‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 109 sur 151 · J. HÉBICOURT · texte numérisé non relu

J. HÉBICOURT

déplacenientf qui lui eûl été absolument inipoâsîble trois semaines auparavantj au moment où son étal était môme assez alarmant pour faire regarder comme possible une terminaison fatale à brève échéance.

Observation XVII (D^ Tachard, de Colombes).

M^'* C.jâgéede 17 ansi est vue pour la première fois par M. Tachard dans le courant du mois d^aoùt 189L A ce moment, elle présente une inUltralion taberculeuse g-enéraltsée dti poumon gauche, avec foyer de ramolliiisement au sommet. Le soinniet du poumon droit paraît légèrement atteJuL Toux fréquente, expectoration abondante» purulente ; fièvre quotidienne, appétit absolument nul.

Le mal est, depuis un mois, soumis à divers traitements sans le moindre résultai.

Après quelques injections de sérum, on observe que la fièvre a cessé, que la toux et Texpectoration ont diminué dans une proportion surprenante (M. Tachard écrit qu'il n'y a plus de toux), et que Tinilammation péri -tubercule use aldiaparu. L'appétit est complètement revenu, et « le résultat» dit M. Tachard, est parfait ».

OSSERVATÏOÎ^ XVÎIl

(Prise par M. de Laborie dans le service de M. Dieulafoy).

H s'agit dans cette observation du malade dont il a été question plus haut ip, 35î>) à cause de la nature ^spéciale du sérum qui lui a étéiujecté. Quand le traitement fut commencé, il présentait, sous la clavicule droite et dans la fosse sous-épineuse, de la submatité, avec respiration soufllaiite et râles sous-crépitants. Tous les soirs, 39°, sueurs nocturnes, vomissements fréquents, expectoration abondante^ oummulaire; poids : 57 kilos.

Du 27 mars au 20 m|ii 180i ^ on lui fait régulièrement chaque jour uae injection d'environ ^/2 ce* de sérum provenant de chiens qui avaient été préalable ment inoculés avec de la hacillose aviaire.

Dés les premières injections^ la lièvre disparaît, l'appétit revient, les sueurs nocturnes cessent, et le malade accuse une sensation de vigueur dont il était depuis longtemps déshabitué. Le t^ mai, son poids est de 60 kilos, il n'a plus d'expectoration, et la toux est rare. Au sommet droit, on constate seulement une respiration un peu souftîante et de la submatité.

Cet homme sort alors de l'hôpital . et reprend son travail d'ouvrier chez un fabricant d'instruments de chirurgie, 11 ne Ta plus dès lors interrompu, et nous le voyons encore de temps en temps dans notre laboratoire, oh iï vient nous réclamer du sérum, quand il sent que ses forces baissent un peu.

]J a toutes tes apparences de k santé, et fait régulièrement ses onze

heures de travail paijourdansun milieu ilétt?stable, respirant constam*

ment nne atmosphère chargée de poussières métaliques* Le 15 mar^

M892p son poids est de 60>^\50(}, et on ne constate au sommet droit que

les signes d'une ancienne caverne, complètement séchée.

Le i*"" octobre 1894, l'état général et l'ëtat local sont entièrement satbfaisant.^, et le poids est de 51 kiïos*

Obssbvation XIX (D' Coriveand, de Blaye) Anémie grtwe et rebelk suite de couches, — Guérison rapide et persistante.

Une dame \,.., grande, brune et un peu maigre, quoique assez bien portante à l'ordinaire, fut prise, pendant Tannée 1892, à la suite d'utie fausse couche, d'une anémie intense et rebelle pendant plusieurs moià à tous les traitements diriges contre cette alTectioii. Je lui lis prendre en vain les préparations arsenicales, mfirtiales ou phosfïborées les plus variées, rien ii\v fit, et, bien que se trouvant dans les meilleures conditions d'iiygiène, la pâleur, Tinappétence et Ja faiblesse générale allaient en s'accentuatit, Je dois ajouter que ma cliente était ijn outre atteinte, comme conséquence de sa fausse couche, d'une métrite du col avec leucorrhée abondante et qu'un traitement approprié était, bien entendu, diri^^é contre cette inllammation éminemment débilitante*

Enfin, à bout de ressources, je songeai aux injections hypodermiques d'hémocjne, que j'avais déjà employées et qui m'avaient rendu de signalés servict^s .

