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CHAPITRE XXII

Les anévrysmes modifient les caractères du pouls de différentes manières.

— Nous distinguerons deux cas principaux :

i° L'anévrysme siège sur une artère; 2° il siège sur l'aorte. Anèvrysme des artères. — Caractères du pouls au-dessous de la tumeur.

— Reproduction schématique des effets de l'anévrysme sur le pouls.

— a. Changement que l'anévrysme produit dans la force du pouls. b. Changement dans la forme du pouls.

Exemples de pulsations modifiées par les anévrysmes. — Du pouls dans

la phlébartérie et l'anévrysme artério-veineux. Caractères du pouls recueilli sur une tumeur anévrysmale. — Influence

de la compression d'une tumeur anévrysmale sur la forme du pouls

au-dessous de la tumeur.

§ 159. — « Un anèvrysme est une tumeur circonscrite » pleine de sang liquide ou concrété , communiquant » directement avec le canal d'une artère, et limité par une » membrane qui porte le nom de sac. »

Telle est la définition la plus générale de l'anévrysme, d'après Broca (1 ). Dans les traités de chirurgie, on signale de nombreuses variétés d'anévrysmes, suivant la position de la tumeur, suivant la nature de ses parois et les conditions dans lesquelles la maladie s'est développée. Ces distinctions, qui peuvent avoir en pratique une grande importance, au point de vue du pronostic ou du procédé opératoire que nécessite chaque espèce d'anévrysme ne nous occuperons pas, car il ne s'agit pour nous que d'étu-

(1) Des anêvryames et de leur traitement. Paris, 1856.

k?>k APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

dier les modifications que l'anévrysme imprime au mouvement du sang dans les vaisseaux qu'il intéresse : or cette influence est à peu près la même, quelle que soit la nature de l'anévrysme. Le siège de la tumeur, son volume par rapport à celui du vaisseau avec lequel elle communique, la plus ou moins grande élasticité de ses parois, telles sont les conditions qui modifient surtout le mouvement du sang, et c'est sur elles, par conséquent, que nous insisterons tout particulièrement.

Le diagnostic des anévrysmes s'appuie sur différents ordres de signes que nous serons forcé de séparer pour leur étude. Les bruits qui se produisent dans l'intérieur de ces tumeurs seront indiqués plus loin ; nous les rapprocherons des signes que fournit l'auscultation dans les maladies du cœur. Il ne sera question ici que des changements qui surviennent dans le mouvement du sang, changements qui se traduisent par la nature des battements qu'on observe dans l'artère au-dessous de la tumeur, ou bien par les alternatives d'expansion et de resserrement de la tumeur elle-même. L'anévrysme artério-veineux ne sera pas séparé des autres, car il présente, clans la majorité des cas, des signes très analogues à ceux de l'anévrysme ordinaire.

La distinction la plus importante pour nous portera sur le siège de l'anévrysme dans tel ou tel point du système artériel. Deux cas devront /être examinés séparément :

1° Le cas où l'anévrysme siège sur une artère des membres, de telle sorte qu'on puisse observer le pouls audessous de la tumeur, sur le vaisseau môme qu'elle intéresse.

2° Le cas où l'anévrysme siège sur l'aorte.

DES ANÉVB.YSMËS DES ARTÈRES.

ANÉVRYSMES DES ARTÈRES.

Caractères du [>ouU au-dessous de la tumeur.

§ 1 00. — C'est un lai t connu depuis longtemps que l'existence des modifications du pouls au-dessous des tumeurs anévrysmales ; toutefois les différents changements que présentent les pulsations n'ont pas tous été remarqués dès le principe. Harvey (1) signala Y affaiblissement du pouls au-dessous des anévrysmes; Hodgson (2) fit la même remarque, et tous les chirurgiens admettent aujourd'hui que cet affaiblissement du pouls existe dans la plupart des cas. Jusqu'aux travaux de Broca, on n'avait pas reconnu la véritable cause de ce phénomène. Suivant cet auteur, la diminution de la force du pouls serait un effet de l'expansibilité de la tumeur. On verra que nos expériences confirment cette opinion. L'anévrysme artério-veineux possède également celte propriété d'affaiblir le pouls audessous de lui ; William Hunter a signalé ce fait dont nous aurons à rapporter également plusieurs exemples.

En même temps qu'elle est plus faible au-dessous de l'anévrysme, la pulsation présente aussi un retard dans certains cas. Suivant Valleix (3) , ce phénomène serait assez inconstant, puisqu'on ne l'aurait observé que trois fois sur onze malades; mais l'imperfection des moyens employés pour apprécier ce retard ne permet pas d'affirmer qu'il n'ait pas existé souvent sans qu'on l'ait reconnu.

(1) Qissèrl. de circulai, sanguinis, t. II, p. 215.

(2) Maladies des arlères el des veines. Paris, 1819 ; Lrad. de Bréchet t. I, p. 105.

(3) Guide du médecin praticien, t. II, p. 5 2.

La cause de ce phénomène serait, pour la plupart des auteurs, l'existence, dans la poche anévrysmale, de caillots qui font obstacle à la transmission du pouls. Telle est du moins l'opinion de E. H. Weber (1), ainsi qu'on en peut juger par ce passage :

« Hinc causa repetenda est ob quam pulsus nonnunquâm » in arteiïâ tumore aneurysmatico intercepta cum pulsu » cordis aliarumve arteriarum haud synchronicum depre- » henditur. Goagulum nempe in sacco aneurysmatico, aut » spatium sacci aneurysmatici non omni eâ parle a san- » guinerepletum impedimenta propagationi pulsuumesse » possunt. »

Nous montrerons tout à l'heure que c'est encore à l'élasticité de la poche qu'il faut attribuer l'existence de ce retard du pouls.

Enfin, cette même élasticité de l'anévrysme produit encore un changement remarquable dans la forme du pouls : ce caractère ne pouvait guère être reconnu qu'au moyen de l'appareil enregistreur.

Le meilleur moyen de faire bien comprendre la nature de ces effets de l'anévrysme, est de montrer d'abord comment ils peuvent être reproduits au moyen de l'appareil schématique qui a déjà servi à la démonstration des principaux phénomènes physiologiques du mouvement du sang.

Reproduction schématique des effets de l'anévrysme sur le pouls.

§ 161 . Nous avons déjà décrit (§ Û8) l'appareil qui nous a servi à reproduire les principaux phénomènes de la circulation cardiaque et artérielle; nous le reprodui-

(\) De pulsu, rcsovplione et laclu.

sons île nouveau (fig. U2). Une disposition particulière du tube S qui représente l'artère principale du membre supérieur droit , permet d'étudier les effets mécaniques de l'anévrysme. — Après s'être délaché du tronc brachio - céphaligque, ce tube se recourbe, puis se divise en deux branches : l'une, ce, conserve partout le diamètre primitif ; l'autre, dd, porte sur son trajet une ampoule élastique volumineuse qui représente l'anévrysme. Les deux branches se réunissent ensuite en un tronc commun qui se continue jusqu'en S. Il existe donc deux voies

pour le passage du sang : l'une à travers le vaisseau ce, dans les conditions de la circulation normale ; l'autre, par le vaisseau rfc/,qui porte un anévrysme. En appliquant deux pinces aux deux extrémités de l'un de ces tubes de dérivation, on force le courant à passer par l'autre. On peut

donc à volonté obtenir sur le tube S le pouls normal, ou bien le pouls modifié par l'anévrysme. — Voici les tracés qu'on recueille dans ces conditions :

lre expérience. — On ferme le tube dd et l'on obtient, en appliquant un sphygmographe (1) au point S, le pouls qui correspond à l'état sain (fîg,. 1/|3).

Fig. 143.

2e expérience. — On transporte au point ce les pinces qui fermaient la branche anévrysmatique, et l'on obtient la figure \lik, qui représente le pouls au-dessous de l'anévrysme.

Fis;. 144.

