‹ Physiologie normale et pathologique du pancréasChapitre 26 sur 68 · Centres nerveux — L’expérience de · texte numérisé non relu

Centres nerveux — L’expérience de

pourvus de libres musculaires lisses et sont contractiles. Leurs contractions ont été observées par Valentin, chez les mammifères, par Magendie et Langendorll, chez les oiseuu.x.

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

Heidenhaiii, d’après laquelle l’excilalion de la moelle allongée provoque la sécrétion ou l’accroît, si celle-ci existait déjà, montre qu’il doit y avoir, dans cette partie du névraxe, un centre sécrétoire pour le pancréas. Mais Heidenhain a, eu outre, observé que, si l’excitation du bulbe est prolongée, on a bientôt un ralentissement, puis un arrêt de la sécrétion ; il ne croit pas d’ailleurs que les centres sécrétoires se ti’ouvent dans la moelle allongée, parce que la séci'étion continue après la section de la moelle, et il admet l’existence de centres sécrétoires intra-glandulaires. Cependant la continuation de la sécrétion après la section sous-bulbaire de la moelle ne suffit pas pour faire rejeter l’existence d’un centre dans la moelle allongée, car les impulsions parties de ce centre peuvent encore gagner le pancréas par la voie des pneumogastriques, comme le prouve ce fait que la sécrétion spontanée du suc pancréatique est arrêtée momentanément par la section des vagues (Pawlow).

Mais qu’il existe, en outre, des centres sécrétoires dans la glande elle-même ou dans son voisinage, c’est ce qui est également prouvé par diverses expériences. Bernstein observa que, quelque temps après la section de tous les nerfs SC rendant à la glande, la sécrétion s’établit et

INNERVATION DU PANCRÉAS

est mùme augmentée (sécrétion paralytique, analogue à celle de la salive dans les mêmes conditions), et Cl. Bernard vit le même fait après l’extirpation du ganglion semi-lunaire. D’autre part, Popielski trouva qu’après la section des nerfs vagues et sympathiques, on peut encore obtenir une sécrétion l’éflexe en introduisant un acide dans le duodénum, et il plaça le centre du réllexe dans un ganglion pylorique ; en eiïet, d’après lui, si le duodénum est coupé en travers au-dessus du pylore, l’introduction de l’acide produit son effet habituel, tandis que si le duodénum est séparé du pylore, l’acide n’a plus d’action. Mais celte dernière assertion est contredite par Wertheimer et Lepage, pour qui la sécrétion réllexe est encore possible non seulement après la section des vago-sympathiques et la suppression des ganglions cœliaques et mésentériques, mais même après la séparation du duodénum d’avec le pylore, c’est-à-dire après l isolement du pancréas de toutes ses connexions nerveuses. D’après ces auteurs, un arc réflexe complet peut donc être constitué par les filaments nerveux et les petits ganglions du pancréas et du duodénum. Sur un pancréas ainsi isolé, la pilocarjiine exerce aussi son action sécrétoire.

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

3. Réflexes. — Des réflexes vasculaires et sécrétoires peuvent être produits sur le pancréas par l’excitation de divers troncs nerveux sensibles. Ainsi l’excitation du bout central du lingual provoque la sécrétion, ou la renforce si elle existait déjà (Pawlow), et il s’agit bien là d’un réflexe sécrétoire, car l’excitation de tous les nerfs sensibles produit, d’une manière générale, la constriction des vaisseaux de la glande (Fr, Franck et Hallion). Toutefois l’irritation des nerfs sensibles amène plus facilement un réflexe inbibitoire ; c’est le cas pour l’excitation du bout central du vague qui, d’après Bernstein (et le fait est confirmé par Gottlieb), arrête la sécrétion ; cet arrêt est aussi provoqué par le voniissement. Comme cette irritation centripète du vagué détermine, d’après Fr. Franck et llalfion, une vaso-dilatation réflexe dans le pancréas, l’arrêt de la sécrétion, dans ces conditions, ne peut évidemment être rapportée à des troubles circulatoires.

C’est par des excitations locales de la muqueuse de l’estomac et du duodénum que tes réflexes sécrétoires peuvent être le plus facilement mis en jeu. On sait depuis longtemps que l’injection d’éther dans l’estomac amène un flux de suc jiancréatique, ayant des caractères cor-

