‹ Physiologie médicale de la circulation du sangChapitre 36 sur 131 · SIGNES EXTÉRIEURS DE LA CIRCULATION ARTÉRIELLE · texte numérisé non relu

SIGNES EXTÉRIEURS DE LA CIRCULATION ARTÉRIELLE

La couleur, lo volume et la température des nagions superficielles du corps sont encore des signes importants qui nous révèlent l'état de la circulation dans ces parties. Si les vaisseaux relâchés laissent le âang circuler dans ces points avec beaucoup de vitesse, les tissus rougissent, s'échauffent et deviennent turgescents. Ils pâlissent, se refroidissent et diminuent de volume lorsque la circulation est ralentie par suite de la contraction énergique des vaisseaux.

Ce sont là tous les signes qui révèlent à Textérlenr Texistence d'une circulation dans les artères; il faut que le médecin se contente de ces éléments pour juger de l'état de la circulation, des altérations organiques que peut avoir subies le système artériel , ou simplement des troubles qui se sont produits dans la fonction.

11 serait impossible à prier j de juger de Tétat de la circulation d'après les signes que nous venons de mentionner, si la physiologie ne nous apprenait tout d'abord la nature de chacun d'eux. Les médecins ont tâté lo pouls pendant des siècles, sans savoir que chacun de ses battements résulte d'une contraction du cœur. Lorsque Harvey leur eut démontré ce premier jloint, il restait encore à savoir par quel mécanisme le pouls se produit : si c'est par un choc du sangi contre les parois de l'artère, par un déplacement ou par une dilatation des vaisseaux i

11 importe non-seulement de bien être fixé sur la nature du pouls et sur la cause qui le produit, mais aussi de savoir' sous quelles influences le pouls change de fré-

et la gignification de ces bruits de souffle qui se passent dans les artères, et qui constituent un des éléments les plus importants du diagnostic des maladies do système circulatoire.

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quencc, de force, de caractères. Alors seulenienl le battement d'une artère pourra nous révéler Tétai de la circulation dans ce vaisseau, de même que rauscultalioa du cœur^ aidée d'une connaissance physiologique parfaite de ses mouvernents et de ses bruits , nous révèle l'action de cet organe caché dans la poitriue. I^s autres signes qui dépendent de la circulatiou du sang daus les artères : locomotion artérielle, bruits de souffle ^ etc., ont également besoin d'être étudiés au point de vue physiologique, pour que leur observation au lit du malade fournisse d'utiles résultats. Mais parmi tous les signes extérieurs de la circulation artérielle, c'est le pouls qui nous occupera le plus, parce ipron peut l'analyser avec une précision extrême au moyen d'un instrument que nous décrirons bientôt. De la perfection plus grande dans l'étude de ce symptôme résultera une connaissance plus pai faite des différents états de la circulation, qui nous seront révélés par c^l instrument.

§ 47. - La dilatation que les artères éprouvent chaque fois cprun nouvel afflux de sang so fait dans leur intérieur est un phénouiène très peu sensible; il faut, pour Tap* précier, que le vaisseau qu'on explore soit très volumineux, comme les carotides ou les fémorales; il faut, de plus, que le sujet sur lequel on recherche ce phénomène soit très maigre, sans (|uoi le mouvement d'expansion est imperceptible à Tceil. Le mouvement de dilatation des artères est si faible, ((ue plusieurs physiologistes ont nié son existence, et ont cru que rallongement seul -de œs vaisseaux permet à chaque ondée nouvelle de trouver place dans le système artériel, en atlendanl qu'elle se soit écoulée pur les capillaires. Mais les expérieiKes de Pui-

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seuîlle ODt mis hors de doute l'existence de la dilatation des artères (t).

La heomolion artérielle est un effet du changement de capacité des artères; elle tient à rallongement de ces vaisseaux qui sont élastiques dans tous les sens, mais particulièrement suivant leur longueur. Lorsqu'une artère est recliligne, elle ne peut s'allonger sans présenter en même temps des courbures ; car elle devient trop longue pour joindre en ligne droite les deux points extrêmes entre lesquels elle s'étend. Aussi la voit-on, à chaque contraction du ventricule, exécuter sous la peau des mouvements de flexion latérale. Ces mouvements sont très Faciles à observer sur l'artère humérale, lorsque ce vaisseau est situé superficiellement, c'est-à-dire immédiatement audessous de Taponévrose brachiale ('2).