Je lis donc à M°>* X,.., pendant les mois de novembre et de décembre, dou^e injections de ce sérum. Les premières furent pratiquées quotidiennement et, à partir de la quatrième ou de la cijiquième, je les espaçai d*un, puis de deux et trois jours. J'achevai la cure par quelques injections d'une solution d'arséniate de strychnine; celles-ci, comme les autres, pouissées dans la région post-lrochantérienne.

L'effet de ce traitement fut positivement merveiiîeux : dans Tespaee d'un mois et demi, ma cliente reprit son appétit, ses couleurs et un léger embonpoint, tandis que ses forces, cela va sans dire, suivirent le même mouvement aseendanL Lorsque, après un voyage qu'elle fit, je la revis à la Un de janvier, M™° X... était réellement méconnaissable et m'affirma que jamais de sa vie elle ne s'était aussi bien portée.

Malheureusement pour elle, une grossesse malencontreuse, interrompue à son quatrième mois par un nouvel avortement, vint porter une sérieuse atteinte à sa santé. Mais la déchéance fut loin d'être aussi grave que pendant l'année 1892. et actuellement, grâce à quelques amers aidés d'un peu d'arsenic, ïa santé se maintient dans une tonalité moyenne.

L HÉniCOURT.

Observation XX (D*^ Coriveaud, de Blaje).

Bronchite chronique avec ponsuées congcstives â la base du poumon droite — • Ètitt chronique f déchéance de ioutea les foncitom, amnigrisscmenif periÊ^i deti forcei^, — Injeciiom d'hémocyne et de gaiacol, pomtes de feu, ^- Gui'iison rapide et persistante*

11 s'agit ici d'une dame, Agée Je 35 à 36 ans> de tempérament lympliaïique, sujette à de!> hrorichites tenaces et qui cependant a pu avoir trois enfants sans en éprouver trop de fatigue. Elle me Ot appeler, au mois de novembre 1S92, pour Tune des bronchites dont j'avais déjà soigné plusieurs récidive^f mais certainement plus grave que les précédentes : outre un état fébrile permanent, la malade toussait beaucoup et souffrait dans le c6te droit d'une gêne persi:* tante; elle avait là, disait-elle, comme un poids qui Toppressait. La percussion et rauscultatiou eipliquaienl suffii*aitimeiit ces souffrances, en permetLant de constater à la base du poumon droit un bloc d'hépatisation chronique mat sous le doigt et sou filant k Toreille.

Cet êlot de utaïadie remontait au moins à trois semaines lorsque je fus appelé, car cette dame n'haliite pas Blaye. Mon pronostic fut sévère: aussi instituai -je iminédiatement un traitement énergique au moyen de vésicatoires et de potions fortement kermétisées et opiacées; je prescrivis, en outre, un repos absolu au lit ou à la chambre. Au bout de quelques jourSj la période aiguë était conjurée; je me trouvai en face d'un état moins fatigant pour la malade^ qui ne toussait presque plus et souifrait beaucoup moins, mais très alarmant pour le niédecin* La pâleur du visage, la faiblesse et Tinappétence disaient assez que» bien qu'enrayé, le mal subsistait encore; et de fait, ia percussion donnait un son encore très mat, et Lauscultjition un soufïle rude depuis l'an^^le de rnmoplate jusqu'à la base du poumon droit. Tout autour de ce foyer s'entendaient des râles sibilants et muqueux. C'est alors que je songeai, ayant de l'hémocyne a rna disposition, à Tinjecter à cette seconde malade.

