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CHAPITRE XIX

DE LALGIDITÉ.

Étymologie. — 11 y a différentes sortes d'algidité ; nous prendrons pour type celle des lièvres pernicieuses.

Les symptômes qui caractérisent Talgidité sont tout à fait opposés à ceux qu'on observe dans la fièvre; ils tiennent aune cause tout opposée: à la contraction des petits vaisseaux. — Le refroidissement, la pâleur et l'amaigrissement des extrémités, la faiblesse et la r'afété du pouls sont des effets de la contraction vasculaire.

Des différentes formes de l'algidité. — L'algidité résulte toujours d'un excès de la force contractile des vaisseaux sur la tension artérielle; mais cet excès ne tient pas seulement à une augmentation réelle de la force contractile des vaisseaux ; il peut résulter d'un abaissement primitif de la tension artérielle. Dans ce cas, la fréquence du pouls est augmentée.

Ordre de succession des stades de froid et de chaleur dans les maladies ;

causes qui déterminent cet ordre constant. Des caractères que présente le tracé du pouls dans l'algidité.

§ 128. — Le .mot algidité(de algidus, froid) s'applique à un ensemble de symptômes opposés à ceux de la fièvre : les extrémités sont froides, la peau décolorée, les traits amaigris, la face grippée comme celle d'un cadavre. Les doigts sont quelquefois si effilés, que les bagues tombent d'elles-mêmes. Le pouls est petil, parfois irrégulier; sa fréquence est tantôt plus grande qu'à l'état normal et tantôt diminuée.

Dans cette description de l'état algide, on trouve des symptômes à peu près complètement opposés à ceux de ta fièvre qui s'accompagne de chaleur, si l'on excepte la fréquence du pouls, qui peut être plus grande qu'à l'état

ô/2 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

normal. Nous montrerons plus tard que ce qu'il y a de contradictoire dans cette fréquence, tantôt augmentée et tantôt diminuée, peut s'expliquer par la différence des causes qui peuvent donner naissance à l'état algide. Cette même différence dans la cause de Falgidité produit encore des modifications dans l'état de la température. 11 est donc indispensable d'étudier isolément les différentes variétés de cet état morbide.

Nous commencerons par un type bien défini : Palgidité qu'on observe dans les fièvres pernicieuses. « Dans cet » état, le pouls se ralentit, les lèvres et la langue pâlissent » et se décolorent. L'abaissement de la température » s'effectue des extrémités au centre : les pieds, les mains, » la face se refroidissent ; la peau est aussi froide que le » marbre; la langue est pâle, blanche, humide, froide, » ainsi que l'air chassé de la poitrine. La chaleur se ré- » fugie dans l'abdomen et ne se dissipe qu'en dernier » lieu ; le pouls se ralentit, devient rare, fuit sous le doigt » et disparaît (1 ). »

De même que l'ensemble des symptômes est ici l'inverse de ceux de la fièvre, de même la physiologie va nous montrer qu'une cause tout opposée, c'est-à-dire une violente contraction vasculaire, produit les phénomènes que nous venons d'énumérer.

De la température dans l'algidilé.

g -1 29. —C'est par les extrémités que le refroidissement commence, et il est de moins en moins fort à mesure qu'on observe une région plus rapprochée des centres. — N'est-

(!) Compendium de médecine pratique, t. V. p. 337.

de l'algidité. 373

ce pas là une similitude parfaite avec les effets que produit la contraction vasculaire, lorsqu'on galvanise le grand sympathique, par exemple? Mais ici, l'évaluation de la température a donné lieu aux mêmes dissidences que pour la fièvre. La main et le thermomètre se contredisaient l'un l'autre, de sorte que bien des auteurs ont considéré comme une illusion du toucher la sensation de froid glacial qu'on éprouve en palpant les extrémités d'un malade en état algide. Dans ces cas, également, .le désaccord tenait à ce que la main et le thermomètre n'exploraient pas les mêmes régions. — Les extrémités sont froides, même pour le thermomètre, mais les régions plus centrales, la bouche ou l'aisselle, échappant aux causes de refroidissement, n'indiquaient aucun abaissement de température (voy. § 114). Bien plus, dans un grand nombre de cas, la température de ces régions a été plus élevée qu'à l'état normal.

