ACTION DU COEUR
fois les cavités droites et gauches. Dès lors ces fibres enveloppantes, communes aux deux cavités, doivent, en se contractant, les resserrer toutes deux. Admettre qu'il peut en être autrement, ce serait se refuser à Tune des conclusions les plus légitimes que puisse suggérer l'anatomie.
Si Ton passe à l'étude des mouvements du cœur considérés dans une de ses moitiés, la droite ou la gauche, une autre question se présente, c'est la suivante : Comment se succèdent les mouvements de l'oreillette et du ventricule ?
La seule façon de résoudre cette question d*une manière logique est de supposer une ondée de sang arrivant des veines dans le cœur, et de la suivre jusqu'au moment où elle sort du cœur pour entrer dans les artères.
Cette ondée arrive donc d'abord dans l'oreillette quand celle-ci n'est pas en contraction. Comme le sang de l'oreillette descend dans le ventricule à travers l'orifice auriculoventriculaire. Fondée sanguine dont nous suivons la marche descend avec le courant qui se produit aussitôt que le ventricule se relâche.
Quand les deux cavités sont ainsi remplies, l'oreillette se contracte, et tend à chasser par toutes les ouvertures le sang qu'elle renferme. A ce moment, une partie du sang de l'oreillette refluera donc par les embouchures des veines jusque dans ces vaisseaux, mais y sera arrêtée en certains points par la présence de valvules veineuses qui s'opposent au reflux. Une autre portion du sang de l'oreillette passera dans le ventricule, qui est déjà plein, mais qu'elle achèvera de distendre. Enfin, une certaine quantité de sang restera encore dans l'oreillette.
Le ventricule rempli et distendu se contracte à sud
38 PHTSIOLpGIE.
tour ; le sang qu'il renferme tendra à s'échapper dans toutes les directions, mais l'orifice auriculo-ventriculaire se ferme par sa valvule qui s'oppose au reflux dans l'oreillette ; roriflce aortique laisse seul passer ce liquide, ses valvules s'ouvrant de dedans en dehors, c'est-à-dire du cœur vers les artères.
Voici donc l'ondée sanguine arrivée dans les artères ; elle distend ces vaisseaux élastiques déjà pleins de sang : de telle sorte que les tuniques artérielles, par leur retrait, vont renvoyer l'ondée qu'dles ont reçue dans le ventricule dès que celui-ci va se relâcher. Mais l'orifice artériel des ventricules est muni de valvules qui s'opposent à ce reflux ; l'ondée envoyée dans le système artériel y restera donc prisonnière, et n'aura d'autre issue que celle que les capillaires lui ouvrent dans le système veineux au bout d'un trajet plus ou moins long.
Lorsque le ventricule se relâche, il ne reçoit donc pas une goutte de sang artériel , mais il est ouvert au sang de l'oreillette. En efiet, les veines ont versé de nouveau du sang dans l'oreillette, et celle-ci, remplie et communiquant librement avec le ventricule, s'y décharge aussitôt que le relâchement veniriculaire le permet.
Le cœur est maintenant rempli et revenu à l'état que nous décrivions tout à l'heure, c'est-à-dire que Toreillette se contractant de nouveau va produire la distension du ventricule déjà plein, et que le ventricule à son tour va recommeucer sa contraction. La succession des mouvements du cœur, par suite desquels le sang chemine à travers les cavités de cet organe, se fait dans un ordre constant.
Une révolution de l'organe consiste dans une série de mouvements oomplète, à partir d'une conlracUon de
ACTION DU CûBOB.
roroJllette jusqu'à sa contraction suivante, ou d'une oon* traction des ventricules à la pixwhaine.
ReproducUon arliâdoUe da cours 4u sang 4ana le cceor,
§ 3. — Voici les expériences que nous avons faites pour reproduire artificiellement les mouvements ventriculairea et les bruilsqui les accompagnent. C'est la contre-épreuvf synthétique à laquelle nous nous astreindrons, dans le cours de cet ouvrage, toutes les fois que cette reproduction sera possible.
