DES ANÉVRTSIIES DES ARTÈRES. AA
à un haut degré avec ses caractères ordinaires. — Ce malade offrait une particularité : c'est l'intensité des pulsations à la tibiale postérieure du côté sain (fig. Ii!i9). Cela s'expliquait par l'existence d'une insuffisance aortique concomitante, que la forme du pouls radial (fig.151) nous fit soupçonner au premier abord et que l'auscultation confirma.
Fig. 151. — Pouls radial.
L'autopsie démontra plus tard l'existence de cette insuffisance aortique. — On verra plus loin quels sont les caractères du pouls dans cette affection.
3* cas, — Ânévrysme poplité volumineux.
§ 166.— Le pouls était insensible au toucher; l'instrument accuse à un très ha\it degré la modification de
Fig. 152. — Tibiale postérieure, côté sain.
Fig. 153. — Cdté de raafvrysme.
sa forme (fig. 15S). Un fait curieux à signaler ici, c'est que l'influence de la respiration, très considérable du côté sain, où elle se traduit par une ondulation de la ligne d'ensemble du tracé (fig. 152), est nulle du côté de l'anévrysme. Dans plusieurs cas d'anévrysme poplité, nous avons trouvé du côté sain de pareilles ondulations. Cela
/i&G APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.
s'explique par la dyspnée qui se produit lorsqu'on fait coucher le malade à plat ventre, afin de prendre le tracé du pouls de la tibiale postérieure. — Dans des cas douteux, lorsque le pouls du côté sain est faible et que l'effet de ranévrysme ne produit pas une différence bien tranchée entre les deux tracés, on pourrait, en faisant tousser le malade, obtenir dans le tracé des secousses (voy. § 92) qui, très prononcées du côté sain, le seraient moins du côté de ranévrysme.
Dn pouls dans la phlébarlérie el ranévrysmo arlério veineux.
§ 167. — Ce qu'on a vu de rinfluence d'une tumeur anévrysmale sur les caractères du pouls devait faire prévoir qu'une simple communication artério- veineuse (phlébarlérie) doit modifier d'une manière analogue la pulsation prise au-dessous d'elle. En effet, une partie du sang qui est poussé dans l'arlcre, à chaque systole du ventricule, se trouve dérivée dans la veine communicante. C'est donc une cause de diminution de la force du pouls; on peut s'en convaincre par l'exemple suivant:
Ces figures sont recueillies sur un malade atteint de phlébarlérie de la sous-clavière. — Le pouls du côté sain (fig. 15/i) est assez insolite dans la forme; il ressemble à
celui ({ue nous décrirons plus tunl coinnie ap|>artenan( d'ordinaire ù la colique de plomb. Rien ceiHîiulanl, chez re malade, n'indiquait une pareille affection. — Li* pouls, du côté malade (fijr. 155), est assuivment beau-
DES ANÉVRYSMëS des ARTERES. khi
coup moins modifié que ceux dont nous avons donné précédemment des exemples. Cela s'explique naturelle-
Fig. 155. — COlc de la phébartérie.
ment par une moindre dérivation du sang que dans les cas d'anévrysme. L'ouverture latérale qui fait communiquer Tartère avec la veine ne saurait donner passage à une grande quantité de liquide. Dans les cas précédemment cités, au contraire, le sang trouve, dans une pocbe volumineuse, assez d'espace pour se loger en grande quantité pendant la systole ventriculaire , ce qui doit produire une grande diminution dans la pression latérale au-dessous de la tumeur.
Lors, au contraire, que la communication artérioveineuse se fait par l'intermédiaire d'une vaste poche {anévrysme artéri(hveineux proprement dit), le pouls est transformé de la môme manière que par un anévrysme ordinaire, ainsi qu'on peut le voir par les ligures 156 et 157.
Fi^. 150. — COlc sain.
Fig. 157. — Côté de raMrvrysmc.
Ces Ggures ont été recueillies sur les artères tibiales postérieures, dans un cas d'anévrysme poplilé artérioveineux présentant une tumeur très volumineuse.
Des caractères d« powls ree«eflll
§ 468. — Lorsqu'on presse sur une tumeur anévrysmale qui présente une large surface, on sent que l'expansion de latumeur produit un soulèveroeut énergique de la main qui la comprime. On sait déjà quelle est U cause de ce phénomène qui contraste d'une maoiëre étrange avec la faiblesse des battements artériels. Od a vu, en effet (§ 66), que la force d'expansion d'un nisseau croît avec la surface de ses parois. Or, dans ud anévrysme qui présente une surface pariétale énorme par rapport à celle du vaisseau sur lequel il est implanté, il est naturel que la force expansive soil énormément alimentée. Ici se produit le même phénomène que dans la presse hydraulique de Pascal, qui multiplie la pression du liquide par la surface sur laquelle elle agit. Il ne faut donc pas s étonner des effets n)écaniques puissants que produisent les anévrysnies : ceux-ci peuvent courber ie> os, briser les arliculalioiis, perforer les surfaces osseuse> par la pression énergique et constante qu'ils exercent contre elles.
Un excellent moyen de se rendre compte de cette force expansive des anévrysnies consiste à saisir à pleine main lampoule qui, dans le schéma, est située sur le trajet du tube ddj on sent alors cpie les doigts sont écartés aviH une puissance d'autant plus grande ciue Tampoule élastique est plus volumineuse.