Avant d'analyser ces deux tracés et de signaler la cause des différences qu'ils présentent, nous voulons montrer la parfaite ressemblance de ce pouls anévrysmal artificiel avec celui que l'on observe dans le cas de véritable auévrysme.

Les deux tracés qui précèdent sont recueillis sur un

SBBSB

Fig. 145. — Côté sain.

homme qui portait au pli du coude un anévrysme volumineux de l'artère humérale. La figure 145 est prise du

(1) Pour appliquer le sphygmographe sûr une artère du schéma, nous

côté sain, la figure la6 du côté de l'anévrysme. — Le doigt ne sentait aucun battement à la radiale du côté

Fig. 146. — Côté de l'anévrysme.

malade. — Le pouls, du côté sain, présente les caractères normaux ; il indique une tension artérielle assez forte.

Nous allons examiner successivement les deux modifications principales que le pouls subit lorsqu'il existe un anévrysme : a, changements dans la force; b, changements dans la forme de la pulsation.

a. Des changements produits dans la force du pouls par les anévrysmes.

§ 162. — 11 est bien évident que les anévrysmes modifient les caractères du pouls par une influence toute mécanique, puisque l'appareil schématique peut reproduire ces mêmes modifications.

D'autre part, la théorie qui supposait que l'anévrysme modifie la force du pouls par les caillots qu'il renferme est renversée par l'expérience ci-dessus, puisque l'ampoule élastique qui, dans le schéma, représente l'anévrysme, ne renferme que du liquide. Reste donc l'élasticité de l'ampoule pour expliquer la modification du pouls, à moins que la seule existence d'une dilatation du vaisseau ne puisse donner lieu à cet affaiblissement de la pulsation. Cette dernière influence peut être éliminée, car

nous servons d'une pièce de bois cylindrique du volume de l'avant-bras et creusée d'une gouttière peu profonde dans laquelle on loge le vaisseau. On applique le sphygmographe comme au poignet d'un malade, en ayant soin que la plaque du ressort repose exactement sur le tube.

'4 au APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

l'expérience suivante montre bien qu'une ampoule non élastique ne saurait donner lieu à aucune modification du pouls.

Expérience. - Si , à la place de l'ampoule élastique qui, dans le schéma (fïg. 142), est située sur le trajet du tube dd, nous substituons une ampoule de verre d'un volume égal, le pouls n'est aucunement modifié. — Mais si, dans l'ampoule de verre, nous introduisons une certaine quantité d'air, aussitôt se produit dans la forme du pouls un changement semblable à celui que nous avons obtenu au moyen d'une poche élastique, et qui est représenté figure \hk.

Gela prouve bien que la présence d'une ampoule ne peut, à elle seule, exercer aucune influence sur le pouls, mais que l'élasticité de cette ampoule est la cause nécessaire des changements qui sont produits par l'anévrysme. En effet, l'ampoule de verre est inextensible, et tant qu'elle est remplie par un liquide incompressible, elle ne laisse échapper de ce liquide qu'à la condition d'en recevoir une quantité égale; mais aussitôt que cette ampoule contient une certaine quantité d'air, cet air, étant compressible, permet à l'ampoule de loger une certaine quantité de liquide pendant les maxiina de la pression artérielle, liquide qu'elle laissera échapper ensuite pendant que le cœur sera en repos.

En définitive, l'élasticité d'une poche anévrysmàle agit sur le mouvement du sang qui traverse le vaisseau avec lequel elle communique, comme l'élasticité de l'arbre artériel tout entier agit elle-même pour transformer l'impulsion saccadée du cœur en un mouvement plus uniforme. La poche anévrysmàle produit sur une artère une transformation du mouvement du sang identique avec celle qui

se produit à letat normal aux dernières limites cle l'arbre artériel, dans ces points où les pulsations sont supprimées el remplacées par une pression uniforme et un courant continu.