(4) Poiseaille constraisit une sorte de caisse à deux eompartimetits au travers de laquelle il fait passer le vaisseaux. Deux écbancrures demicirculaires, situées sur les bords de chacun des compartiments, forment, lorsque ceux-ci sont superposés, doux ouvertures circulaires. Tune pour rentrée, Tautre pour la sortie du vaisseau. Quand Tartère est ainsi logée dans la caisse, et quand celle-ci est hermétiquement fermée, on la remplit d*eaa par une ouverture pratiquée à sa partie supérieure, et l'on adaple à cette ouverture un tube de verre d'un petit calibre.

L'appareil ainsi disposé, chaque fois que le vaisseau contenu dans la caisse subira la moindre dilatation, il en résultera un déplacement d'une certaine quantité du liquide contenu dans la caisse ; le liquide s'élèvera dans le tube et produira dans celui-ci un changement de niveau très sensible. A chaque systole venlriculaire, on voit ainsi le liquide osciller dans le tube de Tappareil.

Cette démonstration ne laisse, comme on le voit, aucune place au dottte relativement à lexistence d'une dilatation des artères à chaque systole du ventricule.

(i) Nous allons donner quelques développements pour bien fuire corn* prendre les différentes formes que présente la heomolion artérielle.

Dens formes distinctes ont été signalées ; Tune, qu on pourrait ap-

Lo pouls est le résultat immédiat des changements qui surviennent dans la tension artérielle. La sensation de choc éprouvée par le doigt qui déprime une artère tient au durcissement subit de celle-ci , lorsqu'une ondée de sang, poussée par le ventricule dans le système artérid, vient augmenter subitement la tension de ces vaisseaux.

Si nous avons attaché tant d'importance. à la définition de la tension artérielle, c'est que sa parfaite connaissanOD est indispensable, si Ton veut comprendre la nature du pouls. On se fait presque toujours une idée fausse de la production de ce phénomène; on l'attribue ordinairement à la dilatation des artères ou au choc du sang contre leurs parois. Bichat croyait que c'était un effet de la locomotion des vaisseaux* En réalité, le pouls n'est rien de tout cela;

peler locomotion dans le sens longitudinal, el Tautre locomotion par inflexion latérale des vaisseaux.

La première s'observe sur un vaisseau qui offre un obstacle brusque

au courant sanguin. Ainsi, au niveau d'une bifurcation, Téperon, faisant

obâtacle à roiidéo sanguine, est poussé on avant à chaque pulsation da

cœur, et le vaisseau est allongé, pour revenir ensuite sur lui-même en

ramenant 1 éperon en arrière. Dans la ligature d'une artère au moignoo

d'un amputé, le môme phénomène se passe ; il est encore plus frappaot,

parce que l'obstacle est plus absolu ; on voit à chaque battemeDl do

cœur l'artère liée sortir des parties molles, et se porter en avant.

Dans ce cas, l'artère sort beaucoup plus du moignon après la Uga*

ture qu'avant. — La seconde forme de locomotion ^ ou locomotion par

inflexion latérale ^ qui a quelquefois été appelée locomotion par rfdrfSMfMiil

des courbures, est un phénomène complexe. De même que la précédente,

elle résulte de l'allongement du tube : ainsi, si un tube ou un vaiaseaa

est roctiligne, il s'y formera des courbures, par suite de l'allongement,

ai les deux extrémités ne peuvent se déplacer, el donner lieu au premier

mode de locomotion.

Si le vais^seau est un peu courbé, il le deviendra davantage ; mais» dans le cas de courbure trop brusque, il y aura tendance à l'agrandissement de son rayon (cela se passe par un mécanisme analogue à cehH qui redresse la courbe dans le manomètre de Bourdon).

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il résulte directement des cbangemeuts que subit la tension artérielle sous Tinfluence des mouvements du cœur.

