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CHAPITRE XVI

INTRODUCTION. — MALADIES DE LA CIRCULATION CAPILLAIRE : FIÈVRES, ALGID1TÉ, CONGESTIONS, ETC.

Les phénomènes morbides sont soumis aux mêmes lois que les phénomènes physiologiques. — Il n'y a pas de forces particulières pour produire les états pathologiques. — Plan général de la deuxième partie.

Des maladies de la circulation capillaire. — Leur symptôme principal consiste en changements survenus dans la température animale et dans la rapidité du mouvement du sang. — Importance qu'on a attachée à la chaleur animale dans les phénomènes de la vie. — Des doctrines médicales destinées à expliquer les variations de la température dans les maladies; influences fâcheuses des théories métaphysiques. — Modifications pathologiques de la vitesse de la circulation. Toutes ces modifications s'expliquent simplement par les notions que fournit la physiologie expérimentale.

En abordant l'étude pathologique de la circulation, nous n'entrons pas dans une voie nouvelle. La pathologie, en effet, n'est pas soumise à des lois spéciales, car les maladies ne consistent qu'en un trouble souvent très léger dansTharmoniedeslbiictions physiologiques. Ladoctrine de Broussais, soumise à quarante années d'examen,

a laissé après elle nue grande idée qui constitue toute une révolution médicale, c'est que h médecine est physiologique, c'est-à-dire que dans les maladies n'interviennent pas de forces spéciales, mais seulement celles que la physiologie nous révèle.

C'est donc toujours le flambeau de la physiologie qui va marcher devant nous; on verra quelle clarté il va jeter sur la sémiologie médicale. Qu'on ne lui demande pas encore de dissiper toutes les ténèbres, et qu'on n'oublie pas surtout que la physiologie expérimentale commence à peine de nos jours à être étudiée d'une manière méthodique. Ne serait-il pas injuste d'exiger dès aujourd'hui qu'elle explique tous les faits dont tant de siècles d'observation nous ont révélé l'existence?

Nous laisserons donc à la clinique l'étude de la plupart des symptômes généraux qui, dans les maladies de l'appareil circulatoire, ne paraissent pas se rattacher directement au mouvement du sang. Un jour viendra sans doute où la physiologie pourra rendre un compte exact de ces altérations de la nutrition qui, du simple trouble fonctionnel, conduisent par gradation insensible jusqu'à la lésion anatomique. Les premiers pas sont faits dans cette voie : la pathologie cellulaire nous promet déjà la solution de bien des questions de cet ordre.

Parmi les phénomènes pathologiques, tous ne sont pas également complexes et difficiles à interpréter; il en est au contraire de très simples : ce sont précisément ceux qui, par leur nature, se rattachent aux phénomènes connus de la physique. De môme que le système circulatoire peut être, comme on l'a vu, assez fidèlement représenté par un appareil hydraulique, de môme aussi les phénomènes qui traduisent bon nombre de ses maladies

INTRODUCTION. °-w

peuvent être imités artificiellement par certaines altérations produites dans cet appareil. Les lésions organiques du cœur, celles qui troublent le jeu de s<?s valvules, les altérations du système artériel qui changent la forme, le volume, l'élasticité de ces vaisseaux, peuvent être ainsi imitées, non-seulement au point de vue de la modification que subit le mouvement du sang, mais aussi avec tout l'ensemble des signes physiques qui les caractérisent. Souvent nous aurons occasion d'appuyer certaines assertions sur cette synthèse pathologiqve , et dé reproduire des phénomènes morbides, comme déjà nous avons reproduit les phénomènes physiologiques de la eireulalion du sang.

Les parties les plus obscures de la pathologie de la circulation sont relatives aux maladies dans lesquelles la l'onction est le moins profondément troublée : de cet ordre sont les cas où l'action nerveuse s'exerce d'une manière anormale sur le cœur ou sur les vaisseaux. Cependant le problème est plus simple qu'on ne pourrait le supposer, car les forces vitales produisent en dernière analyse des effets tout à fait physiques : un vaisseau, lorsqu'il se relâche ou se contracte sous une influence nerveuse, facilite ou entrave le passage du sang; c'est à cela que se réduit son action sur la circulation. Ici se rencontre une grande ressemblance entre les phénomènes morbides et les variations physiologiques de la circulation que nous connaissons déjà; on peut même dire, pour citer un exemple, que la transition entre l'accroissement physiologique de la rapidité de la circulation et la fièvre proprement dite est difficile à marquer.

Voici Tordre que nous suivrons dans cette deuxième

partie. Comme la circulation capillaire vient de nous occuper en dernier lieu, nous commencerons par étudier les troubles pathologiques de cette circulation, en donnant, chaque fois qu'ils seront nécessaires, des développements physiologiques pour faire mieux comprendre la signification des phénomènes morbides. De cette manière, tout ce qui est relatif à la circulation capillaire se trouvera rassemblé de façon qu'on en puisse saisir l'ensemble. — Viendront ensuite les lésions définitives des vaisseaux: d'abord, ces altérations presque physiologiques qu'éprouvent les artères sous l'influence d'un âge avancé, l'induration et l'ossification artérielle; plus loin, les oblitérations des artères, les anévrysmes, etc.