La pression du sang dans un anévrysme doit donc être une moyenne exacte entre les maxima et les minima de la pression qu'on observe dans une artère saine. — Pour en acquérir la preuve, il suffit de mettre en communication avec l' anévrysme un manomètre compensateur semblable à celui que nous avons décrit § û3, et représenté figure 16. On voit alors que les deux colonnes de l'instrument se tiennent toutes deux immobiles au môme niveau; toutes deux, en effet, indiquent la pression moyenne du liquide dans la pocbe où les variations rhythmiques qui constituent le pouls n'existent plus. — Cela n'est vrai que pour les cas où l'anévrysme est assez élastique pour transformer totalement les maxima et les minima cle pression en leur moyenne exacte. Dans les cas où la poche anévrysmale n'est pas assez élastique, cette transformation n'est pas complète, de sorte que la colonne oscillante exécute encore quelques mouvements. On peut se rendre compte de ce phénomène en employant successivement, dans les expériences faites sur le schéma, des poches de caoutchouc d'épaisseurs différentes; ou bien, en se sui vant de l'ampoule de verre, on obtient des transformations du pouls plus ou moins parfaites, suivant qu'on introduit dans cette ampoule des quantités d'air plus ou moins grandes.

H est donc bien prouvé que ces changements d'intensité du pouls sont dus tout entiers à l'élasticité de la poche anévrysmale qui ramène plus ou moins la pression du sang à un degré moyen et uniforme, comme cela arrive

h(li2 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE,

au niveau des vaisseaux capillaires dans les conditions normales,

&. Des changements que l'anévrysme produit dans la forme du pouls pris au-dessous de la tumeur.

§ 163. — Les figures obtenues à l'aide du schéma, de même que celles que nous avons recueillies sur des malades atteints d'anévrysme , s'accordent pour prouver que la forme du pouls est profondément modifiée lorsque Panévrysme présente une grande élasticité. La transformation que subit alors le mouvement du sang, éteignant la saccade qui existe normalement dans le cours de ce liquide, transforme l'expansion brusque du vaisseau en une expansion plus lente en même temps qu'elle est plus faible. On voit quelquefois cette transformation si complète , que la période d'ascension du tracé devient aussi longue que la période de descente : les figures \hl\ et 146 présentent des exemples de ce phénomène. Cette forme que prend la pulsation est une des causes qui rendent plus faible la sensation que le doigt éprouve en explorant l'artère (voyez § 57); elle explique aussi en partie le retard (pie nous avons signalé précédemment. En effet, le moment où une pulsation quelconque est le plus sensible au doigt est celui où la pression arrive à son maximum pour diminuer ensuite. Il y a là un changement d'état que le toucher perçoit plus nettement que tous les autres éléments de la pulsation. Si donc le maximum d'intensité de la pression, autrement dit le sommet de la pulsation, est retardé par le changement survenu dans la forme du pouls, d s'ensuit, pour le toucher, un relard apparent qui s'ajoute au retard réel qui peut exister.

Le degré de dilatabilité de la poohe ânévrysmale règle.

DUS ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. hh§

avons-nous dit, l'intensité des changements qui surviennent dans la forme du pouls. Or, une tumeur quelconque est, à égale élasticité de ses parois, d'autant plus dilatable qu'elle offre une plus grande capacité; par conséquent, toutes choses égales, plus un anévrysme est volumineux, plus il transforme la pulsation. — Mais, dans certains cas, les anévrysmes sont remplis à leur intérieur de couches fibrineuses qui diminuent leur élasticité; il s'ensuit que le volume extérieur de la tumeur ne saurait en rien faire préjuger du degré de transformation que le pouls devra subir. Au contraire, étant donnée la forme du pouls, on peut voir si la transformation qui a été produite par l'anévrysme est en rapport avec le v'plume de la tumeur; dans le cas contraire, on doit croire que le sac de l'anévrysme est formé de tissus rigides, ou qu'il est doublé d'un revêtement fibrineux qui diminue son élasticité.

Exemples de pulsations modifiées par les anévrysmes.

§ 16û. — Nous allons justifier ce qui vient d'être dit précédemment, en montrant quelques types de pouls recueillis sur des artères anévrysmatiques. On y verra nettement l'action transformatrice produite par ces tumeurs.

I,r cos. — Anévrysme du tronc brachio-céphalique.