Pour imiter la disposition relative de Tpreillette et du ventricule dans un des cœurs (le cœur gauche) , nous avons construit l'appareil suivant (fig. 3).
Une ampoule 0 en caoutchouc reçoit du liquide par un tube VC qui représente les troncs veineux qui se rendent dans l'oreillette et lui apportent le sang qui revient au cœur. Cette ampoule communique intérieurement par un tube large VM avec une autre ampoule V qui représente le ventricule.
Le tube VM correspond donc à l'orifice auriculo^ven-
&0 PUTSIOLOGIB.
triculaire, il est muni d*uiie valvule (i ) qui permet au saog de couler de Toreillette au ventricule, mais qui s'oppose au reflux en sens inverse.
Le ventricule V reçoit donc le liquide de l'ampoule 0, mais il doit renvoyer dans un système de conduits élastiques représentant l'aorte et les artères. Un. autre tube YÂ émane donc de ce ventricule et communique avec un gros conduit élastique ramifié qui figure l'aorte et les artères (2).
Supposons que le ventricule Y se contracte, il poussera au dehors le liquide qu'il contient ; à ce moment, la valvule auriculo-ventriculaire YM se ferme; le liquide ne pourra donc s*écbapper qu'en YA et passera dans le système arté* riel. Mais il fallait empêcher à son tour le reflux du sang des artères dan3 le ventricule. Pour cela nous avons rois
(1) Les valvules que noas employons imitent autant que possible la disposition de celles qui existent dans l'appareil sanguin. Nous avons choisi le type le plus simple : les valvules des veines. Pour imiter leur disposition , noas employons une sorte de petit sac de taiïetas gommé qui est collé par une de ses faces à la paroi intérieure du tube de verre. L'ouverture de ce sac est dirigée en bas dans le tube VM, de telle sorte que, si le courant de liquide suit une direction descendanle de 0 en V (c'est-à-dire de l'oreillette au ventricule), le sac s'affaisse et ses deux faces intérieures s'accollent Tune à l'autre de façon à laisser Touverlure du tube presque entièrement libre. Mais si le courant tend à se faire de bas en haut, le liquide pénètre dans l'ouverture du sac, le déploie, Taccolle au tube de verre par toute sa circonférence, alors il se produit un claquement, et en même temps le liquide ne peut plus refluer.
(2) Les deux tubes VM et VA traversent un cylindre métallique qui fait l'ofnce de bouchon à deux tubulures et autour duquel Touverture de Tampoule V est liée solidement. — Il faut, dans la figure 2, faire abstraction, pour le moment, du tube ( qui est destiné à senir dans d'autres déoMMUrt rations.
ACTION DU COEUR. Al
dans le tube VA une valvule semblable à celle du tube VM^ seulement dirigée en sens invei*se (1).
Restait à imiter la contractilito du ventricule de façon que cette ampoule pAt, à un moment donné, revenir sur elle-même et envoyer une ondée de liquide dans le système artériel. Voici comment nous avons atteint ce résultat.
L'ampoule V (ventricule) est enfermée dans un ballon de verre. Ce ballon v, dont la figure représente une coupe faite de droite à gauche, suivant un plan vertical, s'applique exactement autour du bouchon métallique mnni des deux tubulures. Si Ton foule de l'air dans le ballon V, le ventricule se trouve comprimé dans tous les sens, sauf au niveau des tubulures qui représentent les orifices auriculo-ventriculaire et aortique ; il se resserre donc sous l'influence de la pression environnante et expulse son contenu par le seul orifice qui en permette la sortie, le tube VA (orifice aortique).
