ALTÉRATION SÉNILE DES ARTÈRES. — OBLITÉRATIONS ARTÉRIELLES
Altération sénile des artères. — Cet état des vaisseaux amène, à litre de lésions secondaires : 1° l'hypertrophie du ventricule gauche; 2° la dilatation des artères, et particulièrement de la crosse de l'aorte et des troncs qui en émanent. — Troubles fonctionnels qui résultent des lésions ci-dessus indiquées.
Diagnostic de l'altération sénile des artères d'après la forme du pouls. — Forme graphique du pouls sénile , cause de ses principaux caractères.
Oblitérations artérielles. — Changements immédiats qui surviennent dans la circulation de l'artère au-dessous du point oblitéré.
Changements ultérieurs qui amènent le rétablissement du cours du sang dans l'artère oblitérée. — a. Dilatation des collatérales; sa cause; rapidité avec laquelle elle se produit. — h. Direction du nouveau courant sanguin ; influences qui la déterminent.
Caractère du pouls dans le cas d'oblitération artérielle. — Transformation que subit la forme du pouls lorsque le sang n'arrive à l'artère que par des anastomoses de petit volume. — Retour graduel du pouls à sa forme normale à mesure que les anastomoses s'élargissent.
g — Rien n'est plus fréquent que de rencontrer chez les vieillards les artères ossifiées, ou tout au moins indurées; on peut dire que cette altération constitue l'état normal chez les sujets d'un âge avancé. Une pareille dégénérescence des vaisseaux, si elle n'entraîne pas parelle-m^nn' des troubles bien importants de la circulation, constitue tout au moins une prédisposition à certaines maladies
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graves. L'hémorrhagie cérébrale, l'une des causes de mort les plus fréquentes chez les vieillards, semble intimement liée à cette dégénérescence vasculaire. La rupture des gros vaisseaux, certaines affections organiques du cœur, sont encore des conséquences de l'altération sénile du système artériel. Nous essayerons, en premier lieu , de montrer quel lien rattache les unes aux autres ces différentes lésions dont l'altération vasculaire semble être le point de départ. — Enfin, comme il est très important de reconnaître l'existence de ces dégénérescences vasculaires qui se manifestent parfois chez des sujets d'un âge peu avancé, et comme le diagnostic est, le plus souvent, impossible par les moyens ordinaires, nous indiquerons les caractères du pouls qui permettent, en l'absence d'autres signes, de reconnaître que le système artériel a subi l'altération dite sénile.
L'altération sénile des artères amène l'hypertrophie du ventricule
gauche du cœur.
§ 150.- Nous avons montré (§ 38) comment l'élasticité des artères favorise l'action du cœur et nécessite, de la part de cet organe, moins de force pour envoyer son ondée sanguine à chacune de ses contractions. — Or, l'altération sénile des artères consiste surtout en une perte de l'élasticité de ces vaisseaux. Ceux-ci deviennent beaucoup moins extensibles que ceux des jeunes sujets, et cela, avant même qu'il se soit produit dans les parois artérielles ces dépôts calcaires qu'on a appelés ossifications. — La diminution plus ou moins grande de l'élasticité artérielle crée donc nécessairement au devant du cœur un obstacle qui rend ses contractions plus pénibles.
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Ed verlu d'une loi pathogénique bien connue (1), le le cœur devra s'hypertropliier lorsque les artères sont ossifiées, au môme titre que lorsqu'il existe un rétrécissement à l'orifice aortique. C'est, eu effet, ce qui arrive; aussi, presque tous les vieillards ont-ils le ventricule gauche hypertrophié.
Plusieurs auteurs avaient depuis longtemps signalé cette coïncidence de l'hypertrophie du cœur avec l'ossification artérielle, mais l'enchaînement de ces lésions n'avait pas été défini. Andral ('2), en signalant cette coïncidence, laisse, sans la résoudre, la question de savoir si c'est l'hypertrophie du cœur qui a fait dégénérer les arlères, ou si c'est la lésion artérielle qui a entraîné l'hypertrophie du cœur. Herpin (3) admet que l'ossification artérielle est primitive; il cherche à l'expliquer en disant que « l'élasticité artérielle, cause d'impulsion du sang, » étant supprimée, le cœur doit y suppléer, et cela en » vertu d'une solidarité entre les différents points du sys- » tème circulatoire. »
Il nous semble qu'en expliquant l'hypertrophie du cœur, dans ces cas, par l'existence d'un plus grand obstacle à l'effort systolique du ventricule, ou rentre mieux dans les idées généralement reçues relativement aux causes de l'hypertrophie, que si l'on admet, sans la définir, une solidarité des différentes parties de l'appareil circulatoire.