Fig. 147. — Radiale gauche.

Fig. — Radiale droite.

Le pouls est fortement modifié du côté droit, c'est-àdire au-dessous de la tumeur. L'amplitude de la pulsation est sensiblement diminuée, sa forme a subi la modification ordinaire, c'est-à-dire l'augmentation de durée de la période d'expansion du vaisseau et la suppression des différentes saccades de la pulsation (1) .

2e cas. — Anévrysme de l'artère poplitée du côté droit,

Fig. 149. — • Tibiale postérieure gauche.

Fig. 150. — Tibiale postérieure droite.

§ 165. — Ici encore, la transformation du pouls existait

(1) Ce malade était à Bicélre, dans le service de M. Broca, qui nous pria de l'examiner. Ce savant chirurgien penchait à admettre l'existence d'un anévrysme du tronc brachio-céphalique et à pratiquer la ligature par la méthode de Brasdor. Toutefois comme il existait une luxation de la clavicule et une perforation du sternum, et comme, d'autre part, le malade avait été considéré par les médecins qui l'avaient envoyé à Bicêlre comme atteint d'anévrysme de l'aorte, il était permis de concevoir des doutes sur le véritable siège de la tumeur. — Le iracé du pouls nous fit porter le même diagnostic que M. Broca ; nous nous basions sur ce fait, que dans les anévrysmes de l'aorte, le pouls n'est pas, en général, aussi complètement ramené à une courbe simple (on verra plus loin combien les tracés d'anévrysme de l'aorte que nous avons eu l'occasion de recueillir diffèrent de celui que représente la figure 150). — L'opération fut pratiquée avec succès, et comme le malade est mort depuis cette époque à la suite d'une gangrène du poumon, on put s'assurer a l'autopsie que l'anévrysme était, bien réellement situé sur le tronc brachio-céphalique. — L'observation a élé relatée dans la Guzette des hôpitaux, 1862.

à un haut degré avec ses caractères ordinaires. — Ce malade offrait une particularité : c'est l'intensité des pulsations à la tibiale postérieure du Côté sain (fig. 149). Cela s'expliquait par l'existence d'une insuffisance aortique concomitante, que la forme du pouls radial (fig. 151) nous fit soupçonner au premier abord et que l'auscultation confirma.

Fig. loi. — Pouls radial.

L'autopsie démontra plus tard l'existence de cette insuffisance aortique. — On verra plus loin quels sont les caractères du pouls dans cette affection.

3e cas. — Anévrysme poplité volumineux.

§ 166. — - Le pouls était insensible au toucher; l'instrument accuse à un très haut degré la modification de

Fig. 152. — Tibiale postérieure, côté sain.

Fig. 153. — Côté de l'anévrysme.

sa forme (fig. 153). Un fait curieux à signaler ici, c'est que l'influence de la respiration, très considérable du côté sain, où elle se traduit par une ondulation de la ligne d'ensemble du tracé (fig. 152), est nulle du côté de l'anévrysme. Dans plusieurs cas d' anévrysme poplité, uous avons trouvé du côté sain de pareilles ondulations. Cela

MlS APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.

s'explique par la dyspnée qui su produit lorsqu'on tait coucher le malade à plat ventre, afin de prendre le tracé du pouls de latibiale postérieure.-^ Dans des cas douteux, lorsque le pouls du côté sain est faible et que l'effet de l'anévrysme ne produit pas une différence bien tranchée entre les deux tracés, on pourrait, en faisant tousser le malade, obtenir dans le tracé des secousses (voy. § 92) qui, très prononcées du côté sain, le seraient moins du côté de l'anévrysme.

Du pouls clans la phlébarlérie el l'anévrysme arlério veineux.

