‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 136 sur 151 · DIGESTION SANS ESTOMAC · texte numérisé non relu

DIGESTION SANS ESTOMAC

notre expérience, nous dirons que, à notre sens, ce serait mal rinterpréter qu'en conclure, do par son résultat, à Tinutilité du rôle antiseptique de Testomac. Tout ce qu'elle démontre, — et cela n'est pas synonyme, on le verra, — c'est que l'intestin, quand il existe seul, peut se protéger efficacement contre les intoxications alimentaires putrides, qu'il se suffise à lui-même, dans sa défense, ou qu'il soit aidé ou suppléé par divers organes, tels que la rate et le foie, par exemple.

Considérations générales sur la valeur de l'extirpation de l'estomac pour la détermination de Timportance de la fonction chimique gastrique & l'état normal.

La méthode qui consiste à extirper un organe, pour arriver à déterminer indirectement sa fonction par les troubles consécutifs qui se développent dans l'économie animale, est, sans doute, l'une des plus fécondes en physiologie, quand il s'agit d'un organe qui n'a pas de suppléance, chez l'individu en expérience. C'est celte méthode qui, pour les capsules surrénales, par exemple, a donné do si beaux résultats entre les mains de MM. Abelous et Langlois. Mais, quand il s agit d'un organe qui, après son extirpation, peut être suppléé par un autre, la méthode dont il s'agit oiïre alors un écueil, celui de tendre à diminuer l'importance du rôle de Torgane qui a été enlevé et à faire déclarer même son inutilité à l'état normal.

C'est un pou là précisément ce qui se passe actuellement pour restomac. On concède bien, sans doute, à cet organe son rôle mécanique ; ce rôle ressort trop évidemment, pour qu'on en doute, de la situation dans laquelle est placé l'animal sans estomac, exposé sans cesse aux vomissements^ s^il

J. CAHVALLO ET V. PaCIION.

ne règle pas exactcmeat son bol alimentaire, obligé de mettre doojfe à quatorze heures h manger une soupe qu'il avalait autrefois en quelques minutes, etc*., ele* Peut-être concédera-t-on encore à restomac son rôle de ilissociation des libres musculaires^ rôle bien démontré par Clauoe Bernafid et que nos ejtpériences sur la digestion comparée de la viande cuite et de la viande crue chez le chien gastrectomisé mettent de nouveau eu lumière. Mais la fonction chimique proprement dite de Testomac, celle double fonction peptique et antiseptique, si bien mise en relief par tant d'expériences diverses, lend actuellement h perdre auprès de quelques-uns son ancienne importance.

Ou est parti quelquefois^ en eifet^ de Texpérience de CzEKNY, expérience parfaitement positive et que nous sommes heureux d'avoir pu reproduire une seconde fois, pour déduigner, sinon considérer comme absolument inutile, Faction peplique de l'estomac. C'est là une opinion extrême qui if est nullement légitimée par les observations de chiens sans estomac. Ce qu'elles démontrent, ces observations, c^st que l'estomac peut être suiqiléé quand il n'existe pas, et que, par conséquent, rorganisaliou animale eût pu se passer analo* miquement de ce viscère; mais, quand Teslomac existe, est-il indifférent, esUil inutile qu'il possède une action chimique (peptique et antiseptique) vis-à-vis des aliments? Ce sont là deux points de vue absolument distincts et que Ton confond, lorsqu'on déclare^ sous la foi de la parfaite digestion et de la parfaite nutrition du chien sans estomac, que la fonction chimique de Teslomac pi^ut indifféremment se trouver supprimée che^î un individu.

Que Ton compare, en effet, Tanimal privé anatomiquemeut d'estomac et rindividu possédant un organe stomacal, mais dénué de toute fonction peptique et antiseptique. L'organe que ce dernier possède est, en définitive, un organe capable d'absorption; or, pendant le temps que les aliments voût séjourner dans cet estomac réduit à son rôle mécanique

rih;EsrioN sans estoaiac*

de magasin alimentaire, il va se développer des fermentations putrides douL les produits (hydrogène solfuré, alcalis pntrides, etc.) seront susceptibles d\>tre absorbés par la muqueuse slomacale, et, par leur passage dans le sang^ seront capables dès lors d*intoxiquer Tindividu. Rien de semblable ne se passera, au contraire, chez Fanimal privé complètement de l'organe stomacal. Chez celui-ci les aliments arriveront directement au duodénum pour y subir immédiatement laction digestive du suc pancréatique et Faction anliputride de la Lite. Il n'y aura plus là ce danger oiïeri par la capacité d'absorption d*yne muqueuse en contact avec des aliments et incapable de toute action empêchante contre des fermentations alimentaires putrides possibles.

