‹ Physiologie pathologique de l'ictèreChapitre 4 sur 12 · COMPOSITION CHIMIQUE DE LA BILE · texte numérisé non relu

COMPOSITION CHIMIQUE DE LA BILE

Réactifs propres à décêler sa présence dans l'urine.

Nous n’avons pas à entrer ici dans les détails des analyses plus ou moins concordantes du liquide biliaire qui ont été donnés depuis Berzélius ; une simple énumération de ses éléments principaux et particulièrement des principes colorants et des acides qui jouent un si grand rôle dans les théories pathog’éniques de l’ictère, suffira à notre but, mais cette énumération est nécessaire. Nous nous conformerons surtout aux résultats de Lehmann, Strecker, Slâdler et Maly, Gorup-Bezanès et Ch. Bobin.

A part l’eau, les sels et la plupart des liquides organiques qu’elle renferme, la bile de l’homme peut être considérée comme essentiellement constituée par deux acides organiques azotés (acide choliqueet acide choléique), unis à la soude et à la potasse (cholates et choléates).

(1) Loc. citât, p. 81.

L’action de ces acides sur certains élémen ts du sang’, action que nous aurons a apprécier plus tard, leur donne une importance réelle dans la question que nous avons à traiter.

La bile contient en outre des principes colorants dont les variétés chimiques ont été singulièrement multipliées dans ces derniers temps. Il nous suffira de mentionner les trois principales matières colorantes, qui sont : 1° une brune, la cholépyrrhine ; 2° une verte, la biliverdine; 3° une jaune, la bilifulvine. Ces principes colorants sont dissous dans la bile à la faveur du choléate de soude ; isolés ils sont insolubles dans l’eau. Ce ne sont pas les seuls qui aient été obtenus par dérivation; nous pourrions y ajouter, d’après Stadler et autres, la bilirubrine , la biliprasine , la bihfuscine , etc. Mais ces variétés chimiques n’ont pour nous qu’une importance secondaire, et il nous suffit de savoir que c’est dans ces principes que résident les propriétés tinctoriales de la bile.

Nous devons ajouter, toutefois, que ces matières colorantes paraissent avoir une grande analogie avec les matières colorantes du sang’, surtout avec l’hématoïdine ou hémato-cristalline, à tel point que des auteurs autorisés font de cette dernière un synonyme de la bilifulvine et de la cholépyrrhine (Stadler). Ce n’est pas que tout soit dit sur ces analogies à propos desquelles bien des divergences existent encore; mais le fait en lui-même mérite une d’autant plus sérieuse attention, au point de vue qui nous occupe, qu’il constitue le point de départ de certaines théories qui demanderont un examen plus approfondi.

Parmi les autres substances qui entrent dans la

composition de la bile, nous devons particulièrement citer, bien qu’étant préformée dans le sang*, la cholestérine, en raison du rôle que quelques auteurs, A. Flint surtout, lui font jouer dans la palhogénie de l’ictère qui dépend des modifications de certains éléments du sang’ icholestérémie). On sait également que la cholestérine est le principe essentiel de la formation des calculs biliaires.

Nous avons déjà dit que les acides biliaires avaient été trouvés dans le sang* par Lehmann, et qu’ils paraîtraient exercer sur la globuline une action altérante (Kühne), à laquelle on a fait jouer, dans ces derniers temps, un grand rôle dans la pathogénie de l’ictère.

Rappelons enfin que Frericlis dit avoir trouvé, dans des cas que nous aurons à spécifier, une augmentation dans les quantités de leucine et de tyrosine dans le sang : mais comme on ne connaît pas le chiffre de ces substances à l’état normal, il est difficile de tirer une conclusion définitive des observations de Frerichs; aussi ce sujet est-il loin d’être élucidé.

Nous n’avons pas à nous étendre ici sur les usages de la bile, dont tous les traités de physiologie font une étude suffisante; qu’il nous suffise de rappeler, ce qui nous intéresse, qu’elle colore en brun, par une modification de ses principes verts, les matières fécales ; qu’elle n’a point l’action émulsionnante sur les matières grasses qu’on lui a longtemps attribuée, et que c’est surtout par son mélange avec le suc pancréatique qu’efie acquiert les propriétés digestives efficaces; enfin, qu’elle paraît posséder une propriété antiputride très-marquée, ainsique M. Hoffmann l’a fait observer un des premiers. Il en résulte qu’elle s’op-

pose à la putréfaction des matières qui cheminent dans l’intérieur de l’intestin, et l’on remarque en effet que cette putréfaction se'produit lorsque la bile cesse de couler dans le tube intestinal : c’est ce que démontrent péremptoirement les expériences de MM. Bidder et Schmidt, sur les animaux à fistule biliaire et nourris de substances animales.

Enfin, il n’est pas indifférent de noter que, lorsque, par une cause quelconque, la bile redue dans l'estomac, elle entrave l’action digestive de cet organe et y provoque des mouvements antipéristaltiques qui amènent le vomissement (Cl. Bernard).

L’importance de la recherche des éléments de la bile dans les émonctoires , particulièrement dans l’urine, nous imposerait la nécessité de décrire les divers procédés en usage pour cette recherche, si nous ne devions les supposer parfaitement connus et nous borner dans cette étude déjà très-longue. Qu’il nous soit permis de renvoyer aux traités sur la matière, nous contentant d’une simple énumération de ceux de ces procédés que nous avons plus particulièrement en vue dans ce travail.

1° Parmi les moyens de découvrir la matière colorante biliaire , à part l’acide nitrique qui est le moyen classique, nous citerons : le réactif de Heller, l’emploi des phosphates pour déceler le pigment biliaire, la réaction au moyen de l’acétate de plomb; enfin, l'examen microscopique du dépôt urinaire, qui montre les cellules épithéliales du rein colorées en jaune vif, etc., etc.

2° Pour les acides biliaires , le réactif de Peltenkofer qui a joui dans ces derniers temps d’un grand crédit.

mais qui, suivant quelques auteurs, n’aurait pas l’iniaillibilité qui lui a été attribuée ; le procédé de Hoppe, qui est une modification du précédent, paraît être préférable : nous renvoyons pour la description détaillée de ces divers procédés et réactifs, soit aux traités de chimie organique appliquée, par exemple au livre récemment traduit de S. Baele (page 251), soit aux Archives de Virchow (1).

Mais, nous ne pouvons [abandonner ce sujet sans dire un mot des difficultés que l’on peut rencontrer, dans certains cas, pour la détermination exacte des éléments appartenant en réalité à la bile dans l'urine ou de ceux qui constituent une pseudo-coloration. M. Gubler s’est surtout appliqué à établir les moyens propres à éviter cette erreur et ainsi la confusion de l’ictère vrai avec l’ictère d’origine hématique. Nous aurons à revenir sur ce point, que nous ne faisons ici que signaler.

Nous avons maintenant à déterminer la signification terminologique et clinique du mot ictère.

Page 1