Pour fouler de l'air dans le ballon v, et produire ainsi les contractions du ventricule, on se sert d'une boule de caoutchouc épais munie d'un tube qu'on adapte à la tubulure p du ballon v. Chaque fois qu'on comprime avec la main la boulo de caoutchouc, l'air est foulé dans le liallon et produit une contraction du ventricule. Dès que la main cesse de comprimer la boule de caoutchouc, celle-ci reprend son volume, l'air foulé dans le ballon en ressort, tandis que, en même temps, le ventricule V se
(4) L'ouverture du sac regarde du côté des arières^ de telle sorte que le courant qui va du ventricule aux artères accoUe ces deux faces du sac et rend l'ouverluredu tube béante, tandis que le reflux du sang des artères dans le ventricule s engouffre dans ce sac, le f^t claquer contre les parois dn tube et ferme le passage.
redilate par l'afflux du liquide qui s'écoule de Tarn* poule 0, et que la valvule A s'ouvre devant ce couraet descendant.
On peut donc, en comprimant )a boule de caoutchouc à des intervalles réguliers, produire une série de contrao* tiens du ventricule et déterminer, à chaque fois, Tarrivée d'une ondée nouvelle dans les tubes qui représentent les artères. Ces tubes sont représentés tronqués dans la figure ; on y voit seulement la crosse de l'aorte avec le tronc brachio-céphalique, l'origine de la carotide et de la sous-clavière gauche, et enfin une veine cave VC qui débouche dans l'oreillette. L'appareil entier sera décrit à propos des phénomènes de la circulation artérielle.
Ce qu'il s'agissait pour le moment de démontrer, c'est qu'on peut reproduire mécaniquement les phénomènes du mouvement du sang dans le cœur. Mais pour que cette reproduction synthétique de l'action du cœur ait une valeur réelle, il faudra qu'elle serve à nous faire comprendre la cause des signes extérieurs qui sur l'homme sain ou malade révèlent la circulation cardiaque.
Signes extérieurs de la circulation cardiaque.
§ &. — Si l'on applique la main sur la poitrine au niveau de la région cardiaque, on sent des battements qui sont produits par les mouvements du cœur. L'oreille, appliquée au niveau de la région précordiale, entend des bruiLs; tous ces phénomènes, qui constituent les signes extérieurs des battements du cœur, sont liés aux mouvements du ventricule. C'est au relâchement ou à la contraction de cette cavité qu'ils correspondent, et ici encore Toreillette n'intervient que dans des circonstances anormales.
ACnON BU GOBUR. &8
Corome lea maladies organiques du cœur amènent de^ changements considérables dans les bruits qui accompagnent les mouvements du ventricule , les médecins ont compris Timportance d'en bien connaître la nature; de savoir exactement quelle en est la cause, afin que l'oreille appliquée sur la poitrine leur fasse saisir tout ce qui se passe dans le cœur à chaque instaut, aussi bien et même mieux que si le cœur mis à nu se mouvait sous leurs yeux. Malheureusement, on ne put chercher dès Tabord dans une expérimentation rigoureuse la solution de cet important problème ; la physiologie expérimentale était encore trop peu avancée. On fit des conjectures sur la nature des signes que la palpation et l'auscultation fournissent, et on émit à ce sujet des théories. La science est encombrée d'opinions contradictoires sur ce point si im* portant de la physiologie. Il faudrait des volumes pour exposer toutes les opinions qui ont régné tour à tour sur les mouvements du cœur et la natui^e des signes que fournit l'auscultation de cet organe à l'état sain et dans les maladies.
Aujourd'hui môme la science n'est pas encore fixée sur la véritable cause des phénomènes que le clinicien étudie tous les jours; aussi, bien que parmi tant d'opinions contradictoires des idées exactes aient été souvent émises, on peut dire que pas une des théories régnantes ne renferme la vérité tout entière.
