CHAPITRE V
SIGNES EXTh'RIEURS DES MOUVEMENTS DU COEUR. — BRUITS ET PULSATION (oU CUOC).
De$ bruits du cœur. — Leurs caractères distinclifs : rhythme de ces bruits ; coïncidence du premier bruit avec la pulsation cardiaque ; timbre, siège de chacun d'eux. — Cause des bruits du cœur, — Théorie de Rouanet. — Additions qu'il faut faire à la théorie de Rouanet pour qu'elle rende compte des caractères différenls des deux bruits. — Expériences destinées à démontrer la cause des bruits du cœur.
Interprétation des signes fournis par Tauscultation du cœur à Tétat physiologique.
Reproduction artificielle des bruits du cœur au moyen de Tappareil 8ché« roatique déjà décrit. — Des principaux faits dont ces expériences fournissent la démonstration.
De la pulsation cardiaques ou choc du cœur — Jusqu*ici cette puisalion a été considérée comme un choc instantané. — Les appareils enregistreurs montrent que le tracé d'une pulsation peut donner des renseignements sur la plupart des phénomènes qui constituent une révolution cardiaque.
Moyen d obtenir sur Thomme un tracé de la pulsation cardiaque. — Application directe du sphygmographe. — Procédé de Buisson, ses inconvénients; difficulté d'appliquer cet appareil chez tous les sujets. — Formation de la pulsation négative. — Moyen d'éviter ces inconvénients.
Toutes les expériences faites sur les animaux à Taide des appareils cardiographiques avaient pour but de bien déterminer la succession des mouvements dans les différentes cavités du cœur, ainsi que la forme et Tintensité de chacun d'eux. Mais, si Ton n'a pas oublié le programme que nous nous sommes tracé, on comprend que ce n'était là qu'une phase transitoire qui devait nous conduire à la connaissance plus parfaite des signes extérieurs de la circu-
latioD cardiaque. H s'agit donc maintenant de perfectionner le plus possible l'analyse de ces signes, qui seuls pourront nous renseigner dans les études faites sur rhomme sain ou malade. — Chaque révolution du cœur s'accompagne, comme on le sait, de deux bruits et d'une pulsation. Voyons ce que peut nous apprendre l'observation de ces deux ordres de phénomènes.
à. «» Des broiU du cœur.
§ 33. — L'application de Toreille sur la poitrine d'un homme sain fait percevoir à la fois les deux ordres de signes dont nous venons de parler. La tète de l'observateur est légèrement soulevée par la pulsation cardiaque, les deux bruits s'entendent facilement; on peut donc saisir les rapports que présentent entre eux la pulsation et les bruits, ce qui est d'une très grande importance.
L'un des bruits coïncide exactement avec la pulsation ; on l'appelle le premier bruit. L'autre arrive au bout d'un certain temps; c'est le second bruit. Puis il se fait encore un silence, et une nouvelle pulsation arrive, accompagnant le premier bruit de la révolution suivante. Ces désignations des bruits du cœur en premier et second se rapportent donc à un point de repère qui est la pulsation.
Toutes les fois qu'on entend un bruit, en même temps qu'on éprouve la sensation de soulèvement dont nous avons parlé, on sait qu*on a affaire au premier bruit du cœur.
L'intervalle qui sépare le premier bruit du second est assez court : on l'appelle petit silence; tandisque le temps qui s'écoule entre le second bruit et le premier de la révolution suivante est en général plus long : on le désigne sous le nom de grand silence.
BRUm DU GOBUR. 107
Beaucoup dwteurs ont essayé de représenter le rhythme des bruits du cœur au moyen de la notation musicale. Un semblable procédé suppose que pour tous les cœurs les durées des silences qui séparent les bruits sont dans un rapport constant. Or, il n'en est pas ainsi ; et cette variété même dans le rhythme du cœur chez différents sujets, a produit de grandes dissidences dans la manière de noter ces bruits. Mais comme ce procédé de représentation de la succession des phénomènes est un des plus faciles à saisir, nous allons la figurer d'une manière analogue, en prévenant toutefois qu'il n'y a rien d'absolu dans la durée relative des différents intervalles.
Caraetèret disUnclifs dos deux bruits du cœur.
i^'bniL SHbrall. i" brait. 8« brait. i" brait.
I P»UI tUence. | Grand lileoM. 1 PeUt lilence. | Grand liUoes. 1
Cboe. Ghoe. Ghoe.
Le premier exercice auquel on doive se livrer pour apprendre à ausculter le cœur doit donc être de chercher à reconnaître chez difiiérents sujets, à Tétat physiologique, le premier bruit et le second. La chose est très facile chez les individus qui ont le choc du cœur bien accusé, puisque ce choc, par sa coïncidence avec le premier bruit, sert à le faire distinguer facilement.
Un autre signe important se tire du rhythme des bruits. En effet, puisque les intervalles ou silences ne sont pas égaux, et qu'après le grand silence vient le premier bruit, on peut, d'une manière générale, distinguer- le premier bruit du second d'après la durée du silence qui Ta précédé. — Ce moyen n'est pas infaillible; car, ainsi que nous l'avons dit, la durée relative des deux silences n'a rien de fixe, et il peut arriver dans certains cas que tous
108 PHTSIOLOGIB.
deux soient égaux. Le cœur bat alors une mesure à deux temps; il serait donc impossible de distinguer le premier bruit du second d'après le rhythme. Dans ces cas, il est important de se régler sur le moment d'apparition de la pulsation, pour reconnaître le premier bruit.
Mais la pulsation du cœur peut manquer, soit que la contraction du ventricule ait trop peu d'énergie, soitqu*uQ épanchement dans le péricarde, ou l'interposition d'une lamelle de poumon emphysémateux sépare le ventricule de la paroi. II faut donc d'autres moyens pour déterminer la position des deux bruits. Disons tout de suite que la palpation du pouls carotidien vient lever cette diflBculté (le pouls carotidien coïncide à peu près avec la pulsation du cœur, et par conséquent avec le premier bruit). Outre ce moyen tiré de la palpation combinée avec l'auscultatioa, moyen qui exige une certaine habitude de la part du praticien, il en est un autre fourni par l'auscultation toute seule, et tiré de la différence de timbre des deux bruits.
Les bruits du cœur n'ont pas le même timbre. Le premier bruit est sourd^ grave, on sent qu'il est accompagné par un ébranlement profond et énergique. Le deuxième bruit est clair ^ plus aigu que le précédent, plus nettement frappé. Nous n'insistons pas davantage sur la différence de ces deux sons, elle s'expliquera mieux quand nous aurons parlé de la cause de chacun d'eux.
Knfin, ces deux bruits présentent encore une différence importante d'après le lieu où ils s'entendent. I^ siège du maximum d'intensité n'est pas le même pour tous deux. — Sur un animal dont le cœur est à nu, le premier bruit s'entend également bien sur tous les points de la surface ventriculaire.Ledeuxième,au contraire, a pour maximum d'intensité l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire.