‹ Physiologie normale et pathologique du pancréasChapitre 19 sur 68 · ACTION DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CHALEUR

tain nombre de facteurs, le mode de préparation dn ferment, la concentration des solutions, etc. D’après W. Roberts, l’aclivilé du ferment amyloIyti(jue dans les macérations de pancréas, augmente de o à 3o“ G., se maintient à une valeur maxima de 3o à 45°, puis diminue jusqu’à 65-70°, température de destruction du ferment. Pour la trypsine, le point optimum d’action paraît être également vers 4o°.- et la température de destruction est comprise entre 60 et 70°. 0. Lœvv ûxe aussi à 69-70°, la température de destruction de la trypsine. Mais E. Biernacki place ce point critique beaucoup plus bas, en même temps qu’il indique quelques-unes des circonstances qui peuvent le faire varier. D’après lui, une solution alcaline (0, 25-0,5 Vo de soude) de trypsine pure chaulfée pendant cinq minutes à 5o° perd irrévocablement toute propriété digestive. C’est à 4<>° qu’elle présente son maximum d’activité et, déjà à 45°, elle est affaiblie. La présence de certains sels (chlorure de sodium, sulfate, nitrate et chlorhydrate d’ammoniaque), de peptones ou propeptones, a pour effet d’augmenter la résistance de la trypsine aux élévations de température, mais seulement en solution alcaline : dans ces conditions, elle peut, en effet, être chauffée

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jusqu’à 6o° avant de perdre ses propriélés. Si le suc pancréalique naturel résiste jusqu’à 55®, cela tient à son alcalinité et aux sels et matières albuminoïdes qu’il renferme.

2. Action des agents chimiques. — Elle doit être étudiée séparément pour les trois ferments.

a) Ferment amyloly tique. — L’influence de la réaction du milieu est à considérer tout d'abord. Un excès d’acide ou d’alcali est nuisible au ferment. Il résulte des expériences de Kjeldahl que l’action de l’amylase du malt est favorisée par l’addition d’une faible proportion d’acide sulfurique ou chlorhydrique (0,02 Voo)> mais qu’au delà, elle décroît rapidement avec l’augmentation de l’acidité. Bourquelot a constaté les mêmes faits pour laptyaline. De même, l’activité de l’amylopsine du pancréas est diminuée par les acides (Ellenberger et V. Hofmeister). Les acides organiques ont une action entravante moins intense que les acides minéraux. V. Hofmeister en a étudié plus spécialement les effets sur l’amylase pancréalique. Il se servit, dans ce but, d’un extrait glycériné très actif de pancréas de bœuf dont 2 cc. mélangés à 48 ce. de solution d’empois d’amidon fournissaient, à 4o®,en cinq minutes, 5o milligrammes de sucre.

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Pour une minime teneur du mélange en acide lactique libre, o,oi à o,o3 ®/oi sucre s’élevait de une fois et demie ; pour une teneur plus élevée, o,o4 7o> saccharification était au contraire diminuée, et une dose de o,o5 ®/d l’arrêtait complètement. L’acide acétique, pour une faible teneur de o,oi à o,o4 “/o> élevait la formation du sucre jusqu’au double, l’abaissait au contraire déjà à o,o5 “/(, et l’annihilait complètement à o,o8 “/„.

Les alcalis au delà d’une certaine proportion nuisent aussi à l’action de l’amylase, et de même certains sels, mais cette étude n’a pas été faite spécialement pour la diastase du pancréas.

Abelous, en recherchant l’action de quelques antiseptiques sur le ferment saccharifiant du pancréas, a trouvé que, pour une dose antiseptique égale à 1, la dose antizymotique s’élève à 11,5 pour le sublimé, lo pour le phénol, 3o pour l’acide salicylique, 33 pour l’iode, 100 pour le sulfate de cuivre, i6 pour l’alun, 10 pour le tanin, i pour IlCl. L’influence de quelques hypnotiques a été signalée par J. Gordon. La chloralamide, l’antifébrine, l’antipyrine ne troublaient pas l’action diastasique du pancréas ni en solution faible, ni en solution concentrée ; le sulfonal et rurélhane,au contraire, la

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relardaienl en solution diluée, et la paraldéhyde l’entravait complètenaent à petites doses.

La bile (qui elle-même est faiblement diastasique) exerce sur le pouvoir saccharifiant de l’extrait de pancréas une action adjuvante (Ellenberger et Ilofmeister, Racbford). D’après Rachfoi’d, la bile ])rotège l’amylopsine contre la présence d’IlCl libre, indépendamment de toute action neut: alisante ; elle protège de même le ferment contre le carbonate de soude qui est nuisible à une très faible concentration.

h) Tnipslne. — Une des principales caractéristiques de cette enzyme est, avons-nous ditdéjcà, de digérer les albuminoïdes en milieu neutée ou alcalin, et d’être inactive en milieu acide. Son maximum de puissance se trouve en liquide légèrement alcalin, renfermant, par exemple, o,a à 0,5 “/o de carbonate de soude ; pour une alcalinité plus forte, son activité diminue. La trypsine ne perd pas, toutefois, tout pouvoir digestif en milieu acide, si l’acidité du liquide est très faible ; il y a, d’ailleurs, sur ce point, des divergences notables entre les expérimentateurs. ■* Kübne fixe à o,5 “/pQ d’IICl le maximum d’acidité au delà duquel la trypsine cesse d’agir, mais, d’autre part, Evvald put constater qu’une poudre de pancréas de bœuf dissolvait encore la fibrine

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dans une solution d’HCl à 3 et Karl Mays continua ce fait. Pour expliquer ces contradictions, on peut admettre que l’aclion nocive de l’acide est empêchée par la présence de matières protéiques dans le liquide qui lient une certaine quantité d’acide (^). D’après ces données, une certaine tolérance relativement à la réaction du milieu constituerait un caractère important de la trypsine, et c’est un l'ait à retenir eu égard à la nature du milieu dans lequel ce ferment doit opérer à l’état physiologique. Les acides organiques sont, du reste, moins défavorables que les acides minéraux ; ainsi l’extrait de pancréas est encore actif, d’après Karl Mays, dans un milieu renfermant lo °/oo d’acide acétique. Bien plus, d’après Lindberger, une solution d’albumine d’œuf additionnée d’un peu de NaCl et de i à 2 ®/o de bile est plus rapidement peptonisée en présence de 0,2 Voo d’acide lactique qu’en milieu neutre.

L’influence favorisante de la bile sur l’action protéolytique du suc pancréatique est intéressante à noter, parce que, dans l’intestin, les deux (*)

(*) 11 résulte, en effet, des recherches de Béchamp que les matières protéiques peuvent retenir jusqu’à it\ "/o d’acide HCl qui alors ne se dégagent plus dans le vide sec.

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SUCS doivent opérer simultanément : elle a été signalée par Martin et Williams, Cliittenden et Albro. D’après Rachford et Southgate, cette action adjuvante est surtout marquée dans les solutions acidifiées.

Les antiseptiques, comme nous l’avons fait ressortir précédemment, ont une action telle qu’à la dose où ils empêchent complètement la putréfaction, ils laissent la trypsine intacte. Aussi l’addition de thymol, de quelijues gouttes de sulfure de carbone, d’acide cyanhydrique, de chloroforme, est-elle cou ramment employée dans les digestions pancréatiques artificielles prolongées. De la môme façon agissent l’acide salicylique à 0,2 V,, (Kühne), l’acide borique à 5 “/o (Herzen), le fluorure de sodium à 1 “/^(Arthus), le sulfate de fer à 5 Vo (Bubnow).

Un fait intéressant concernant l’action des ferments les uns sur les autres a été indiqué par Kühne, en 1876, à propos de la trypsine. Ce physiologiste observa le premier que la trypsine est détruite par la pepsine en milieu acide. Ce fait a été confirmé par Karl Mays, Langley, Baginsky. Ce dernier a, de plus, signalé que, inversement, la pepsine n’est pas détruite par la trypsine en milieu alcalin, quoique cependant elle perde de son activité. W. Roberts a cons-

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taté aussi les mêmes faits, et l’accord est donc complet sur ce point. Ajoutons a I appui que, d’après Duclaux, le tissu pancréatique se dissout dans le suc gastrique, alors qu’il résiste à la digestion pancréatique même (^).

c) Stéapsine, — Ce ferment a une action très éphémère dans les extraits de glande, et nous avons vu à propos de sa préparation qu il est très susceptible vis-à-vis des acides ; il l’est aussi vis-à-vis d’un léger excès d’alcali. D’après Rachford, lor.oqu’on mélange le suc pancréatique avec cinq fois son volume d’une solution de soude à o,25 7o> ferment saponifiant est détruit en grande partie ; lorsqu’on le mélange avec le même volume d’une solution d’IICl à 0,25 °/q, l’action saponifiante est retardée dans la proportion de 2 à 3.

La bile (qui seule ne dédouble pas la graisse) ajoutée au suc pancréatique en renforce notable-

(I) D’après ces observations, il semble que l’on ne doive accorder qu’une médiocre confiance à la méthode thérapeutique qui. dans le but d’améliorer les troubles digestils, consiste à faire ingérer à des malades du tissu frais de pancréas ou des préparations dérivées de ce tissu f pancréatine Defresne, poudre d’Engesser, etc.). Cependant l’expérience prouve que, chez les animaux dépancréatés, les troubles digestifs sont amendés par l’ingestion de pancréas.