(1) Pour nous conformer à l'usage, nous appelons loi pathogénique celle qui préside au développement de l'hyperlrophie du cœur, quand cet organe rencontre devant lui des résistances particulières. Nous devons toutefois faire remarquer que cette loi n'est autre que la loi physiologique en verlu de laquelle tout muscle acquiert plus de force et plus de volume sous l'influenco d'un travail plus considérable.
(2) Clinique médicale, t. I, p. 62.
(3) Bullet, de la Soc. anal., t. XII, p. 49.
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Lorsque nous publiâmes pour la première fois (1) cette théorie relativement à l'action de l'ossification artérielle comme cause d'hypertrophie du cœur, nous y avions été conduit par nos expériences' physiques sur le rôle de l'élasticité des vaisseaux, et nous ne connaissions pas alors les travaux dans lesquels cette coïncidence avait été signalée. Nous fûmes heureux de rencontrer cette première confirmation de nos prévisions. En recherchant ensuite dans les Bulletins de la Société anatomique les cas d'hypertrophie du cœur et ceux d'ossification aortique, nous trouvâmes un assez grand nombre de cas dans lesquels cette coïncidence était signalée (2). Enfin, depuis que notre attention est dirigée de ce côté, nous avons recherché, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, si l'ossification des artères s'accompagnait d'hypertrophie du ventricule gauche; cette coïncidence n'a jamais fait défaut, nonseulement chez les vieillards, mais encore chez les sujets atteints prématurément de la dégénérescence artérielle.
L'altération sénile des artères s'accompagne de dilatation de ces
vaisseaux.
§ 151. — Tout le monde sait que les artères sont en général très volumineuses chez les vieillards; elles forment de gros cordons qu'on sent rouler sous le doigt à travers les parties molles, Cette dilatation des artères périphériques est encore surpassée par la dilatation de l'aorte, surtout au niveau de la crosse, au point d'où émergent le tronc brachio-céphalique et la carotide gauche.
(1) Gazelle médicale de Paris, 1858.
(2) Nous avons rassemblé ces indications dans notre thèse inaugurale, p. 19. Paris, 18S9.
lïi k APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.
11 est naturel de chercher la cause de cette dilatation dans l'augmentation de la force impulsive du cœur. Dans ce cas, la dilatation artérielle serait un effet secondaire de l'hypertrophie du ventricule gauche que la rigidité des artères a produite ; c'est ainsi que ces lésions organiques se rattacheraient naturellement les unes aux autres.— Ce qui prouve manifestement que la pression intérieure du sang est la cause immédiate de la dilatation des artères, c'est que les points les plus dilatés sont précisément ceux contre lesquels le sang fait le plus grand effort. Ainsi, la crosse de l'aorte se gonfle en ampoule du côté de sa convexité, c'est-à-dire dans la direction du courant sanguin produit par la contraction ventriculaire. Cette ampoule acquiert souvent un volume considérable et peut se rompre comme un anévrysme; c'est toujours du côté de la convexité que cette rupture se produit. — La direction du courant sanguin explique aussi pourquoi les carotides et les sous-clavières sont en général très dilatées, tandis que les artères iliaques le sont très peu , lorsqu'il existe une ossification artérielle.
Troubles fonctionnels produits par l'altération sénile des artères.
g 152. — En même temps que ces altérations anatomiques, et sous leur influence, l'ossification artérielle produit dans la fonction circulatoire des troubles qu'il est important de signaler. — On a vu (§ ûO) que l'un des effets de l'élasticité artérielle est de transformer l'action saccadée du cœur en une force plus uniforme: la tension artérielle. En d'autres termes, l'élasticité des artères fait qu'au moment où le ventricule agit, la pression du sang dans les artères s'élève moins haut qu'elle ne ferait dans des vaisseaux rigides, tandis qu'au moment où le cœur n'agit pas.
elle empêche cette pression de tomber à zéro. Les écarts entre les maxima et les minima de la pression du sang augmenteront donc à mesure que l'élasticité des artères diminuera. Qu'on ajoute à cette circonstance que le cœur est hypertrophié, et par conséquent plus puissant, et l'on comprendra pourquoi les artères des vieillards présentent des pulsations si fortes, et pourquoi ces vaisseaux, rendus plus friables par l'altération sénile, sont si exposés à se rompre et à produire des hémorrhagies.
