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RECHERCHES SUR LA DIGESTION

CHEZ UN CHIEN SANS ESTOMAC Par MM. J. Garvallo et V. Pachon.

Nous avons été assez heureux pour répéter avec succès Texpérience do Czernt ci réussir à conserver un chien auquel nous avons fait Tablation aussi totale que possible de Testomac, le 22 juin 1893. Nous rapporterons d'abord l'observation résumée de cet animal qui est particulièrement intéressante au point de vue de la nature de Talimentation que nous avons dû successivement lui donner. A ce point de vue l'histoire de notre chien peut se diviser en trois périodes :

Première période (22 juin-10 juillet). Alimentation liquide. — Le chien fut laissé à jeun les trois premiers jours. Dès le quatrième jour, nous lui fîmes prendre du lait. Le lait fut continué pendant les vingt premiers jours, à la dose quotidienne de 1 litre et demi, que nous donnâmes d'abord, par précaution, bouilli, pendant la première semaine, puis cru. Il nous a élé ainsi donné de constater que, chez l'animal privé d'estomac, la digestion du lait, ainsi que son absorption, était

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l. CARVALLO ET Y, PACHON,

très imparfaite ; les fèces étaient en grande partie diarrhéîqnos, et Ton y retrouvait des grumeaux de caséine, d'une

façon conslanle.

Toute alimenlation solide était alors impossible. Quelques miettes de pain avalées par l'animal étaient à peine tolérées deux ou Ivùh minutes et suffisaient à provoquer un vomissement. Le lait lui-même, du reste, pour être toléré, devait être bu par le chien à petites gorgées, se succédant à des demiheures, des heures d'intervalle: si la quantité prise en une fois dépassait (>0 à 80 grammes, le vomissement ne tardait pas à se produire. Aussi, à ce moment^là, ne se passail-il pas de jour sans que l'animal dut maintes fois rejeter la nourriture qu'il venait de prendre.

Deuxif'mepérkjde[[i) juillei-iQ noiil). Alimenifition pâteuse, — Il fallait d(>s lors obvier à ce double inconvénient d'une nourriture solide impossible, el d'une nourriture lactée exclusive, imparfaitement digérée. Dans ce but, on donna à Tanîmal, du 10 juillet au 10 août, la bouillie banale des nourrissons (100 l\ 150 grammes de farine de blé délayée el cuite dans du lait)* Cette nouvelle nourriture l'ut mieux tolérée ; les fèces toutefois étaient encore en partie diarrhéiques et le poids du chien qui, de 10 kilogrammes, son poids initiaK était descendu a S^^'^BOO le 10 juillet, n'était remonté qu'à 9 kilogrammes le 10 août.

Pendant toute cette période, comme pendant la précédente-, un phénomène assez remarquable était l'impression de lassitude, de fatigue, d'abattement même ressentie par l'animal, pendant le premier moment qui suivait chaque absorption d'aliments. Cet état avait une durée variable, de dix minutes à une demi-heure. Puis Tanimal reprenait sa gaieté, sa vivacité normale.

Troisième période (10 aoùt-25 novembre). Alimenlation solide. — ^ A la date du iO août, on put enfin donner une ali*

DIGESTION SANS CSTOMAC.

meatation solide à FaDÎmal, une soupe composée de 230 grammes de viande (de cheval) hachée et cuite et de 130 grammes de pain. Lo chien mange cette soupe peu à peu, en prend quelques bouchées, dr>s qu'on la lui donne, puis se retire, y revient un moment après et l'achève ainsi, à intervalles divers, en douze à quatorze heures; il est intéressant de voir comme il mikhe pendant quelque temps les morceaux de viande, avant de les avaler, ce que ne fait pas le chien noimal. Les vomissemenls alimentaires ont beaucoup diminue de fréquence, sans toutefois avoir complètement disparu* C'est que ranimai s'est appris, à vrai dire, à régler son bol alimentaire et à ne pas dépasser, chaque fois qu'il mange, la quantité d'aliments lolérée par Tîntestîn* Les aliments chauds provoquent plus particulièrement le vomissemenL

Dans ces conditions, la digestion de la viande cuite a toujours été parfaite. Il n'en a pas été de même de la viande crue. Mais nous reviendrons plus loin, en détail, sur ces faits*

Le tissu conneciif (tendons, aponévroses) est absolument inaltaqué et se retrouve intact, dans les f^ces, tandis que» chez un chien normal témoin, il est bien digéré.

Quant aux phénomènes de réaction générale présentés par notre chien, pendant le moment de la digestion, ils ne se distinguent actuellement en rien de ceux offerts h l'ordinaire par un chien normal. L'état de somnolence, qui succédait à chaque absorption d'aliments, pendant les deux premii'^res périodes, a absolument disparu.

Réaction du contenu duodénal, — Notre chien vomissant encore quelquefois» au cours de cette troisième période, c'està-dire màme trois et quatre mois après Tupéralion, il nous a été loisible d'examiner la réaction du contenu duodénal, à divers moments delà digestion. Si l'on fait prendre au chien, à jeun, une nourriture neutre, le magma des matières vomies après une demi-heure est neutre (examiné à la phénol-phtaléine, à la tropéoline et au tournesol), le magma de matières vomies après deux et trois heures est franchement acide et

CAftVALLC

les réactifs flifTérentiels (rouge du Congo et tropéoliïie) indiquent qu'il s'agit ici d'une acidité organique et non minérale *, Réaction de titrine. — L'urine a toujours donné une réaction IVanclieinent acide, soit le matin, à jeun» soil au moment de la digestion.

Nous allons entrer maintenant dans le détail de la méthode

et des faits qui nous ont permis déjuger de la digestion parfaite de la viande cuite et de celle, moins parfaite, de la viande crue chez cet animaK D'autre part, nous rnpportcrons les expériences dans lesquelles il nous a été donné do constater la parfaite tolérance de ce même anima! pour la viande corrompue. Nous essajrerons ensuite de déj^ager les limites exactes de la portée de ces expériences, par rapporta la détermination du rôle de Festomac et de son importance à Télat normal.

Digestion de la viande cuite et de la viande crue chez le chien sans estomac.

LVHat physique des fèces peut donner, certes, des renseignements déjà importants sur Fétat d'une digestion. C'est ainsi que nous avons pu conclure à la digestion et à Fabsorplion imparfaite du lailchez notre chien, grâce à la nature diarrhéique constante des fèces, sous Fiutluence de l'alimentation lactée, grâce aussi à la présence dans ces fèces de grumeaux de caséine. L'augmentation du poids de Fanimal peut également constituer nu élément capable do permettre de

1. A propos lïc ce fait, M. Sanson, à la Société de Biologie, nous a rappelé quo le suc intestinal des aûiiïmux carnassiers était acide et que, qxmm à raclion di*îc&tiv« du pancréas en milieu acide, d*''jà CoaviSAfiT avait signale} la possibilité de cette ticlion. Olky et LAMriUNfi ont «ignalé de leur côié racidilc da »uc itïtestinal. {Hevue biologique du Sordde la France^ octobre 1888. — Bull, S&c.Biol, 18940

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