Gavarret(l) cite plusieurs observations de ce genre. La température, prise sous l'aisselle, donnait les différences suivantes, selon qu'on l'observait pendant l'apyrexie ou pendant le stade de froid; voici quelques-unes de ces observations :

Apyrexie ... 36° Frisson. . . . 409

Id 36° Id 38°

Id 36°,5 Id 40*

Comment expliquer cette élévation de la température centrale sous l'influence d'une contraction vasculaire? — Si l'on se reporte à l'expérience relatée §116, dans laquelle Cl. Bernard vit la température du sang s'élever

(I) Recherches sur la température du corps dans les fièvres mlcrmillenles {l'Expérience, M juillet 1839).

àlk APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

après la ligature de l'aorte sur un chien, on reconnaîtra que dans les deux cas une môme cause paraît avoir produit l'élévation de la température. Chez le chien qui avait l'aorte liée, le sang n'allait plus se refroidir clans les extrémités inférieures; de là provenait son échauflément. Chez le malade algide, la circulation de la périphérie est enrayée, le sang ne va donc plus se refroidir à la surface du corps; de là un échauffement de la masse sanguine, et conséquemment des régions profondes (1).

De la pâleur des téguments dans l'algidité.

§ JoO. — Cette pâleur est une conséquence de la moindre quantité de sang contenue dans les vaisseaux; elle correspond à la pâleur des tissus dont on galvanise le

( l) Doit-on attribuer à la contraction vasculaire toutes les variations qui surviennent dans la température centrale ou périphérique chez les sujets qui sont en état d'algidité? Ainsi, par exemple, sur un malade qui a le frisson et dont la peau est froide, lorsqu'on trouve une clé ration delà température prise sous l'aisselle, faut-il attribuer cette élévation de température à l'effet du spasme vasculaire et à son action conservatrice de la chaleur centrale, ou bien ne s'est-il pas joint à cette action une augmentation dans la production de la chaleur? Le meilleur moyen, pour juger cette question, serait d'évaluer la quantité d'acirle carbonique exhalé par le poumon, en même temps qu'on observerait l'état de la température. Cela permettrait sans doute de faire la part des changements survenus dans la production de la chaleur et des changements qui ne portent que sur la répartition du calorique dans l'économie. Ces deux sortes -d'observations n'ont pas encore été conduites d'une manière parallèle sur un même malade. Toutefois les recherches qui ont été faites relativement à la proportion d'acide carbonique expiré dans les dilférentes maladies nous apprennent que dans la majorité des ca>, c'est dans l'état de fièvre avec chaleur que la production d'acide carbonique est h son maximum ; de sorto que la production de la chaleur, qui suit dans ses variations celles de l'exhalation de l'acide carbonique, semble augmenter avec la rapidité du mouvement circulatoire.

DE LALGIDITÉ. ô'Ù

grand sympathique. Ajoutons que, dans la plupart des cas, cette pâleur s'accompagne d'une légère teinte bleuâtre des tissus. Le ralentissement du cours du sang dans les vaisseaux resserrés explique cette coloration; en effet, le sang qui passe lentement des artères dans les veines doit prendre à un haut degré le caractère et la couleur du sang veineux. Il se produit ici l'effet inverse de ce qui arrive dans la fièvre; on sait que, dans ce dernier cas, le sang conserve sa coloration rutilante jusque dans les \eines.

De l'amaigrissement subit qui se produit sous l'influence de l'algidité.

§ 131. — Il est inutile d'insister longuemen t sur ce phénomène dont la cause est trop évidente. Puisque les vaisseaux relâchés outre mesure produisent dans la fièvre la turgescence des tissus, le spasme vasculaire devait nécessairement produire l'effet inverse. C'est alors que le globe oculaire s'enfonce subitement dans l'orbite, parce qu'il n'est plus soutenu par le riche lacis de vaisseaux qui occupe le fond de la cavité orbitaire; alors aussi la peau des mains, des pieds et de la face devient trop large pour les parties qu'elle contient, on y peut former des plis qui ne s'effacent .que lentement; c'est ce qu'on appelle perte d'élasticité de la peau.

Nous allons passer à l'examen des phénomènes qui se passent du côté des artères et du cœur.

Diminution de la force et de la fréquence du pouls dans l'algidité.

§ 132. — Une tension artérielle plus forte que de coutume est la conséquence nécessaire du spasme des vaisseaux. Or, cette tension suffit pour diminuer la force du pouls (voy. § 67). Ajoutons que les artères elles-

mômes participent à la contraction/et nous aurons une raison de plus pour expliquer l'affaiblissement du pouls (voy. § 66). C'est pour cela que dans l'état algide le pouls devient le plus souvent insensible à la radiale, et qu'il faut, pour le sentir, explorer un vaisseau d'un plus gros volume.