Je fis, soit à la région post-trochantérienne, soit à Tabdomen, quatorze injections, d'abord quotidiennes, puis espacées d'un jour, le jour intercalaire étant consacré h une injection d'buile au gaïacol dont je praliquni une demi-douzaine. Là encore, le résultat heureui fut rapide, éclatant, et j'ajoute définiliL

En effet, cette dame, qui jusqu'à cette époque avait toujours été un peu cluHive, apris^ depuis ta fin de Fannée dernière, un embonpoint de bon aloj. Itien que menant une vie très active et méiue, fati liante (elle donne des le<;ons de français et de piano), elle a pu passer toute la fin de rkiveret Tannée présente :\ peu près entière sans un jour de maladie. Tai revu dernièremeut cette dame, qui se porte à merveille»

LE SIiRLM DU CIJIEN,

Observation XXI (D^ Coriveaud, de Blaye),

ChloroBis tnitralis. — État grave, veriiges^ lipothymies, ct€, — Injcctiom (Thèmocyne. GtiérUon depuis dic-huit mois^

Ce cas est très intéressant et surtout très démonstratif. La malade dont il s'agit, ;lgée de 3Sf ans^ est atteinte d'un rétrécissement ruitral très probablement congénital, reconnu par notre confrt^re et ami le D^ R.-Saint-Plii lippe, et qui, à la suite de fatigues extrêmes (grossesses répétées, fausses couciies, allaitement prolongé), en était arrivée à un état de faiblesse très alarmant. La marclie presque iiiiposaible et la station verticale provoquaient chez cette dame un état de vertige souvent suivi de lipothymies des plus inquiétantes; en outre, ralimentationp déjà insuffisante â ^ordinaire, avait été peu h peu réduite k des proportions invraisemblables : un œuf et quelques bouchées de pain pour toute une Journée!... Mais ne croyant ni à la médecine ni à ses drogues (suivant son expression) el ne voulant pas s'*i vouer vaincue par un mal qu'elle considérait comme son tempérament aimplement affaibli, M°^' X.,. tenait bon et menait, malgré ses malaises, la vie occupée d*une femme du monde.

Elle éludait spécialement ou suivait h peine les quelques conseils que je tâchais de lui glisser adroitement, beaucoup plus comme ami de la famille que comuie médecin. Cependant, au mois de mai JS92, elle eut une lipothymie si prolongée et si grave que force lui fut bien de s'arrêter et d'accepter mes soins. A ce moment, j*ose le dire, M""* X... était absolument exsangue, il n'y a pas d'autre mot pour peindre son aspect. La situation était si grave et nous parut môme si désespérée» que le D' Abadie (de Bourg) et moi, rensei^més sur l'insuccès absolu des quelques préparations ferrugineuses ou arsenicales déjà prescrites, pensâmes très sérieusement à proposer à la famille de pratiijuer une transfusion de sang.

C*est à ce moment et dans ces conditions déplorables que je souf^eai à l'hémocyne.

Sans me faire aucune illusion sur la gravité de la grosse partie que j'allais jouer et fort de ma conscience, à la lumière de laquelle j'avais eiaraîné les chances bonnes et mauvaises de cette hardiesse thérapeutique (c'en était une à ce moment), je commençai mes injections dans la première quinzaine de mai 1802,

Beaucoup plus courageuse que je iie Faarais cru, la pauvre malade accepta très bravi^ment et supporta même gaiement le petit supplice que je lui infligeai d'abord quotidiennement. Il est vrai que dès les premières injections, j'obtins un etlel sur lequel je ne comptais guère. De prostrée et comme engourdie qu'elle était. M™** X*», se sentit à la suite de la troisième piqûre comme ragaillardie; elle était, disait-elle, éner-

L HÉRIGOURT.

¥ée, voulant dire par ïà surexcitée, ayant emîe de changer de place, de parler, etc. Le médecin supporta philosophiquement les premières rebuffades de cet état nouveau ^ et qn*in petto il considérait corume très heureux. Songez donc! c'était la vie quasi éteinte qui se ranimait, que ranimaitmon précieux sérum. Que m'importaient alors tes plaintes ou les moqueries.., oh! très amicalesp dont on me lardait de temps en temps? Mais... à vouloir trop bien faire» parfois on trébuche, et le mieux, comme on sait, est souvent l'ennemi du bien. Déjà à cette excitation première avait succédé une sensation d*i réelle vigueur : M"»* X... allait, venait dans sa maison et, sjmplônre des plus rassurant?, Tappélit, l'appétit disparu tout à fait depuis des mois, se réveillait, et restomac, qui ne pouvait naguère digérer une tasse de lait^ peptonisait maintenant quelques grammes de viande. Enhardi par mon commencement de succès, je commis l'imprudence de continuer journellement mes injections d*hémocyne* L'effet outrepassa ce que j^avais prévu. D'anciennes hémorroïdes, suites des précédentes grossesses» se congestionuêrentp et voilà notre malade avec un bourrelel d'abord très douloureux, puis qui s'entlamme» puis qui, ayant déterminé quelque éraiilure de la muqueuse anale, ouvre îa porte à une colonie de streptocoques, laquelle, tranquil* lement installée dans un terrain des mieux préparés, fomente dans la fosse ischio-rectale un abcès qui vient pointer à la marge de Tanus. L'abcès, ouvert et drainé avec l'aide de mon habile confrère le D' Abadie, guérit en très peu de jours; mais je n'ai pas besoin de m'appesantir sur les difficultés de tout genre que nous suscita cet épisode inattendu* Je note cependant, et ceci est très important, que malgré d'atroces Bouffrances, malgré plusieurs nuits d'insomnie et le découragement de la malade, cette phase cruelle fut traversée sans que slnterromplt sérieusement le mouvement ascensionne! déterminé par mon înlervention.