Nous traiterons avec de grands développements ce qui e^t relatif au pouls, à ses différentes variétés et â la cause de chacune d'elles. Mais^ en attendant, il nous reste à contrôler, par la méthode synthétique que nous avons employée jusqu'ici, les différentes opinions que nous avons énoncées relativement à la manière dont s'accomplit la circulation artérielle. Il faut montrer qu'avec des appareils schématiques on peut reproduire le transport centrifuge du sang avec la transformation du mouvement qui s'opère dans les artères. Il faut aussi prouver que les phénomènes de dilatation et de locomotion artérielle, étant d'ordre physique, peuvent également se reproduire. Enfin, que la tension artérielle, ainsi que le pouls, qui qst lié aux variations de cette tension, peuvent être imités dans les mêmes conditions.

ftcprodaeiloB «rtlllelelle des phéaonièaes de hk elrealslloii

artérielle*

§ &8.— On connaît déjà la disposition au moyen de laquelle nous avons imité (fîg. 2) le cœur avec son oreillette, son ventricule et ses orifices munis de valvules. Pour com* pléter Tappareil, il faut adapter à Torifice aortique un système de tubes élastiques qui simule à peu près la disposition de Taorte et des ailères qui en émanent. C'est ce qui est imité dans la Ggure 19, où Ton peut reconnaître les principaux troncs artériels. Ces vaisseaux sont représentés par des tubes de caoutchouc de différents diamètres.

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Il était inutile, comme on va le voir, de pousser plus loin l'imitalion de la disposition anatomique des artères; ce que nous avons dit de leur action fait prévoir que des tubes élastiques quelconques suffisent pour reproduire ceux d'entre les phénomènes de la circulation artérielle qui dépen- I dent de l'élasticité de ces vaisseaux.

Maisàl'exlrémilé I de l'arbre artériel existent des vaisseaux contractiles qui,par teurélroilesseplusoumoins I grande, opposent à la sortie du sang lies obstacles variables. Ici encore la tâche était facile; pour reproduire l'effet de l'étroitesse des voies capillaires, il suffisait de terminer les tubes qui rcprcsentenl le système artériel fat dus ajutages étroits que le liquide logé dans les vaisseaux ne put traveiiicr que diilicilument. C'est ce i|ue nous avons fait en adaptant des tubes cfQlés à rextiémité des ar-

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tères. On yoit, dans le haut de la figure 19, deux de ces tubes versant leur liquide dans un entonnoir. L'extrémité des autres artères a été liée ; les deux tubes dont nous venons de parler étant dès lors la seule voie par laquelle le liquide s^échappe des artères, nous avons donné à leur orifice d'écoulement un diamètre suffisant pour que les artères puissent se vider sans acquérir une tension trop forte.

Supposons qu'on veuille imiter les influences que le resserrement ou le relâchement des petits vaisseaux exer* cent sur la pression sanguine, il suffit, pour cela de changer les ajutages d'écoulement. Si on les remplace par des tubes plus étroits, on se trouve dans les conditions de la circulation artérielle quand les capillaires sont contractés et font un grand obstacle au passage du sang; si Ton met) au contraire, des orifices d'écoulement plus larges, on imite les effets du relâchement des vaisseaux capillaires.

Enfin, comme le système veineux a pour principal rôle de ramener au cœur le sang qui a traversé les vaisseaux capillaires, nous avons atteint le même résultat en plaçant au-dessus de l'oreillette 0 un entonnoir E muni d'un tube qui ramène dans l'oreillette le liquide versé par les orifices d'écoulement des artères.

La représentation de la forme anatomique du système veineux est, comme on le voit, complètement sacrifiée; mais, comme nous n'avons pas à nous préoccuper ici des phénomènes de la circulation veineuse, nous avions le droit d'atteindre de la manière la plus simple notre but, qui était de ramener au cœur le sang versé par les capillaires.

L'appareil que nous venons de décrire représente donc un circuit complet dans lequel le liquide se meut sans cesse,

Je l'oreillette au ventricule, de celui-ci aux artèresi des artères aux veines, à travers des voies étroites (vaisseaux capillaires) et des veiues, revient au cœur.

Voyons donc comment on peut reproduire avec cet appareil les phénomènes de la circulation artérielle.