§ 133. — La diminution de la fréquence des battements du pouls est encore un effet secondaire de la tension augmentée (voy. § 60). L'ensemble des phénomènes circulatoires est donc bien complètement inverse dans l'état de fièvre et dans celui d'algidité. Mais qu'on n'oublie pas que nous ne décrivons qu'un type bien défini de l'état algide, celui dans lequel la contraction des vaisseaux semble .être le phénomène essentiel, celui qui a débuté et entraîné après lui toute la série des effets que nous venons de passer en revue.

Des différentes formes de l'algidité.

§ 134. — On doit rattacher à l'algidité un grand nombre de troubles de la circulation qui peuvent tenir à des causes très différentes, mais qui présentent tous les signes extérieursque nous avonsdécrits plus haut : ainsi, l'action d'un bain froid trop prolongé, le vomissement provoqué par certaines substances, le mal de mer, le choléra dans sa première période, une hémorrhagie brusque et très abondante. Toutes ces causes amènent le refroidissement des extrémités, leur pâleur, leur amaigrissement et même la petitesse du pouls ; mais souvent la fréquence du pouls ne subit pas la modification profonde que nous signalions tout à l'heure, ce ralentissement qui fait que l'algidité des fièvres pernicieuses présente une opposition complète avec le stade de chaleur de ces mûmes fièvres. — Quel-

DE l'algidité. 3/7 qnes mots sont nécessaires pour faire saisir les différences principales que présentent ces diverses formes de l'acidité.

Sous l'influence d'un bain froid, il se produit, comme on le sait, une contraction des vaisseaux, en vertu de l'action spéciale que le froid exerce sur la contractilité vasculaire. — Cette contraction reste à un degré modéré si l'impression du froid n'est pas trop forte, ou si elle ne se prolonge pas trop longtemps ; mais si son action est trop énergique, une pâleur générale se manifeste surtout le corps, la cyanose survient souvent, les ongles et les lèvres sont bleus, les traits amaigris, le pouls est petit et ralenti. L'ensemble des phénomènes est donc celui qu'on rencontre dans l'étal algicle des fièvres pernicieuses, la cause seule est différente. Quant cà la température, elle a subi un abaissement réel, puisque le contact de l'eau froide a dû soustraire à l'économie une grande quantité de calorique. Nous n'avons pu appliquer le thermomètre dans l'observation des cas de ce genre que le hasard nous a fait rencontrer, mais la main nous permit de constater un refroidissement notable de l'aisselle et de la cavité buccale. Ici donc l'algidité ne s'accompagne pas d'élévation de la température centrale, mais bien de refroidissement général du corps; seulement ce refroidissement est d'autant plus sensible qu'on explore des parties plus superficielles.

Le vomissement amène l'algidité. On peut dire que cet effet est général, et que tout individu qui, sous une influence quelconque, est pris de nausées, pâlit subitement, qu'il a les mains froides, le pouls ralenti et plus faible que de coutume; il présente, en un mot, tous les signes de la contraction vasculaire. Mais, dans cet état delà circula-

û/O APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

tion, il peut exister des èepés très variés. En général, plus la durée et l'intensité de l'état nauséeux sont considérables, plus l'algidité est prononcée. L'ingestion de certaines substances, et particulièrement du tartre stibié, peut produire une algidité aussi complète que celle du choléra, ce qui a fait donner à cette intoxication le nom de choléra stibié. Les différentes plantes de la famille des solanées possèdent la propriété nauséeuse et amènent également l'état algide.

Enfin, le mal de mer, en même temps qu'il amène des vomissements et des nausées d'une durée considérable, produit l'état algide avec tous les caractères que nous connaissons.

Quelquefois, pendant les efforts du vomissement, il se produit dans l'état de la circulation des changements qui sont les conséquences mécauiques de l'effort et ne durent pas plus que lui. Ainsi, la face se congestionne parfois sous l'influence de la stase du sang veineux; les battements du cœur se précipitent pendant ces mômes efforts, mais bientôt après ils reprennent la lenteur qui est le caractère ordinaire de l'algidité. La recherche de la température à l'aide du thermomètre, dans les régions profondes, serait indispensable pour déterminer si le refroidissement qui accompagne l'acte de vomir est dû tout entier à la contraction v?isculaire, ou si la production de la chaleur subit quelque diminution. Nous penchons vers la première hypothèse, mais il est indispensable de faire des recherches expérimentales sur ce sujet.

J. Hun ter (1) avait été frappé de cette coïncidence de l'abaissement de la température avec le vomissement. Il

(1) Loc. cit., t. III, p. 377.

DE l'ALGIDITK. àJV

en avait tiré cette conclusion que le siège de la calorification réside probablement clans l'estomac. Aujourd'hui que l'action du grand sympathique sur les vaisseaux, l'estomac et les intestins est bien démontrée, il serait permis de faire line hypothèse plus vraisemblable, el d'admettre dans ces cas une synergie d'action des différents plexus du grand sympathique. Une contraction simultanée de tous les muscles animés par ce nerf suffirait pour expliquer à la fois les vomissements, les contractions intestinales et les phénomènes qui surviennent du côté de la circulation. Mais, ici encore, nous ne voulons pas livrer à l'hypothèse ce que l'expérimentation devra élucider.

Dans le choléra (période algide), des phénomènes du môme genre se présentent. La contraction vasculaire semble jouer un grand rôle dans la production de cette algidité, mais un élément nouveau et d'une grande importance s'y ajoute : nous voulons parler de la diminution de la masse sanguine.

C'est avec grande raison qu'on a appelé hémorrhagie séreuse la perte considérable de liquide qui se fait par les selles et les vomissements dans le choléra. Cette diminution de la masse du sang doit produire le môme effet qu'on obtient sur un animal par d'abondantes saignées, c'est-àdire l'abaissement de la tension artérielle et l'accélération du pouls. Aussi, dans le choléra, voit-on le plus souvent le pouls prendre une grande fréquence pendant l'état algide. La production de la chaleur est considérablement diminuée. Doyère (1) a fait voir que l'acide carbonique expiré diminue d'une manière énorme. Aussi le refroidis-

(1) Mémoire .sur la respiration et la chaleur humaine dans le choiera. Paris, 1863.

a»U APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

sèment se propage-t-il rapidement jusqu'aux parties profondes, mais, dans ces derniers points, il est toujours peu prononcé comparativement à celui qu'on observe dans les régions superficielles.

L'hémorrhagie produit l'algidité en vertu de la double cause que nous venons de signaler pour le choléra. La contraction des vaisseaux existe bien réellement , ainsi que l'a démontré J. Hunter (voy. § 39), mais elle ne suffit pas pour maintenir la pression du sang à son degré normal, car la diminution de la masse sanguine, effet de l'hémorrhagie, abaisse sans cesse celte pression. De là résulte une accélération des battements du cœur, ce qui semble, au premier abord, en contradiction avec les autres phénomènes de l'algidité, tandis que cela rentre parfaitement dans les lois ordinaires.

Enfui , dans presque tous, les genres de mort, au moment où le cœur cesse d'envoyer du sang dans les artères, les vaisseaux reviennent sur eux-mêmes, soit par une contraction active, soit par leur simple tonicité. Aussitôt apparaît l'ensemble des signes extérieurs du spasme vasculaire : pâleur et amaigrissement subit de la face et des extrémités, etc. — Si l'on comprime l'artère principale d'un membre en évitant de comprimer les veines, les mômes phénomènes se produisent d'une manière locale, ils se bornent aux tissus qui ont expulsé le sang qu'ils renfermaient et n'en reçoivent plus de nouveau.

On voit, par ce qui précède, que l'état algide peut tenir à un grand nombre de causes différentes. Dans tous les cas, il a pour cause immédiate un excès de la force contractile des vaisseaux sur la pression du sang à leur intérieur. Cela peut tenir, soit à l'augmentation d'énergie de la contraction vasculaire, soit à la diminution primitive

DE l'ALGIDITÉ, ûbl

de La pression du sang, et, dans ce cas, c'est surtout une diminution de la masse sanguine qui fait baisser. Ta tension artérielle.

Ordre de succession des stades de froid et de chaleur dans les maladies ; cause qui détermine cet ordre constant.