Dès le lendemain de Touverture de Tabcès, toutes douleurs calmées, M"* X... reprit sa gaieté et son appétit, et peu à peu, de jour en jour^ les injections d*hémocyne, reprises à intervalles plus éloignés» les forces s'accrurent» les couleurs revinrent un peu aui joues, le sang régénéré teinta de nouveau le réseau capillaire des lèvres, des gencives et desconjonclives» autrefois d'un blanc à peine rosé, et lorsque au mois de juillet M"»* X... alla^ sur mon conseil, revoir M. ïe D'" R.-Saint-Phihppe, celui-ci ne put que la féliciter sur ce changement aussi heureux qu'inatlendu.

Une cure d*altitude à C au te rets, désirée par la malade et agréée par nous, affermit la guérison, et df^puis cette époque, c*esl*à-dire depuis dix-huit mois, M"»* X.*,, absolument transformée, engraissée, colorée, n'a pas cessé un seul instant de jouir d*une santé parfaite.,., aussi parfaite bien entendu que le comporte sa lésion mitrale ; mais, renseignée par nous, notre malade se garde maintenant des im|>rudences auxquelles naguère elle s^exposait*.

, 1 . Je n*û pas besoin d'ajouter que, pendant cette cure, nucun médicament autre que l'hémocjne ne fat administré.

Comme on vient de le voir par ces quelques obsorvalions, que nous avons choisies parmi les plus frappantes, l'action du sérum, si elle a été insuffisante pour arrêter la marche delà Inbercwlose chez la plupart des phtisiques du 5° et du 3*' flegré, a été cependant sutfisante pour produire l'apparente guëriaon de tuberculoses moins avancées ou moins graves, chez dos malades qui ne tiraient aucun profit des médications habituelles, an moment où ils ont été entrepris.

Elle s'est aussi montrée suffisante, cette action thérapeutique, pour amener, dans des états d anémie simple ou symptomatique dautres états infectieux ou organiques graves, un rétablissement rapide et définitif que nulle médication reconstituante n'avait pu procurer* De celte nature sont les résultats surprenants que M, le professeur Fouroier, M. Feu lard, M. Leroux ont observés chez des lupiques et chez des syphilitiques de rhôpital Saînt-Louis, en état de cachexie telle que la médication antisyphilitique restait sans effet; mais après quelques injections de sérum, celle-ci, nag;uëre impuissante, produisait alors son effet curatîf habituel. Plusieurs de nos confrères et nous-même, dans des cas de cachexie suite de tuberculose osseuse chronique, dans des cas d'anémie rebelle aux traitements classiques, dans des cas de neurasthénie faisant l'égal désespoir des malades et des médecins, avons constaté une amélioration, voire même une guérison complète, rapide^ sur laquelle personne n'aurait osé compter. A ce point de vue, les observations si bien narrées par notre excellent confrère et ami le docteur Coriveaud, sont tout à fait remarquables*

Rappelons enfin les observations tout à fait inattendues de M, le professeur Pinard\ qui a réussi à diminuer dans une proportion considérable la mortalité des nouveau-nés de femmes tuberculeuses en ajoutant les injections de sérum aux

I, Ces observations sont rapportées en dëtaiJ dans la Uiàs« de M. DeUagle, Paris, i89h

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