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ment l’action saponifiante, et cela, dans la proportion de 3 ‘/a il 1, et môme de 4 V2 îi • en milieu acidifié par HCI, d’après Racliford, Cette dernière condition est celle de la digestion duodénale.

3. Conditions physiologiques. — Le tissu pancréatique est, d’après Griitzner, le plus riche en ferment amylolytique quatorze heures après le repas, le plus pauvre, six heures après. Chez les animaux inanitiés, le pouvoir saccharifiant de la glande est considérahlement atténué et peut même entièrement disparaître (Dastre).

Malgré cela, le suc pancréatique obtenu chez le chien à jeun (par excitation de la muqueuse duodénale) est toujours riche en amylopsine, d’après Wertheimer, ce qui paraît indiquer que ce ferment n’est pas précédé d’un zymogène. Pour le ferment saponifiant, Griitzner constata que la glande en contient te moins, six heures après un abondant repas et le plus chez l’animal à jeun. Quant à la trypsine, nous avons déjà vu à propos du zymogène quelles sont ses conditions de formation ; mais une autre action très controversée est celle que la rate exercerait dans la production de ce ferment.

D’après Schiff, chez les chiens dératés, le pancréas perdrait la propriété de digérer les albu-

CONDITIONS l’HYSIOLOGIQUES

minoïdes. Ilerzen adopta cette conclusion et, d’accord avec Corvisarl et Schiff, avança que chez un animal à jeun le pancréas ne contient pas de ferment protéolytique ; celui-ci commencerait à s’y trouver à partir de la quatrième heure de la digestion, augmenterait alors de quantité jusqu’à la neuvième heure, pour cesser à la t reizième ou quatorzième heure. Lorsque les recherches d’IIeidenhain eurent introduit la notion de la matière zymogène, Ilerzen pensa que le rôle de la rate serait de fournir une substance capable de transformer le zymogène en trypsine et, à l’appui de cette hypothèse, il montra que le pancréas d’un chien à jeun devient apte à fournir une infusion protéolytique, lorsqu’on l’a hroyé préalablement avec un fragment de rate d’un animal en pleine digestion (tandis que le résultat est négatif si l’on emploie la rate de l’animal à jeun).

Mais, comme nous l’avons déjà dit, la notion que, chez les animaux à jeun, l’extrait de pancréas serait dépourvu d’action protéolytique n’est rien moins qu établie(‘). Beaucoup d’observateurs

(') Il est indispensable de faire ici une distinction entre l’extrait de la fflande et le suc pancréatique naturel. Le suc pancréatique que l’on peut reôueillir en minime quantité chez un animal à jeun ne possède,

IJIGESTION PANCRÉATIQUE

(entre autres Garvallo et Pachon, Dastre) ont observé le contraire, et le fait n’a rien de surprenant, car c’est précisément dans l’intervalle des digestions que le pancréas se charge de zymogène. Si le pancréas d’un animal inanitié ne renferme pas de trypsine libre (et même encore là on ne saurait généraliser), il contient du moins le proferment. L’affirmation de Scbilf et Herzen que, chez les animaux dératés, le pancréas ne digère plus l’albumine, a été aussi vivement combattue par beaucoup d’observateurs : Lussana, Ewald, Bufalini, Garvallo et Pachon (‘). Gependant le fait annoncé par Herzen que les extraits de rate transformeraient le zymogène en trypsine a été confirmé par Cachet et Pachon. L’extrait de pancréas d’un chien à jeun ne paraît contenir que le trypsino-

en effet, aucun pouvoir peptonisant (Schiff, Pachon et Gachet). Toutefois le suc sécrété chez le chien à jeun sous l’influence de l’excitation du pneumogastrique (Mett). ou de la pilocai'iiine (Wertheimer) est doué d’un pouvoir ])rotéoIytique plus ou moins marqué.

(') Cl. Bernard, qui s’était déjà posé la question des rapports entre les fonctions de la rate et celles du pancréas, mentionne que, chez un chien dératé depuis dix-sept jours, une fistule du canal de Wirsung, établie en pleine digestion, fournit un suc qui offrait les propriétés ordinaires du suc pancréatique {Mémoire sur le pancréas).

DIGESTION DANS t’iNTESTlN

gène et point de trypsine libre ; mais si, à un animal dératé, on pratique une injection intraveineuse d’exirait de rate, l’infusion de son pancréas possède alors une activité protéolytique énergique. La substance active de la rate paraît être de la nature des enzymes, car elle est détruite par l’ébullition. Or, nous avons vu précédemment que le zymogène se transforme en trypsine sous un certain nombre d’inlluences ; parmi celles-ci vient prendre place maintenant l’extrait splénique. Mais il ne découle pas de ces expériences qu’à l’état physiologique l’intervention de la rate soit nécessaire pour la production du phénomène.

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