ce qui s'est passé conduit, avec une certaine vitesse,
B. Influence do la nature du mouvement oxpansif d'une artère sur l'intensité do la sensation tactile fournie par le pouls.
e 70. — Nous avons à signaler ici une singulière illusion du toucher : elle consiste à nous faire trouver une pulsation d'autant plus forte qu'elle s'accomplit plus brusquement. L'emploi du iphygmograpuo nous permet d'éviter cette erreur, en nous donnant une mesure exacte de la force du pouls d'après le degré auquel le levier est soulevé à chaque battement du vaisseau.
Lorsqu'au moyen de notre instrument on enregistre le pouls de certains sujets, on est étonné fort souvent de voir des pulsations que le doigt pouvait à peine sentir, se traduire par des tracés d'une amplitude énorme, tandis que des pulsations que le toucher sentait assez nettement ont fourni des tracés d'une amplitude peu considérable.
Les deux figures 57 et 58 nous fournissent deux types de ces genres opposés de pulsations. La figure 57 rcpré-
Fig. 57.
sente le pouls d'un sujet chez lequel le doigt appliqué sur
ment, toute la force vive qui était acquise par cette vitesse se transforme immédiatement en pression latérale. C'est sur ce principe qu'est basée la construction du bélier hydraulique. — La môme chose arrive par rapport au mouvement du sang dans une artère :.si l'on vient à empêcher le courant de se faire au-dessous du sphygmographe, la vitesse perdue par le liquide se transforme en pression latérale: or, comme le pouls est produit par cette pression même, il est augmenté dans sa force au toucher, et l'amplitude du tracé est augmentée pareillement .
Inutile d'ajouter que, sur le schéma, le môme phénomène se produit, suivant que l'écoulement a lieu par le tube auquel le sphyglijogruphe est adapté, ou qu'on empôche cet écoulement par une pression cNcrcée en aval de l'instrument.
^kh PHYSIOLOGIE.
l'artère ne percevait aucune pulsation. Ce tracé est pris clans un cas d'embolie ayant oblitéré l'artère numérale : le pouls se produisait alors par le retour du sang dans le vaisseau à travers les anastomoses collatérales. — La figure 58 est recueillie clans un cas de péricardite aiguë;
bien que la pulsation eût peu d'amplitude, elle donnait au doigt la sensation d'un battement très net.
La forme si différente de ces deux pulsations rend compte de l'illusion qui faisait paraître si faible l'expansion de l'artère chez le premier malade. Nous disons que ce phénomène tient à une illusion du toucher, car il fallait bien que le pouls du premier malade eût une force réelle pour soulever aussi haut le levier de l'appareil. Ce genre d'illusion se retrouve, du reste, relativement à toute sorte de sensations. On peut poser en principe que tout changement d'intensité d'un phénomène quelconque est d'autant plus nettement perçu par nos sens qu'il est plus brusque. On en pourrait citer un grand nombre d'exemples. Ainsi, qu'une lumière augmente ou diminue graduellement d'intensité, nous nous en apercevons à peine ; nous sommes, au contraire, très vivement et très péniblement impressionnés par les variations brusques, comme il s'en produit quelquefois dans la flamme du gaz. — Un son qui passe graduellement d'une tonalité à une autre ne nous permet pas de saisir aussi facilement la différence de ton, que s'il se produit une transition brusque d'une
note à une autre, etc.
Le nombre des cas clans lesquels la diminution de la
force du pouls perçu par le toucher tient à la lenteur de l'expansion des vaisseaux est considérable. Les anciens auteurs, qui avaient désigné cette forme du pouls sous le nom de pouls lent, avaient signalé qu'elle s'accompagne en général de faiblesse de la pulsation. Nous retrouverons souvent cette forme importante du pouls dans la suite, et particulièrement lorsque nous traiterons des affections du cœur, des anévrysmes des artères et des embolies.
La force avec laquelle le ressort du sphygmographe presse sur le pouls influe beaucoup sur l'amplitude de la pulsation. Il arrive dans ces cas ce qu'on observe si souvent dans l'exploration du pouls par le toucher : certains sujets ont le pouls dépressible, c'est-à-dire que le vaisseau s'aplatit sous une pression trop forte. — C'est pour cette raison que nous avons adapté au ressort du sphygmographe une vis de réglage (p\ fig. 24), qui permet d'exercer sur l'artère une pression plus ou moins forte. Lors donc qu'on enregistre le pouls d'un sujet, il faut, par le tâtonnement, chercher quelle est la pression qui donne au pouls son amplitude maximum. — A égal volume du vaisseau, c'est l'état de la tension artérielle qui règle la pression qu'on devra donner au ressort. S'il faut une grande pression pour donner au pouls son amplitude maximum, c'est que la tension est forte ; s'il faut une faible pression, cela prouve que la tension artérielle est peu élevée.