Dans l'étude des affections du cœur, nous séparerons les lésions des valvules qui apportent dans la fonction un trouble mécanique inhérent à l'organe lui-même, et les modifications fonctionnelles qui, parfois, semblent liées à un changement de l'innervation ou de la nutrition du cœur, tandis que, clans d'autres cas, elles semblent être un retentissement de lésions qui ont pris naissance dans la circulation périphérique.

Une grande objection est faite de nos jours à l'étude des signes physiques dans les maladies du cœur ou des vaisseaux. Pour tout ce qui est relatif aux affections organiques de l'appareil circulatoire, on fait un reproche aux tendances modernes, et l'on dit que la perfection qu'on cherche dans le diagnostic ne conduit qu'à la constatation de désordres tellement graves qu'ils sont au-dessus des ressources de la thérapeutique. On oppose aux médecins organiciens l'épigraphe célèbre que Corvisart écrivit en tête de son livre :

Iftcret latcri lelhalié arUndQ,

Qu'on nous permettre de ne point partager le découragement général. Tout le monde a vu des lésions organiques du cœur ou des vaisseaux persister pendant de longues années sans compromettre la vie des malades. Souvent, ces affections organiques, incurables par ellesmêmes, ne causent la mort qu'indirectement en amenant des maladies pulmonaires que l'art eût pu conjurer. Pour nous, notre conviction est faite : nous croyons qu'en l'absence d'une thérapeutique directe contre les maladies du cœur, il existe une hygiène efficace. En dehors des faits nombreux que la clinique nous révèle, le bon sens tout seul suffirait à prouver que si l'on sait à propos atténuer l'action trop énergique du cœur, ou diminuer les résislances que cet organe doit vaincre dans les cas où il est affaibli, on enraye tout au moins les progrès du mal si l'on n'en peut détruire la cause.

Dans le diagnostic des maladies du cœur et des vaisseaux, il est un élément tellement important que nul ne saurait le négliger, quelle que soit la valeur des signes nouveaux qu'il puisse apporter; nous voulons parler de l'auscultation. Tant de progrès nouveaux ont été accomplis depuis Laennec, que l'auscultation, pratiquée de nos jours par un médecin exercé, peut, dans un grand nombre de cas, révéler la nature d'une affection organique du cœur. Aussi nous ne saurions négliger dans le diagnostic cet élément important qui servira toujours de contrôle aux indications fournies par la forme du pouls. Nous ne pourrions avec quelque autorité présenter les tracés graphiques fournis par notre instrument, si le diagnostic auquel nous sommes arrivé n'était légitimé en quelque manière. Or, l'auscultation est le contrôle auquel nous accordons la plus grande valeur toutes les fois que

l'examen cadavérique, n'a pu confirmer lu diagnostic porté.

Toutefois, comme la valeur des renseignements fournis par l'auscultation est subordonnée à la théorie adoptée par le médecin qui ausculte, nous serons forcé de donner quelques détails sur l'auscultation du cœur à l'état pathologique, sur la cause et la signification des bruits de souffle cardiaques et artériels.

La forme graphique du pouls tiendra pour nous une large part parmi les moyens du diagnostic des affections, circulatoires. Nous n'avons pu par nous-même qu'ébaucher cette étude qui réclame de longues et nombreuses recherches; il nous semble toutefois que, dans les résultats que nous présentons aujourd'hui, on peut entrevoir combien la rigueur du diagnostic médical est susceptible d'être augmentée.

Lorsque nous trouverons une maladie quelconque qui s'accompagne habituellementde troubles importants de la circulation, nous indiquerons ces troubles en essayant d'en déterminer la cause. Dans certains cas, à défaut de notions physiologiques précises, nous montrerons comment l'empirisme tout seul peut nous révéler des phénomènes importants que la physiologie viendra sans doute expliquer plus tard. On verra comment certaines affections dites spécifiques donnent au pouls des caractères particuliers qui se produisent assez constamment pour qu'on puisse les ériger à l'état de symptômes importants, tout empirique que soit leur constatation.

En dehors même de l'appareil circulatoire, il existe des affections qui réagissent assez sur le mouvement du sang pour pouvoir imprimer au pouls certains caractères importants. De cet ordre sont les affections de l'appareil res-

MALADIES DE LA URCTiL.VlïON CAPILLAIRE. OO 1

piratoire, les épancbements abdominaux, les convulsions diaphragmatiques, etc. Parmi ces maladies, celles qui affectent les organes de la respiration pourront, avec avantage, être étudiées d'une manière plus directe : ainsi, il sera très important de déterminer avec précision la forme des mouvements respiratoires eux-mômes, plutôt que d'observer les modifications qui surviennent dans le pouls sous l'influence des maladies du poumon. Mais en attendant que cette étude que nous avons à peine abordée puisse fournir des résultats assez précis, nous pensons qu'il ne faut pas négliger d'observer les modifications que le pouls reçoit des différents types de la respiration, car la forme du tracé recueilli dans ces circonstances peut déjà donner des renseignements d'une grande valeur.

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