‹ Physiologie pathologique de l'ictèreChapitre 3 sur 12 · I.aborde · texte numérisé non relu

I.aborde

3° D’un autre côté, !es observations pathologiques viennent appuyer cette conclusion. 11 résulte des faits rapportés par Abernetty, Wilson, Lawrence, Broc, Frerichs, H. Gintrac (1), etc., que l’oblitération pathologique de la veine porte ou les anomalies qui la font dévier de son trajet habituel dans le foie, n’ont pas empêché la production de la sécrétion biliaire. Frerichs, en particulier, n’a trouvé, en ce cas, dans le sang que de la leuçine et pas de traces de pigment biliaire.

Enfin, dans les maladies qui attaquent directement les éléments anatomiques de la glande et entraînent leur destruction plus ou moins complète , l’ictère n’existe pas, et, s’il y a quelques légères exceptions à cette règle, comme dans la cyrrhose, par exemple, nous verrons qu elles trouvent une explication trèssimple.

11 n’est pas indifférent de noter qüe ce sont particulièrement les matières colorantes de la bile, les acides des cholates et choléates de la soude (acides

(1) Sur l’Oblitération (le la veine porte: Bordeaux, 1856. Voyez aussi les excellentes remarques de M. Gubler dans son Mémoire sur une nouvelle affection du foie liée à la syphilis héréditaire chez les enfants (Mém. de la Soc. de fciol., 1852, p. 32) : « L’absence de coloration ictérique, dit-il, prouve, d’une manière irréfragable, que le sang ne renferme pas originellement les matériaux de la bile; car le foie étant alors tout entier dans les conditions de cette portion frappée d’une sorte d’apoplexie libro-plastique que nous n’avons pu injecter (obs. 2), c’est-à-dire se trouvant dans sa totalité à peu près imperméable au sang, il est impossible d’admettre que cette glande puisse séparer du fluide sanguin toute la bile que celui-ci serait supposé contenir.... Le foie est donc l’organe formateur, et non pas seulement séparateur et sécréteur de la bile, etc. »

cholique et choléique) qui paraissent se former clans le foie lui-même, tandis que les matières grasses, notamment la cholestérine et les sels de la bile existent préalablement dans le sang*.

Quoi qu’il en soit, la conclusion essentielle qui doit être retenue pour nous, c’est que la bile, dans ses éléments essentiels est formée dans et par le foie, et qu’elle ne préexiste pas, en conséquence, dans le sang*(l). D’ailleurs, les éléments anatomiques de la g'iande qui paraissent présider à cette formation sont les cellules des acini dispersées le long’ des canaux hépatiques, et plus particulièrement dans les éléments glandulaires cle la périphérie de l’org-ane ; il en résulte que ce n’est point la masse principale de cet org-ane qui préside à la sécrétion biliaire , et que d’un autre côté cette portion peut devenir malade, indépendamment de celle qui constitue l’org-ane g*lycog’ène; ce dernier serait formé par les acini, dépourvus de conduits excréteurs (Cl. Bernard, Ch. Robin).

Nous ne ferons que mentionner ici une autre part fonctionnelle, attribuée au foie par Reichert (2), E.-H. Weber (3), Kolliker (4), relativement à la création

(t) A l’appui de cette vérité désormais incontestable, nous pouvons encore invoquer une autorité pour nous d’un grand poids, celle de M. Vulpian : « Sans doute, dit-il, l’urée existe dans le sang, et les reins ne font, en quelque sorte, que la filtrer. Mais pourrait-on appliquer cette règle au foie? Non assurément; il y a dans la bile une matière colorante et des acides biliaires qui, certainement, ne se retrouvent pas en nature, dans le sang. » Cours de physiologie comparée, in Revue des cours scientifiques , 1865-1866, p. 719.

(2) Entwickelungsleben im Wirfeithierreiche, p. 22.

(3) Bericlite der Konigl, etc..., Leipzig, 1830, p. 1830, p. 15 à 20.

(4) Henl’s und Pfeufer’s Zeitschrift, t. 4, p. 14.

des éléments microscopiques du sang* (globules) et à leur développement; les observations de ces auteurs ont été faites sur des embryons et sur des grenouilles à l’état d’hibernation. Bien que non définitivement admis, les résultats de ces expériences paraissent trouver une confirmation dans les différences que les analyses de Lehmann ont montrées entre le sang de la veine porte et celui des veines hépatiques, de même que dans les modifications qu’éprouve la totalité du sang* chez les animaux, auxquels Moleschott a enlevé le foie (voyez plus haut).

Les relations qu’on a cherché à établir entre certains éléments du sang et de la bile donnent quelque intérêt à ces recherches, et c’est pourquoi nous avons du les rappeler.

Mais, si la réalité de la formation des éléments essentiels de la hile par le foie est hors de toute contestation , que de particularités de l’histoire physiologique de cette sécrétion restent obscures et ignorées ! Que savons-nous, par exemple, de l’influence du système nerveux sur cette fonction ? Quelle part respective y prennent le pneumogastrique et le grand sympathique? Existe-t-il pour cette sécrétion, comme pour la fonction glycogénique, dans les centres nerveux, des points plus ou moins limités (plancher du quatrième ventricule) dont l’influence s’exerce directement sur elle? L’analogie porte à le croire, mais la démonstration se fait attendre, et tout est à découvrir à ce sujet.

Aussi ce desideratum , cette lacune dans les données physiologiques se font-ils vivement sentir dans la solution du problème pathogénique, ainsi que nous

aurons à nous en convaincre à chaque pas de celle étude.

Les org’anes qui constituent l’appareil d 'excrétion de la bile, et qui doivent jouer un rôle important dans l’examen des conditions pathog’éniques de l’ictère, ne présentent à noter, à ce point de vue, d’autre particularité que celle-ci , c’est que la vésicule et les conduits biliaires renferment dans leur structure des éléments contractiles, et que leurs contractions ont été observées et constatées directement sur les animaux vivants par M. H. Meyer et par Brücke (1).

Mais il importe de bien remarquer que seuls les conduits cholédoque et cystique sont doués de cette propriété, et qu’elle ne peut être invoquée en faveur des canalicules intra-hépatiques. C’est donc de la continuité de la sécrétion, et, comme on le dit, de la vis à tergo, que dépend principalement la progression de la bile. Toutefois il faut tenir compte aussij, dans ces circonstances, de l’influence que les mouvements respiratoires et les modifications de la pression sangnine exercent sur le cours de la bile sécrétée, influence déjà entrevue par Boerhaave (2), et qui a été surtout bien appréciée depuis par Bidder et Schmidt f3) dans leurs nombreuses expériences.

Aussi, selon la remarque de Frerichs, le mécanisme de l’excrétion biliaire serait plus compliqué qu’on ne le suppose généralement , et cet auteur est

(1) Vide Béclard, Traité de physiologie, 5e édit., p.S34.

(2) Prælect. acad. ed. Haller. Gottingœ, 1740, t. III, p. 18G. « Bilis vix movetur nisi aliunde urgeatur, neque proditur nisi respirationis efficacia. »

(3) Die Verdawüngssafteundier Stoffwechsel , Mittau, p. 210.

porté à accorder à l’influence de certains troubles survenus dans le courantsang'uin, et par suite aux modifications dépréssion sur les conduits biliaires, d’une part, et sur le contenu des cellules hépatiques, de l’autre, une importance pathogrnique que nous aurons bientôt à apprécier (1).

Il nous reste, pour compléter ces préliminaires indispensables, à cl ire un mot de la composition de la bile, considérée surtout au point de vue spécial qui doit nous occuper.

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