§169. — I/jrsqu'on applique le sphygmographe sur un auévrysuie, on obtient un tracé d'une amplitmlo énorme. En général, ce tracé ne saurait être contenu
DES ANÊVRYSMES DES AHTÈaES. kkS
dans la largeur du papier employé dans les expérienees ordinaires. Il faut alors, pour dimiDuer son amplitude, appliquer l'iuslrumeat sur les bords de la tumeur, dans les poiols où l'inlensilé des battements est beaucoup plus fuble.
Mous représentons ici trois tracés obtenus dans ces' conditions.
La Bgure l^S est recueillie sur un anévrysme de l'ar-: tère poplitée dont il a été queslion § 161.
lA Cgure t59 est obtenue sur Tanévrysme du tronc bracbio-céphalique{§ (M). On voit que la Fonuedu tracé rappelle celle du pouls de l'aorto tel i|u'il eA représenté § &3 et § 58, il propos des expériences faites sur le cheval ( I ).
(1) It ne, faudnit pas, eD^paraitle circonatance, que l'Muk^ie do tracé rccuHllf inr rant'vrysmo BVdi |fl(fKniIa de raoruntcnare i
A50 APPLICATIONS A I.A PATHOLOGIK.
Enfin la figure 160 est prise sur l'anévrvsme poplitê artério - veineux (§ 167). Un bandage de caoutchouc appliqué sur la tumeur avait beaucoup diminué son élasticité.
On s'étonne, au premier abord, de voir ramplitudedii tracé graphique si grande, lorsqu'on sait qu'un manomèlrc mis en rapport avec la cavité de Tanévrysnie donne des pulsations plus petites que de coutume. 11 est facile cepeDdant de comprendre la caïue de cette contradiclion apparente entre les indications de ces deux instramenls.
Le manomètre, on le sait , donne rexpression absolue des variations qui surviennent dans la pression du liquide avec lequel il communique. Quellequesoit la capacité d'un réservoir avec lequel on le met en rapport, la hauteur de la colonne de mercure sera la môme, si la charge qui presse sur le liquide est la môme. — Le sphygmographe, au contraire, exprimant par Tamplitude de son tracé l'intensité du travail mécanique produit par la pression du sang, donncm une amplitude proportionnelle k la surface soulevée sur laquelle il repose. On a déjà vu, J5 66, que le volume de rartère qu'on explore influe sur Tamplitudo du tracé du pouls, et qu'une artère volumineuse, agissant sur le ressort de Tappareil par une large surface, produit un soulèvement considérable, tandis qu'un petit vaisseau exploré chez le môme sujet donnera des pulsations d'une faible amplitude. Il est donc naturel de conclure que si rinstrument est appliqué sur un anévrysme, toute la surface du ressort se trouvera soumise à la force expansive
Texislence d'un anévrysme de Taorlo cUe-inéme. Les expériences faîle» sur le schéma nous ont montré que toute ampoule élastique, lorsquelhp n'est séparée de l'aorte que par un tronc de peu de longoeur, ronsopr Ivs cnractèrc s du pouls aortiquc.
DES ANËVRYSSiES DKS ARTÈRBs». 2|oi.
de la tumeur, et que le soulèvement de ce ressort sera très énergique» lors même que les cbangemeuts de pression qui surviennent dans la tumeur seront peu constdé^ râbles.
Ce caractère du pouls recueilli sur une tumeur anévrysmale est un excellent moyen de diagnostic, toutes lés fois qu'on hésite à décider si une tumeur qui présente des battements est un anévrysme, ou si c'est une tumeur solide reposant sur une artère et animée d'un simple soulè* vement. Dans le pi*emier cas, le spbygmograpbe donne un tracé d'une grande amplitude; dans le second, il ne donne pas de pulsation , ou tout au^moins des pulsations plus faibles que sur une artère ordinaire. Une tumeur solide, en effet, n'est qu'un obstacte interposé entre l'artère et rinslrument; elle ne fait que diminuer l'intensité de la pulsation de cette artère.
§170. — Enfin, il est un autre caractère important des anévrjsmes, c'est que, si l'on comprime une tumeur anévrysmale, on produit dans la pression artérielle une élévation brusque, et, par suite, une élévation dans le tracé du pouls. Lorsqu'on relâche cette tumeur, on produit un reflux du sang de Tartère dans la poche, et un abaissement de la tension artérielle, ce qui se traduit par une chute dans le tracé. Ces phénomènes sont importants pour le diagnostic d'un anévrjsme dans le cas où règne Tincerlitude dont nous avons parlé. Une tumeur solide qui repose sur une artère ne peut produire, lorsqu'on la comprime, qu^une oblitération de cette artère et un arrêt du pouls avec abaissement de la ligne d^ensemble du tracé; lorsqu'on cesse la compression de cette tumeur, le pouls reparaît et la ligne d'ensemble se relève. On voit que les effets produits sont tout à fait différents dans Tun et dans Tautre
cas. Nous ne pouvons fournir ici de tracés recueillis dansces conditions sur les anc^vrysmes des artères, car Tidée d'èipr sur la tension arlérielle en comprimant une tumeur anévrysmale ne nous est venue que tout récemment, à propos d*un anévrysme de l'aorte. Nous aurons à en parler plus loin.