innervation du pancréas

respondant au stade particulier de la digestion pendant lequel la sécrétion a été provoquée (Kühne). Mais récemment, on a trouvé que d’autres substances ont une action de même sorte. Parmi ces substances, les acides tiennent le premier rang, et ils produisent ta sécrétion avec une telle régularité et une telle abondance, comparativement aux autres agents, qu’on peut les considérer comme les véritables excitants spécifiques du pancréas (Pawlow). Ainsi lorsqu’on introduit par la sonde œsophagienne, dans l’estomac d’un chien porteur d’une fistule pancréatique, une solution d’un acide minéral ou organique (acide chlorhydrique, citrique, lactique, etc.), soit 200 ce. d’une solution d’HCl à o,o5 jusqu’à o,5 “/q, on voit, un instant après, la sécrétion apparaître et s’élever dans une forte mesure, de façon à fournir, par exemple, 8o cc. de suc en une heure. D’autres irritants, comme le poivre et la moutarde, n’ont point la même action (Schirokich). C’est par son passage dans le duodénum et par son contact avec la muqueuse de cet intestin, que l’acide pro4uit l’elTet sécrétoire; car si, par une fistule pylorique, on introduit comparativement la solution acide dans l’estomac ou le duodénum, on constate que, dans le premier cas, le pancréas reste au

SliCRÉTlON PANCRÉATIQUE

repos (Popielski), D’autre part, l’injeclion d’un liquide acide dans le rectum est sans effet.

Le suc pancréatique sécrété sous l’action des acides est riche en alcali ; car il s’agit là encore d’un réflexe d’adaptation, et de môme que les différentes catégories d’aliments provoquent la sécrétion d’un suc plus ou moins chargé en tel ou tel ferment, suivant la nature de la substance à digérer, de même, l’acide arrivant dans le duodénum incite le pancréas à déverser un suc capable d’en produire la neutralisation (car nous savons que la trypsine digère difficilement ou pas du tout les albuminoïdes en milieu acide). Il est évident, d’après cela, que l’arrivée du chyme stomacal acide dans le duodénum est la condi-

tion physiologique du réllexe sécrétoire. Pawlow fait remarquer, en outre, que les deux sécrétions, acide dans l’estomac, alcaline dans le duodénum, sont liées l’une à l’autre par des relations d’ordre chimique ; en effet, dans la digestion stomacale, par le départ du chlore du chlorure de sodium, le sang s’enrichit en alcali ; il est donc nécessaire, j)our que l’équilibre s’établisse, qu’une compensation ait lieu, c’est-à-dire que l’alcali en excès trouve une voie d’élimination ; or c’est ])rincipalement le suc pancréatique qui fournit la soude nécessaire pour saturer l’IICl du chyme stoma-

INNERVATION DU PANCREAS 139

cal, et ainsi se trouve régénéré le chlorure de sodium.

Outre les acides, les graisses sont aussi des e.vcitants très efficaces de la sécrétion pancréatique réflexe ; et, à un moindre degré, l’alcool (Dolinski). L’action de l’eau, de différents sels, de l’acide carbonique a été étudiée par Becker qui obtint les résultats suivants : L’eau distillée augmente déjà manifestement la sécrétion ; par contre, les sels alcalins la diminuent à la fois en quantité et en ferment protéolytique. Le chlorure de sodium à faible dose est indifférent ; à forte dose il agit comme les sels alcalins. L’eau chargée d’acide carbonique provoque une plus abondante sécrétion que l’eau distillée, sans abaisser la teneur en ferment protéolytique. L’auteur rapporte ce résultat à une plus rapide absorption de l’eau contenant CO-, car, d’une manière générale, meilleure est la résorption, plus marquée est la sécrétion.

Les excitations psychiques ne jouent qu’un rôle tout à fait secondaire pour la sécrétion pancréatique, contrairement à ce qui a lieu pour la sécrétion du suc gastrique, où le psychisme (appétit) est une condition des plus importantes. Kuwscbinski a bien observé cependant que le désir des aliments chez un chien à jeun, mis en

SKCRÉnON PANCRKATIQUÉ

])i'ésence de sa pâtée, amène parfois un flux très abondant de suc pancréatique. Mais Pawlow fait remarquer que ce résultat peut s’interpréter par l’arrivée dans le duodénum du suc stomacal, acide dont la sécrétion est provoquée par l’excitation psychique. Cependant il croit, lui aussi, à une stimulation de cette nature pour le pancréas, parce que la période latente de la sécrétion stomacale après un repas fictif (aliments s’échappant par une fistule œsophagienne) n’est jamais moindre que quatre minutes et demie, tandis que, pour le pancréas, elle n’est que de deux à trois minutes. Le sommeil n’exerce aucune influence marquée sur la sécrétion pancréatique, pas plus que sur la sécrétion stomacale (Pawlow).

Toutes ces expériences, de même que celles de Walther rapportées plus haut sur l’adaptation de la sécrétion, montrent donc qu’il existe pour le pancréas, comme pour d’autres glandes, notamment les glandes gastriques^ un appareil nerveux réflexe très délicat, et que les terminaisons des nerfs sensibles dans l’intestin possèdent une énergie spécifique qui leur permet de provofjuer des réactions variées suivant les diflérences des excitants.

Page 1