Diagnoslic de l'altération sénile des artères d'après la forme du pouls.
§ 153. — Les accidents redoutables auxquels expose l'altération sénile des artères rendent très important le diagnostic de cette lésion. Il est assurément très facile de reconnaître l'ossification, quand on senties artères rouler sous la peau, formant des cordons durs, moniliformes, incompressibles par suite des dépôts calcaires qui les incrustent. Mais ces caractères manquent très souvent; les artères de la périphérie peuvent conserver à peu près leur souplesse normale, tandis que l'aorte et les gros troncs artériels sont presque entièrement ossifiés. 11 est donc très important de posséder d'autres caractères qui puissent faire reconnaître l'existence de cet état des vaisseaux. — La forme du pouls nous fournira cet élément de diagnostic, car elle est influencée à un haut degré par les changements qui surviennent dans l'élasticité artérielle.
Plus les artères sont élastiques, plus elles transforment le mouvement imprimé au sang par la systole ventriculaire, et plus la forme du pouls s'éloigne de celle qui représenterait le tracé de cette systole. Lors, au contraire, que L'élasticité artérielle disparaît, le pouls doit conserver da-
vantage sa forme primitive, celle de la systole du ventricule. La figure 1 16 va rendre plus sensible cette analogie qui peut exister entre le tracé de la contraction ventriculaire et celui de la pulsation artérielle.
Fig. 11 G.
Au premier coup d'oeil, on reconnaît, dans les deux pulsations que représenté cette figure, les éléments principaux qui constituent toute pulsation artérielle (voy. § 72), à savoir : Y ascension , qui est saccadée; le sommet, qui présente un plateau horizontal, et la descente, qui est formée par une ligne oblique. — A la place de cette ligne de descente formée par un trait plein, si l'on substitue les lignes ponctuées qui se voient dans la figure 116, on obtient exactement le tracé de deux systoles du ventricule gauche semblables à celles que nous avons recueillies sur le cœur du cheval (voy. fig. 33, ligne 1). — Or, on a vu (§ 53), à propos du pouls aortique, que lors même que le tracé de la pulsation présente de grandes ressemblances avec celui de la systole ventriculaire, ces ressemblances ne peuvent exister que pendant la systole du ventricule; car, dès que celui-ci est en relâchement, sa pression tombe à zéro, tandis que, dans l'artère, la clôture des valvules sigmoïdes maintient la pression k un degré élevé qui décroît peu à peu par le fait de l'écoulement du sang à travers les capillaires.
On va voir que le pouls sénile présente les caractères que nous avons indiqués dans la figure 116, en les exa-
ALTÉRATION SÉNILlî DES ARTÈRES.
gérant, et que, jusque dans l'artère radiale des vieillards, on rencontre entre la forme du pouls et celle de la systole ventriculaire cette ressemblance qu'on ne trouve guère, à l'état normal, que pour le pouls de l'aorte ; ressemblance qui se perd graduellement, sous l'influence de l'élasticité artérielle, à mesure qu'on explore le pouls d'une artère plus éloignée du cœur.
Nous rassemblons ici quelques tracés recueillis sur des sujets de l'un et de l'autre sexe, tous d'un âge fort avancé. Chez ces vieillards, il existait des signes manifestes d'ossiflcation artérielle; chez eux, les battements de cœur ne présentaient rien d'anormal à l'auscultation, de sorte qu'on doit rapporter exclusivement à l'altération des artères la forme spéciale que présente le pouls.
Hommes (asile de Bicêtre).
Fig. 117. — 76 ans.
Fjg. 118. — 82 an*.
Fig. 1 l'J. — 84 uns.
Fig. 120. — 85 ans.
l'ig. 121. — 87 ans.
Femmes (asile de la Salpêtrière et>spice de la Rochefoucauld).
l'ig. 125. — 90 ans.
On voit, par l'examen de ces tracés, que les principaux caractères du pouls sénile sont les suivants.
Ie Grande amplitude du tracé, ce qui s'explique par les raisons suivantes ; hypertrophie ventriculaire, gros volume de l'artère, transformation moindre de l'impulsion cardiaque par suite d'une moindre élasticité.
2° Ascension brusque , quelquefois saccadée , c'est-àdire ressemblance entre le début de la pulsation et le début de la systole ventriculaire. Cette ressemblance tient à ce que l'élasticité artérielle qui transforme le mouvement