§ 167. — Ce qu'on a vu de l'influence d'une tumeur anévrysmale sur les caractères du pouls devait faire prévoir qu'une simple communication artério- veineuse (phlébarlérie) doit modifier d'une manière analogue la pulsation prise au-dessous d'elle. En effet, une partie du sang qui est poussé dans l'artère, à chaque systole du ventricule, se trouve dérivée dans la veine communicante. C'est donc une cause de diminution de la force du pouls; on peut s'en convaincre par l'exemple suivant:

Ces figures sont recueillies sur un malade atteint de phlébartérie de la sous-clavière. — Le pouls du côté sain (fig. 154) est assez insolite dans la forme; il ressemble à

Fig. 15/1. — Cô.lé sain;.

celui que nous décrirons plus tard comme appartenant d'ordinaire à la colique de plomb. Rien cependant, chez ce malade, n'indiquait une pareille affection. — Le pouls, du côté malade (fig. 155), est assurément beau-

coup moins modifié que ceux dont nous avons donné précédemment des exemples. Cela s'explique naturelle-

Fig.

Côlô île la phébartérie.

ment par une moindre dérivation du sang que dans les cas d'auévrysme. L'ouverture latérale qui fait communiquer l'artère avec la veine ne saurait donner passage à une grande quantité de liquide. Dans les cas précédemment cités, au contraire, le sang trouve, dans une poche volumineuse , assez d'espace pour se loger en grande quantité pendant la systole ventriculaire, ce qui doit produire une grande diminution dans la pression latérale au-dessous de la tumeur.

Lors, au contraire, que la communication artérioveineuse se fait par l'intermédiaire d'une vaste poche [anévrysme artério-veineux proprement dit), le pouls est transformé de la même manière que par un anévrysme ordinaire, ainsi qu'on peut le voir par les figures 156 et 157.

Fig. 150. — Côté sain.

Fig. 157. — Côté de l'anévrysmè.

Ces figures ont été recueillies sur les artères tibiales postérieures, dans un cas d'anévrysme poplité artérioveineux présentant une tumeur très volumineuse.

Des caractères du pouls recueilli sur une tumeur anévrysmale.

§ 168. ~ Lorsqu'on presse sur une tumeur anévrysmale qui présente une large surface, on sent que l'expansion de la tumeur produit un soulèvement énergique de la main qui la comprime. On sait déjà quelle est la cause de ce phénomène qui contraste d'une manière étrange avec la faiblesse des battements artériels. On a vu, en effet (§ 66), que la force d'expansion d'un vaisseau croît avec la surface de ses parois. Or, dans un anévrysme qui présente une surface pariétale énorme par rapport à celle du vaisseau sur lequel il est implanté, il est naturel que la force expansive soit énormément augmentée. Ici se produit le même phénomène que dans la presse hydraulique de Pascal, qui multiplie la pression du liquide par la surface sur laquelle elle agit. 11 ne faut donc pas s'étonner des effets mécaniques puissauts que produisent les anévrysmes ; ceux-ci peuvent courber les os, briser les articulations, perforer les surfaces osseuses par la pression énergique et constante qu'ils exercent contre elles.

Un excellent moyen de se rendre compte de cette force expansive des anévrysmes consiste à saisir à pleine main l'ampoule qui, dans le schéma, est située sur le trajet du tube dd\ on sent alors que les doigts sont écartés avec une puissance d'autant plus grande que l'ampoule élastique est plus volumineuse.

S 169. — Lorsqu'on applique le sphyginographe sur un auévrysme, on obtient un tracé d'une amplitude énorme. En général, ce tracé ne saurait être contenu

DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. kkV

dans la largeur du papier employé dans les expériences ordinaires. Il faut alors, pour diminuer son amplitude, appliquer l'instrument sur les bords de la tumeur, dans les points où l'iulensité des battements est beaucoup plus faible.

Nous représentons ici trois tracés obtenus dans ces conditions.

Fig. 158.

La figure 158 est recueillie sur un anévrysme de l'ar tère poplitée dont il a été question § 164.

Fig-. 159'.

La ligure 159 est obtenue sur l'anévrvsme du tronc brachio-cépbalique(§ 154). On voit que la forme du tracé rappelle celle du pouls de l'aorte tel qu'il est représenté § 53 et § 58, à propos des expériences faites sur le cheval (1).

