CHAPITRE PREMIER
LE TISSU DU PANCRÉAS
Le pancréas est une grosse glande annexée au duodénum dans la cavité duquel il déverse son produit de sécrétion par un conduit principal, le canal deWirsung, débouchant, chez l’homme, au même endroit que le canal cholédoque (dans l’ampoule de Vater), et un conduit accessoire ou canal de Santorini, débouchant un peu plus haut que le canal principal. C’est une glande en grappe : la division arborescente de ses canaux et sa lobulation serrée, aussi bien que sa couleur, donnent à son tissu une apparence macroscopique semblable à celle d’une glande salivaire (d’où le nom impropre de glande salivaire abdominale autrelois donné au pancréas), mais il s’en faut que sa structure et sa constitution chimique soient aussi simples que celles d’une glande salivaire.
STRUCTURE DU PANCREAS
1. Structure du pancréas. — Les dernières ramifications des canaux excréteurs aboutissent les uns, et pour le plus grand nombre, à des cavités sécrétantes {acini), les autres à des amas cellulaires pleins {îlots de Langerhans').
a) Acûms pancréatique. — Globuleux ou de forme tubuleuse, l’acinus est formé d’une paroi propre membraneuse, tapissée à l’intérieur par deux assises de cellules épithéliales : les cellules principales ou sécrétantes et tes cellules ceniro-acineuses.
Les cellules principales sont de gros éléments de forme prismatique ou pyramidale reposant par leur base sur la membrane propre. Leur protoplasma présente des différenciations très caractéristiques : on y reconnaît facilement, soit à l’état frais, soit après l’action des réactifs fixateurs, deux zones distinctes, l’une externe, l’autre interne. La zo7ie extei^ne ou hasale, d’as[)ect clair, très colorable par le carmin ou l’hérnatoxyline, présente une striation radiée due à des lignes très fines, légèrement vari- .queuses, commençant au bord externe de la cellule pour converger vers son autre pôle. La zone interne ou apicale, non colorable par les mômes teintures, est bourrée de granules réfringents, d’aspect graisseux, mais d’une tout autre
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nature que la graisse; depuis les travaux de Ileidenhain, on les considère comme des granulations de zymogène, c’est-à-dire d’une substance qui précède et engendre le ferment (proferment). Ges grains sont dissous par l’eau, les acides et alcalis dilués et par la plupart des fixants ordinaires (alcool notamment). Ils sont préservés, au contraire, par la fixation à l’acide osmique et au sublimé, et peuvent alors être colorés par les couleurs d’aniline, comme éosine, safranine, violet de gentiane. Le rapport de dimension des deux zones n’est pas fixe et dépend, comme nous le verrons plus loin, des phases de la sécrétion. Entre les deux zones, et un peu plus rapproché de la base, se trouve le noyau, volumineux, sphérique ou ovoïde, pourvu d’un gros nucléole central et de petits grains de nucléine ; chez quelques espèces, il existe, en outre, un noyau accessoire ou «Nebenkern » (Nussbaum), généralement en forme de calotte coillant la base du noyau. Entre les zones apicales des cellules sécrétantes, la lumière de l’acinus envoie de fins diverticules ne dépassant pas la couche des grains [canalicules intercellulaires de Langerhans).
Les cellules centro-acineuses, découvertes par Langerhans, ont un corps aplati ou fusiforme,
STRÜCTURIO nu PANCRÉAS
d’où se détachent de fines expansions s’insinuant enli'e les cellules principales. Elles constituent une deuxième assise bordant immédiatement la lumière de l’acinus. Toutefois, elles ne forment pas, comme les précédentes, une couche continue : elles manquent dans le fond du cul-de-sac; j)lus près du col de l’acinus, elles apparaissent éparses d’abord, puis en files continues, formant un tube qui se raccorde avec le dernier segment du canal excréteur. Aussi Langerhans considérait-il ces formations cellulaires comme dues à une expansion et à une invagination de l’épithélium des derniers canaux excréteurs dans la cavité de l’acinus. Pour lui, par conséquent, comme pour Saviotti et d’autres, les centro-acineuses sont de nature épithéliale. Laguesse, en s’appuyant surtout sur des faits d’histogénie, les regarde également comme des éléments épithéliaux de soutien, et ses observations laissent peu de crédit à l’opinion de quelques histologistes pour qui ces cellules seraient de nature conjonctive ou lymphoïde.
h) Amas cellulaires de Langerhans. — Ces amas ou îlots cellulaires, désignés du nom de l’auteurqui les découvrit, en i8G9,choz le laj)in, ont été depuis revus et décrits sous dilférents noms par plusieurs histologistes (notamment
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par Renaut en 1879, sous le nom de points folliculaire^. Ils sont formés de cordons cellulaires pleins, tortueux, anastomosés entre eux, de manière à constituer une masse lacunaire dans laquelle pénètrent des vaisseaux capillaires tortueux, très dilatés par endroits, et formant des anses contournées et glomérulées (Kuhne et Lea). Les canaux excréteurs y pén^rent, mais seulement jusqu’à une faible distance, et leur lumière disparaît bientôt. Ces îlots sont très nombreux : plus de i5o dans une coupe d’un centimètre carré (Laguesse). Sur ses bords, le tissu de niot se continue avec celui des cavités sécrétantes voisines (Renaut, Lesvaschew). La signification de ces îlots, tant au point de vue histologique qu’au point de vue physiologique, est encore très obscure. L’opinion ancienne qui les considérait comme complètement distincts du tissu glandulaire, comme des follicules clos, paraît perdre du terrain, et aujourd’hui, d’après les données de l’bistogénie, on les regarde plutôt comme partie intégrante de l’épithélium glandulaire. Mais pour ce qui concerne leur rôle, on ne peut faire que des hypothèses : une des plus intéressantes, à notre point de vue, est celle de Laguesse qui voit dans les amas cellulaires les agents essentiels de la sécrétion interne du
STRUCTURE DU PANCREAS
pancréas (îlots endocrines). Son opinion basée sur des considérations tirées du développement et sur les rapports qu’affectent les cellules de l’îlot avec les vaisseaux, est d’ailleurs à rapprocher des conceptions émises depuis longtemps par le professeur Renaut : pour cet histologiste, les « points folliculaires » sont, en effet, des formations épithéliales régulières, remaniées par la pénétration des vaisseaux qui, en ces points, ordonnent les éléments par rapport à eux, comme dans le foie.
c) Nerfs. — Les nerfs du pancréas, presque exclusivement formés de fibres de Remak, proviennent principalement du plexus solaire et pénètrent dans la glande en suivant les vaisseaux; ils forment autour des lobules un premier périlobulaire pourvu de nombreux
petits ganglions microscopiques, et leurs dernières ramifications s’intriquent autour de chaque cavité sécrétante en un plexus périacineux très délicat, d’où partent de fins ramuscules s’insinuant entre les bases des cellules pour s’y terminer en bouton, d’après Cajal et Sala. 11 existe aussi dans le pancréas quelques fibres à myéline qui, chez quelques animaux, comme le chat, aboutissent à des corpuscules de Pacini très nombreux.
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