§ 135. — L'aperçu que nous venons de donner sur la physiologie médicale de la fièvre et de l'algidité conduit nécessairement à envisager ces deux états morbides sous un jour nouveau ; il conduit à chercher l'unité de cause pour des effets multiples, et montre que les lois de la physiologie, loin d'être détruites dans les maladies, y régissent, au contraire, l'enchaînement des symptômes. Mais qu'on ne s'y méprenne pas; nous n'avons voulu que signaler la route qu'on devra suivre dans des recherches ultérieures si l'on veut prendre pour guide la physiologie et l'expérimentation. Loin de nous la prétention de tout expliquer dès aujourd'hui par les notions physiologiques acquises; nous avons déjà confessé leur insuffisance. Pour ne signaler qu'une des lacunes principales, nous rappellerons que la cause de la sueur abondante qui succède au stade de fièvre est encore à déterminer; on ne connaît pas mieux les conditions qui rendent la peau sèche pendant le second stade des fièvres intermittentes, ni celles qui produisent une sueur froide pendant l'algidité. Cependant, malgré ce qu'elles ont encore d'incomplet et d'insuffisant, les explications fournies par la physiologie nous semblent infiniment plus satisfaisantes pour l'esprit que celles dont on était forcé de se contenter jusqu'ici.

Avant de quitter ce sujet, nous allons essayer de montrer que la nature des causes qui produisent l'algidité et la fièvre, ainsi que l'ordre constant de la succession de

ces deux états opposés, viennent encore confirmer les opinions que nous avons émises sur leur cause prochaine, et sur le rôle important qu'y joue la contractilité vasculaire.

Si tous les tissus de l'économie possédaient ces nerfs spinaux antagonistes du grand sympathique, dont l'existence a été démontrée dans les glandes, la fièvre et l'ai» i— dite pourraient tenir chacune à deux causes différentes. Ainsi, la fièvre pourrait être produite par la paralysie du grand sympathique, nerf de contraction, ou par l'excitation des nerfs de relâchement. L'algidité pourrait être due, soit à l'action énergique du grand sympathique, soit à la paralysie de ses nerfs antagonistes. Mais l'existence de ce dernier ordre de nerfs semble bornée à des points limités de l'économie; c'est donc au grand sympathique et à la contractilité vasculaire directement influencée que l'on doit rapporter les phénomènes qui nous occupent. — Or, quel est, clans ces deux stades successifs, celui qui correspond à l'action des nerfs et du tissu contractile? C'est, évidemment, le stade d'algidité. Cette conclusion est tout à fait l'inverse de ce qu'on avait admis autrefois, puisque, dans l'esprit des nosologistes, l'algidité correspondait à Y asthénie. Nous ne nous attacherons pas à réfuter les erreurs anciennes sur ce sujet, mais nous voulons montrer que, du moment que l'on est conduit à considérer l'algidité comme un état actif, il devient tout naturel d'expliquer le stade de fièvre qui lui succède par l'épuisement des nerfs et de l'élément contractile des vaisseaux. Ainsi, les idées de Henle relatives à l'épuisement de la contractilité vasculaire après son action trop énergique (voy. § 39) trouvent une large application à la pathologie, puisqu'elles expliquent la succession constante des deux stades opposés. - Le système musculaire de la

DE l'aLGIDITK. àbà

vie organique présente donc une grande analogie avec celui de la vie animale, puisque, dans l'un comme dans l'autre, l'action amène la fatigue et l'épuisement. On comprend après cela pourquoi le stade de froid commence toujours la série des phénomènes toutes les fois que les deux stades existent dans une maladie : on peut même dire qu'il n'existe pas d'état algide qui ne soit suivi de fièvre (1), et cela quelles que soient les conditions dans lesquelles cette algidité s'est produite. Si l'on prolonge trop la durée d'un bain froid, et qu'on arrive à l'état algide, au bout d'un certain temps il surviendra de la fièvre. Après les vomissements que provoque le mal de mer, après ceux que produisent certains poisons ou certains médicaments, si l'état algide a été très prononcé, on voit encore survenir un état fébrile.

Dans les fièvres intermittentes, le choléra, la fièvre jaune, etc., la même explication rend compte de la succession des deux stades; en voyant se produire celui d'algiclité, on peut annoncer l'état fébrile qu'on appelait autrefois la réaction. Il n'est pas jusqu'aux variations légères de la circulation capillaire qui ne présentent cette alternance remarquable : ainsi, lorsqu'une colère ou une frayeur violente fait pâlir un individu, on peut être certain qu'il rougira bientôt, c'est-à-dire qu'après un resserrement violent, les vaisseaux se relâcheront.