Nous ne croyons donc pas, pour notre part, à lu légitimité de ridentification du chien sans estomac et de Findividu apeptique, par exemple. Et c*est précisément parce que cette identification ne saurait être admise que, s'il est vrai, d'une part, que Texistence anatomîque même de Testomac n*est pas indispensable à Torganisation animale, il est non moins juste de penser, d'autre part, que, lorsque cet organe existe chez Findividu, il est utile, mieux encore, nécessaire qu'il soit adapté à une fonction c[iimique à la fois peptique et antiseptique. C'est là une fonction nécessaire pour parer au danger dont nous avons parlé, danger constitué par la capacité d'absorption de la muqueuse stomacale, car, puisque c'est là une voie possible de pénétration dans la circulation pour les produits des fermentations alimentaires putrides, il est dès lors indispensable que ces fermentations soient rendues sinon impossibles, du moins atténuées. Envisagées à ce point de vue, les fonctions peptique et antiseptique de Festomac restent dès lors avec toute leur importance et leur caractère, non pas seulement utile, mais nécessaire, à Fétat normal.

y CAUVALLO irr v. pachon.

Appendice.

Sp/éneciomie, mort, A uiopsie. — Vibrion sepUque et rate. — Le 4 décembro 1893, nous enlevions la rate au rhien qui vienl de faire le sujet des reclierches précédentes. Le but de celte exlirpiilion, consécnlivement à celle de Festomac, chez le même animal, a été exposé par nous dans un travail anté-

rieur

La rate de notre chien pesait, à Télat fraisj 38 grammes (chien (le lUkîl.), Ivlle présentait h sa surface quelques petits points grisâtres, reliquat d'un travail inllammaluire qui avait intéressé seulement de très petites portions de son enveloppe — sans doute après l'opération de la gastrectomie» Son aspect général r^ait celui d'une rate normale.

Le chien mourait Vt heures après celle nouvelle intervention.

La pièce anatomique fournie par rautopsie permet de constater que la portion du bout cardiaque de Testomac, qui avait du être nécessairement laîsjiée pour faire tes sutures, mesure 2 ceutimclreseL demi de long sur un diamètre de t centimètres de large. Un œuf de pigeon peut être contenu dans cette portion restante d'estomac. La partie réséquée de l'estomac mesure, de son cAté, 25 centimètres de long (après un séjour de six mois dans Talcool, t± juin-4 décembre). Or, si I on songe que les 22 centimètres enlevés correspondent à la grande courbure de reslomac, d'un diamètre au moins deux fois plus large que le diamètre normal du bout cardiaque, on voit qu'ils représentent, chacun pris isotément, une surface bien plus grande que chacun des :2 centimèlres et demi cardiaques restants, ce qui augmente d'autant encore la différence réelle à lavaulage de la partie enlevée. Il s'agissait donc, dans ce cas, d'une résection de l'estomac aussi parfaite qu'elle puisse être réalisée chez le chien.

i. Voir plus haut, p«ges li6-444.

DIGESTION SAiNS ESTOMAC. 4o7

La mort rapide do noire chien, après la splénectomie, a été due à une infection septique. M. Ciiarrin, qui, avec une parfaite obligeance, a bien voulu examiner au point de vue bactériologi([uc les divers organes, nous a remis à ce sujet la très intéressante note suivante :

« Le foie, dont les cellules étaient granuleuses, les capillaires distendus, rompus par place, les éléments embryonnaires en prolifération, étaient remplis de vibrions septiques. Seules les cultures sous huile se sont montrées fertifès; celles qui ont été faites au contact de Tair, sur les divers milieux habituels, ont été stériles; inversement, le liquide péritonéal n a donné aucune espèce anaérobie; il ne renfermait que le Staphylococcus albm a Tétat de pureté.

« La déchéance du terrain, le manque de protection, d'antisepsie digestive, résultant de Tablation de la rate et de Testomac, mis à part, il est probable que ces deux germes se sont renforcés, car le St, albus seul est ordinairement impuissant à créer chez le chien une périlonite mortelle.

« Il est à croire, sans qu'on puisse Taffirmer, que ce vibrion septique a été introduit par les viandes gâtées données comme aliments à un point de vue spécial: les sucs digestifs absents n'ont pas su atténuer ce germe. »

Cette hypothèse est sans doute la plus probable, quoiqu'on ne doive pas absolument éloigner celle d'une infection possible, au cours de l'opération. L'intégrité du péritoine, au point de vue du vibrion septique, donne toutefois plus de poids à l'hypollièse de rentrée du vibrion septique par la viande pourrie donnée à notre animal huit jours auparavant. Dans ce cas, nous insisterons sur ce fait que, pendant les huit jours où notre chien possédait encore sa rate, la lutte de l'organisme contre Tinfection était absolument efficace. Serait-ce qu'avec la rate nous auripns enlevé un élément important de la lutte contre Tinfection par le vibrion septique ? C'est là une question que notre expérience aura eu l'avantage de poser.

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