§ &9. — Nous avons expliqué comment, à chaque fois qu'on exécute des compressions alternatives de la boule de caoutchouc B, le ventricule s'anime de contractions rhythmiques; chacune d'elles est accompagnée de deux bruits produits par le claquement des valvules. De plus, à chaque contraction ventriculaire, une ondée pénètre dans le système artériel. — ^Voyons maintenant comment s'exé* cutera le mouvement dans l'intérieur de ces vaisseaux.

Tension artérielle.

 mesure que le ventricule foule du liquide dans les artères du schéma, on voit celles-ci s'emplir, se distendre, devenir dures au toucher, absolument comme les artères d'un animal vivant. Si l'on pique un de ces vaisseaux, un jet de liquide s'élance avec force ; ce jet présente des saccades absolument semblables à celles que présente le jet d'une artère blessée. — Veut-on une mesure manomé^ trique de la tension du liquide dans les tubes qui représentent les artères? On adapte un manomètre compensateur M (fig. 19) à l'un des tubes, soit le tube tm. Dès que le ventricule agit, la colonne de mercure de l'instrument s'élève par saccades jusqu'à un certain degré, puis s'y arrête en exécutant des oscillations, comme le fait un manomètre adapté aux artères d'un animal vivant.

Pour imiter les influences que le reldchemefU ou la contraction des vaisseaux capillaires produisent sur la tension artérielle, on n'a qu'à adapter aux oriflces d'écoulement

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des ajutages de différents diamètres, et Ton voit que, si la force qu'on déploie par les impulsions ventriculaires reste constante, le manomètre accuse des tensions arté-r rielles très différentes suivant le diamètre de ces ajutages. La tension est élevée, si les ajutages sont étroits (ce qui correspond au resserrement des capillaires); la tension est basse, si les ajutages sont larges (relâchement des capillaires).

Transformalion da mouvement du sang dans le système artériel.

Nous avons dit comment le mouvement du sang dans les artères, de saccadé qu'il était d'abord par suite de Taction intermittente du ventricule, devient peu à peu continu et régulier, grâce à l'élasticité de ces vaisseaux. — On peut constater le même résultat dans notre appareil. Ainsi, en observant le jet que les orifices d'écoulement versent dans l'entonnoir £ (système veineux), on voit que ce jet continu est d'une régularité assez grande.

Phénomènes accessoires de la circulation artérielle. — Dilatation,

locomotion, pouls.

(les phénomènes sont encore reproduits dans notre appareil. Mais la dilatation est difficile à constater à l'œil nu, sauf sur les très gros troncs. (On sait qu'il en est de même sur les artères.) On peut, du reste, au moyen de l'appareil de Poiseuille, constater, comme sur les artères d'un ani • mal vivant, l'existence de cette dilatation.

La locomotion, avec ses diverses formes, peut être reproduite. Ainsi, qu'on place un des tubes dans une posisition rectiligne, mais sans le tirailler, et qu'on le iîxe par ses deux extrémités, alors, à chaque impulsion du liquide, le tube devient flexueux : cet eiïet correspond à ce

que nous avons appelé locomotion par inflexion latérale. Qu'on observe une des artères qui ont été liées comme en S, S', on voit qu'à chaque impulsion ventriculaire, Vextré* mité liée du vaisseau descend et qu'elle remonte ensuite pendant le repos du ventricule. Cette locomotion corres* pond à celle que nous avons décrite sous le nom de locomotion dans le sens longitudinal ^ celle qu'on observe après la ligature des artères au moignon des amputés.

Pouls, — Le phénomène du pouls se perçoit aussi très bien dans les conditions précédentes. Il suffit pour cela de déprimer sous le doigt le vaisseau qu*on explore en le pressant contre la planche qui supporte l'appareil. On seut alors, à chaque impulsion ventriculaira, que le vaisseau durcit sous le doigt et donne la sensation du pouls, avec les mêmes caractères que ceux qu'on perçoit en tàtant le pouls d'une artère véritable.

On verra plus tard que ce pouls factice peut être reproduit avec toutes les formes possibles, soit celles qu'on observe sur les sujets sains, soit celles qu*on rencontre sur le malade. Celte reproduction artificielle de toutes les formes du pouls nous sera d'un grand secours pour bien comprendre la cause et la nature des différents caractères de la pulsation artérielle.

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