Cependant il n'est pas nécessaire que les vaisseaux

(1) Quelquefois la mort survient pendant le stade d'algidité, dans les fièvres pernicieuses et dans le choléra, par exemple. Or, dans celte dernière maladie, Doyère a signalé un réchauffement du sujet aux approches de la mort. Ne serait-il pas naturel d'expliquer ce phénomène parla résolution de la conlractilité organique des vaisseaux ? Co serait l'analogue de la résolution qui survient pour les muscles de la vie animale.

passent par l'état de contraction énergique pour arriver à celui de relâchement par épuisement. S'il nous était permis de hasarder une hypothèse, nous dirions : que, dans certains cas, l'action des nerfs vaso-moteurs paraît s'épuiser sous l'influence d'une cause dont le siège est en dehors du système vasculaire. Ainsi, après un exercice musculaire très-violent, une marche forcée, par exemple, on voit survenir d'emblée un état fébrile sans algidité préalable. Une violente douleur produit le même effet; les veilles prolongées peuvent, à un certain degré, produire un effet analogue. Toutes ces influences, lors môme qu'elles ne donnent pas naissance à une fièvre véritable, produisent tout au moins un état de la circulation analogue à celui qui existe dans la fièvre; elles rendent la peau chaude, les vaisseaux relâchés, le ,pouls plus fort et plus fréquent que de coutume. — On est, jusqu'à un certain point, autorisé à admettre que dans le système nerveux il existe une solidarité des différentes parties, de telle sorte que l'action nerveuse puisse être dérivée vers un point aux dépens de tous les autres, et qu'une dépense locale de ce qu'on appelle ['influx nerveux amène un épuisement général.

Faut-il admettre avec Henle que les actions sur le système vaso-moteur se produisent le plus souvent d'une manière réflexe? Jusqu'ici nous n'avons que peu d'éléments pour trancher la question; cependant une expérience de Cl. Bernard est venue éclairer à ce sujet la nature de la fièvre traumatique. -Voici celte expérience. Si Ton coupe les nerfs mixtes qui se rendent à la patte d'un chien, les lésions traumatiques ou la présence d'un corps étranger dans les tissus de cette patte produisent des phénomènes d'inflammation locale, mais ne donnent pas naissance à la

DE l'ALGIUITÉ.

fièvre traumàliquè; qui se développerait si le nerf était intact.

Que doit-on conclure de ce fait? Faut-il considérer le relâchement vasculaire qui constitue la fièvre comme un phénomène réflexe succédant à une impression centripète que conduiraient les nerfs mixtes? Doit-on, au contraire admettre que la douleur qui résulte d'une lésion traumatique est une cause d'épuisement nerveux, et que la section des nerfs mixtes, en supprimant cette douleur, empêche la fièvre de se produire? Jusqu'ici on ne saurait résoudre cette question ; mais, dans l'une ou l'autre hypothèse, l'expérience de Cl. Bernard semble susceptible d'applications importantes à la chirurgie.

On se demande, en présence de ce fait, s'il ne serait pas possible, à la suite d'une lésion traumatique, de suspendre les fonctions des nerfs qui se rendent à la partie malade, non plus en les coupant, mais au moyeu d'une compression ou d'une éleclrisation localisée. Ne pourrait-on pas, clans ces cas, éviter, ou tout au moins diminuer la lièvre traumatique, et réduire à des phénomènes plus ou moins locaux le résultat des grandes opérations chirurgicales?

Des caractères que présente le tracé du pouls dans l'algidité.

§ 436. — On vient de voir que dans l'algidité, comme dans la fièvre, c'est un trouble de la circulation capillaire qui constitue le phénomène primitif à la suite duquel se produisent tous les autres à titre d'effets secondaires. Dans certains cas, cependant, il pourrait se faire que l'action du cœur, primitivement diminuée ou augmentée, produise les mêmes effets que la contraction ou le relâchement vasculaire ; mais, ainsi que nous l'avons dit, tout

porte à croire] que ces cas sont exceptionnels. La circulation sera donc modifiée dans les états morbides qui nous occupent, de la même manière que dans les conditions physiologiques qui produisent la contraction ou le relâchement des vaisseaux. Deux états opposés s'observeront relativement à la tension artérielle : il y aura une forte tension dans l'algidité et une faible tension dans la fièvre. On connaît assez l'influence que la tension forte ou faible exerce sur les caractères du pouls, pour que nous n'ayons plus à y revenir avec détail. Nous nous bornerons à présenter trois types du pouls pris dans l'algidité.

Fig. 97. — Mal de mer.

Fig. 98. — État de nausée.

Fig. 99. — Après un vomissement.

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