Le but à poursuivre est double, avons-nous dit, car il s'agit, d'une part, de connaître exactement tous les phénomènes qui se passent dans le cœur, et en outre de pousser assez loin l'étude des signes extérieurs des mouvements du cœur pour que, par leur seul secours, on puisse sur l'homme vivant savoir comment s'accomplissent les fonc-
ft& PHYSIOLOGIE.
tioDs de cet organe. Or, nos sens ne sauraient suffire à cette tâche; l'espace si court d'une révolution du cœur ne permet pas de saisir Tensemble des phénomènes qui s'y succèdent, et qui sont tous contenus dans la durée d'une seconde. Quand on a vu des hommes impartiaux , habitués depuis longtemps à Texpérimentation physiologique, observer un cœur mis à nu, et n'être pas d'accord sur la succession de ses mouvements, il faut bien admettre que Tœil n'est pas apte à saisir ces mouvements complexes, qui se succèdent avec rapidité , et que , sous peine de rencontrer toujours un pareil désaccord , il faut avoir recours à de nouveaux moyens d'expérimentation.
Kn instituant de nouvelles recherches sur les mouvements du cœur, nous sommes parti d'un double principe. D'une part, nous avons cru que l'intervention directe de nos sens devait être éliminée, puisqu'elle n'a pas suffi pour fixer l'opinion sur la succession véritable de ces mouvements; d autre part, nous avons recouru avec confiance aux procédés et aux instruments employés par les physiciens, bien convaincu qu'il n'est pas de mouvement si rapide et si complexe qui ne puisse être déterminé d'une manière précise à l'aide d'instruments convenables.
Plusieurs tentatives avaient déjà été faites dans ce sens. En Allemagne, la cardio-puncture avait permis d'enregistrer les mouvements de locomotion que le cœur exécute à chacune de ses révolutions. En Amérique, le docteur Upham (de Boston) (1) essaya, par une sorte de télégraphie électrique, de rendre les intervalles qui séparent la systole de l'oreillette de celle du ventricule, plus
(4) Voyez, pour le récit de ces expériences et la représentation des instruments, le recueil des ob:*ervations faites sur Eugène Groux, atteint de fissure congénitale du steroom. (Hamborg, by J. E. KSbler, 4859.)
ACTION DU COEUR. Aô
faciles àsaisir qu'ils ne le sont à la vue dans les expériences ordinaires. Pour cela, il fit servir les mouvements qu'il croyait être les systoles de l'oreillette et du ventricule à fermer chacun un courant électrique qui mettait en jeu un timbre d'une tonalité particulière. On pouvait ainsi entendre successivement et distinguer entre eux les sons des deux timbres, ce qui donnait une idée assez exacte des intervalles qui séparent la systole de l'oreillette de celle du ventricule.
Mais avec une instrumentation plus perfectionnée on pouvait faire plus; c'est peu, en effet, que de signaler le début d'un mouvement lorsqu'on ignore sa forme, c'està-dire les variations qu'il subit pendant toute sa durée. Or, c'est ce que nous avons cherché à faire en appliquant à l'étude des mouvements du cœur les appareils à indication continue. Depuis plusieurs années, l'emploi de la méthodo graphique pour Tétude des mouvements du sang nous était devenu familier; la construction de notre sphygmograpbe nous avait amené à connaître les principes sur lesquels doit être établi tout appareil destiné à enregistrer un mouvement rapide. Enfin, M. Chauveau, dont on connaît les remarquables travaux sur les mouvements du cœur, voulut bien s'associer à notre entreprise et chercher avec nous, dans une voie nouvelle, le moyen de déterminer la nature des mouvements du cœur, de manière à fixer définitivement l'opinion sur ce sujet. Le succès de nos expériences fut assez complet pour que l'Académie des sciences, à laquelle nos travaux furent soumis, déclarât, par l'organe de son rapporteur (1),
(4) Rapport de M. Milne Edwards, au nom d'une commission, sur deux mémoires de MM. Chauveau et Marey relatifs à l'étude des mouvements du coBur à Taide d'un appareil enregistreur. {CothpUs rendus dtê
&6 PHTS10L06II.
que le doute ue lui paraissait plus possible. Nous allons exposer ces expériences, ainsi que les déductions qu'on en peut tirer.
séances de l'Académie des sciences, l. LIV, séance du 38 avril 4 862.) (PIqs récemmeol, rinslitot vient de nous donner une nouvelle marque d'approbation en nous accordant, ainsi qu*àH.Chauveau, un prix de physiologie eipérimentale.)