(J) Il ne faudrait pas, en pareille circonstance, que l'analogie du racé recueilli sur l'anévrysme avec lcrpouls de l'aorte Ht croire à

Enfin la figure 160 est prise sur l'anévrysme poplité artério- veineux (§ 167). Un bandage de caoutchouc appliqué sur la tumeur avait beaucoup diminué son élasticité.

On s'étonne, au premier abord, de voir l'amplitude du tracé graphique si grande, lorsqu'on sait qu'un manomètre mis en rapport avec la cavité de l'anévrysme donne des pulsations plus petites que de coutume. Il est facile cependant de comprendre la cause de cette contradiction apparente entre les indications de ces deux instruments.

Le manomètre, on le sait , donne l'expression absolue des variations qui surviennent dans la pression du liquide aveclequel il communique. Quelle que soit la capacité d'un réservoir avec lequel on le met en rapport, la hauteur de la colonne de mercure sera la même, si la charge qui presse sur le liquide est la môme. — Le sphygmographe, au contraire, exprimant par l'amplitude de son tracé l'intensité du travail mécanique produit par la pression du sang, donnera une amplitude proportionnelle à la surface soulevée sur laquelle il repose. On a déjà vu, §66, que le volume de l'artère qu'on explore influe sur l'amplitude du tracé du pouls, et qu'une artère volumineuse, agissant sur le ressort de l'appareil par une large surface, produit un soulèvement considérable, tandis qu'un petit vaisseau exploré chez le môme sujet donnera des pulsations d'une faible amplitude. Il est donc naturel de conclure que si l'instrument est appliqué sur un anévrysme, toute la surface du ressort se trouvera soumise à la force expansive

l'existence d'un anévrysme de l'aorte elle-même. Les expériences faites sur le schéma nous ont montré que toute ampoule élastique, lorsquelle n'est séparée de l'aorte que par un tronc de peu de longueur, conserve les caractères du pouls aortique.

.DÉS ANÉV1U SMES DES ARTÈUES. ^

de là tumeur, et que le soulèvement de ce ressort sera très énergique, lors même que tes changements de pression qui surviennent dans la tumeur seront peu cônsîdé^ rables.

Ce caractère du pouls recueilli sur une tumeur anévrysmale est un excellent moyen de diagnostic, toutes lé$ fois qu'on hésite à décider si une tumeur qui présente des battements est un anévrysme, ou si c'est une tumeur solide reposant sur une artère et animée d'un simple soulèvement. Dans le premier cas, le sphygmographe donne un tracé d'une grande amplitude; dans le second, il ne donne pas de pulsation , ou tout au moins des pulsations plus faibles que sur une artère ordinaire. Une tumeur solide, en effet, n'est qu'un obstacte interposé entre l'artère et l'instrument ; elle ne fait que diminuer l'intensité de la pulsation de cette artère.

§170. — Enfin, il est un autre caractère important t des anévrysmes, c'est que, si l'on comprime une tumeur anévrysmale, on produit dans la pression artérielle une élévation brusque, et, par suite, une élévation daus le tracé du pouls. Lorsqu'on relâche cette tumeur, on produit un reflux du sang de l'artère dans la poche, et un abaissement de la tension artérielle, ce qui se traduit par une chute dans le tracé. Ces phénomènes sont importants pour le diagnostic d'un anévrysme dans le cas où règne l'incertitude dont nous avons parlé. Une tumeur solide qui repose sur une artère ne peut produire, lorsqu'on la comprime, qu'une oblitération de cette artère et un arrêt du pouls avec abaissement de la ligne d'ensemble du tracé i lorsqu'on cesse la compression de cette tumeur, le pouls reparaît et la ligne d'ensemble se relève. On voit que les effets produits sont tout à fait différents dans l'un et dans l'autre

cas. Nous ne pouvons fournir ici de tracés recueillis dans ces conditions sur les anévrysmes des artères, car l'idée d'agir sur la tension artérielle en comprimant une tumeur anévrysmale ne nous est venue que tout récemment, à propos d'un anévrysme de l'aorte. Nous aurons à en parler plus loin.

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