SUC PANCRÉATIQUE
Magendie se procura quelques goutles de suc pancréalique chez le chien en aspirant le liquide direclemenl avec une pipette dans le canal de Wirsung. Plus tard, Leuretet Lassaigne en obtinrent une quantité assez considérable chez le cheval en fixant un tube dans le conduit et, à la méuie époque, Tiedemann et Gmelin réalisèrent la fistule du canal de Wirsung. C’est leur procédé que Cl. Bernard mit en œuvre dans ses cours (*).
1. Fistules pancréatiques. — U est très facile de fixer une canule dans le canal de Wirsung par une ligature, et de faire passer cette canule entre les lèvres de la plaie ahdo-
(') Reonier de Graaf paraît être le premier qui ait établi une fistule du canal de Wirsung; mais il est douteux qu’il ait obtenu du suc pancréatique.
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minale que l’on recoud ensuite, de manière que le suc se déverse au dehors dans une petite vessie de caoutchouc. Mais, au bout de quelques jours, la canule se détache et tombe, le canal pancréatique rétablit sacontinuité vers 1 intestin, et ta plaie abdominale se cicatrise complètement. La fistule n’est que temporaire. Ce n’est pas là son seul inconvénient. Quand on vient de pratiquer une fistule pancréatique, il arrive le plus souvent, même chez les animaux opérés en pleine digestion, que l’on n’obtienne pas une goutte de suc ou seulement une quantité insignifiante.
La sensibilité de la glande est si grande que le choc opératoire suffit pour inhiber complètement sa sécrétion. (C’est pour ce motif que Cl. Bernard recommandait de se servir, pour cette opération, du chien de berger qui est moins sensible aux traumatismes abdominaux). Au bout de quelques heures, lorsque les phénomènes inbibitoires se sont dissipés, la sécrétion s’établit, mais un autre désagrément ne tarde pas à apparaître : la glande s’enflamme et produit un suc tout dilférent du suc normal. La fistule temporaire ne peut donc servir à une étude systématique de la sécrétion pancréatique. Aussi a-t-on tenté, de bonne heure, de réaliser des fistules perma7ientes.
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Dans ce but, Ludwig et Weinmann firent adhérer le canal de Wirsung aux lèvres de la plaie abdominale ef, pour en empêcher l’oblitération, y introduisirent un fil de plomb qu’ils fixèrent à la suture de la plaie; quand l’adhérence était produite, on pouvait cathétériser le conduit à l’aide d’un tube. Mais cette opération mérite à peine le nom de fistule permanente ; car, au bout de très peu de temps (g jours au plus), la fistule se fermait, malgré le fil de plomb.
Les méthodes imaginées, à peu près à la même époque, par Pawlow (1879) et Ileidenhain (1880) donnent de meilleurs résultats.
Ileidenhain détacha complètement le segment du duodénum dans lequel s’ouvre le canal, et, après avoir rétabli la continuité de l’intestin en suturant le bout supérieur au bout inférieur, fixa le segment isolé dans la plaie abdominale.
La vi visée tion , préconisée par Pawlow, ressemble à la précédente, mais elle est plus simple et plus facile à réaliser. On se borne à exciser un petit fragment de la paroi duodénale renfermant l’orifice du canal pancréatique (chez le chien, cette opération n’entraîne aucun dommage pour le cholédoque, parce que ce dernier s’ouvre dans le duodénum un peu plus haut que le canal de
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Wirsung). La blessure de l’intestin est ensuite fermée par quelques points de suture, et le fragment excisé est fixé entre les lèvres de la plaie abdominale, avec sa muqueuse tournée en dehors. Au bout d’une quinzaine de jours, l’animal peut servir aux observations. Sur la ligne de cicatrice abdominale, on remarque une petite éminence de 6 à 7 millimètres de diamètre, formée par la muqueuse et, à son centre, un pertuis en forme de fente qui est l’orifice du canal pancréatique. On recueille le suc qui s’en écoule au moyen d’un entonnoir dont on maintient l’ouverture en coaptation avec la paroi du ventre. Certaines précautions doivent être prises pour que les animaux porteurs de cette fistule demeurent en bon état de santé. Le suc pancréatique qui coule de la fistule sur les parois du ventre, irrite la peau, l’excorie : on évite cet inconvénient par des soins de propreté, mais surtout en faisant coucher l'animal sur des substances absorbantes: par exemple, sur un lit de sable. En outre, si l’animal continue à recevoir la nourriture ordinaire, au bout de trois ou quatre semaines, on le voit tout à coup s’alfaiblir et mourir avec des symptômes convulsifs. D’après Pawlovv, ces accidents ne sont pas dus à l’inanition, ni aux troubles digestifs, mais bien à la
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perte de quelque substance contenue dans le suc pancréatique et nécessaire à I’ei>tretien régulier des processus vitaux. Or, l’expérience prouva ciue ces accidents sont évités si l’on exclut complètement la viande du régime alimentaire, pour ne donner que du pain et du lait, et si, d’autre part, on ajoute à la nourriture une petite proportion de soude.
La perte du suc pancréatique pour l’animal est le point faible de ces différentes méthodes, et la technique idéale serait celle qui réaliserait une fistule permanente permettant de laisser couler le suc vers l’intestin dans l’intervalle des observations. C’est ce qui a été tenté par Foderà : il réussit à maintenir un tube métallique en T dans le canal de Wirsung, de telle sorte que l’on pouvait à volonté, soit recueillir le suc au dehors, soit le dériver dans l’intestin en fermant l’extrémité extérieure du tube. Mais, comme l’a fait remarquer Pawlow, cette méthode présente encore un inconvénient majeur; car on n’a aucune garantie que pendant que le suc coule à l’extérieur, il n’en passe point du tout dans l’intestin.
Chez l’homme, on a eu l’occasion d’observer quelques cas pathologiques de fistules abdominales donnant issue à un li(|uide qui présentait les propriétés digestives du suc pancréatique.