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Letulle, Leçons sur V inflammation y 1893, page

CHAULES RICHÊT,

nèse, et constituenl oti lissu cicatriciel. Dans toute cette évolution on ne peut pas invoquer Taclion des phénomène vascukiires. C'est une propriété fonJamenlale do la cellule vivante, indépendante, dans une large mesure, de la circula<-j tion que de se multiplier après traumatisme, de fai^^on h réuni d'une manière solide les deux bords d'une plaie. Je laisse, ni pouvant y insister, les importantes observations de Ranviiûr sur les çlasmatocytes'.

Au cas où des corps étrangers sont introduits dans la plaie, les phénomènes sont analogues ^ La cicatrisation fait régulièrement, si les corps étrangers sont aseptiquesJ Elle se produit tuul autour de Tobjet olTensif, s'il est vol unit- ' neux. S'il est de dimension minuscule, microscopique, alors, les leucocytes du sang viennent s'en emparer, de m<^me qu€ les amibes s*emparent d'une proie qui leur est offerte ut qu'tisi englobent avec leurs prolongements amiboïdes.

C'est là le curieux phénomime de la. p/taf/oq/lo.sf^ que nous' verrons avec plus de détails eu étuiliant la défense de Tèlre contre les microbes. Or la phagocytose ne s'exerce pas seule-ment sur les microbes; elle porte aussi sur les substancesl pulvérulentes, et, pour ne citer qu'un exempk' maintenant' classique^ après le tatouage ou retrouve dans les ganglions lymphatiques des amas cellulaires où sont accumulés des leucocytes ayant fixé des particules de matières colorantes, etj les ayant transportées dans les ganglions.

Aiusi^ quand il n'y a ni poisons chimiques ni microbes, la cicatrisation se faitpromptement et solidement, et la nature \ répare le désordre qu'un accident a apporté à nos organes. C^est le vis nature medicafrix des anciens auteurs.

1, Comptea rendus de l'Ac, des Se, 20 avril 18îî1, p. SU,

2. Dans la thèse d'agrëgation de M. Wriss {Totëram^e des hnsiië pour lët^ corps étrangers, 18S0}t ou trouvera (itielqucî* documeni» rclalifs aux i^uormc^ corps étraûgers qui ont [lUsejoiirTier dans Tori^faiiisme. Muis deimis celle époque, cependaol si récente, des travayi importants ont èlù fails^ si bien qtio ce Iravmt esl njainîouaûl, aprèa tes lîavaux de M. Metcumkoff et de M* EANVisa, déjà i quelque peu dé mode.

FONCTIONS DE DEFENSK. 515

Mais, chez les êtres inférieurs, cette réparation est bien plus admirable encore; et il y a non seulement cicatrisation^ mais encore reproduction. Les mémorables recherches, que Tremblay avait faites au siècle dernier sur les hydres, ont établi qu^en coupant une hydre en deux segments, chacun de ces segments continue à vivre et reproduit l'être entier. M. Baldiam a vu des infusoires qui, après section, se reproduisaient^ pourvu que le noyau de la cellule fût intact. Des observations anciennes et vulgaires ont appris que les écrevisses, dont les antennes, les yeux ou les pinces ont été sectionnés, ont une régénération de leurs antennes, de leurs yeux et de leurs pinces. Ce n*est donc plus seulement une cicatrisation, comme chez Thomme et chez les êtres supérieurs, c'est une régénération de la partie enlevée.

Même quand il s*agit d'organes essentiels, cette reproduction peut avoir lieu, au moins sur les êtres inférieurs. On sait que Spallanza.m a pu à des limaçons enlever la tête et voir la tête se reproduire. En enlevant Tœil d'une salamandre, on voit Tœil qui se reproduit intégralement ^

Rien ne prouve mieux la puissance de cette force médicatrice de la Nature que la belle expérience de Vulpia^ sur les phénomènes de cicatrisation qui se passent dans la queue du têtard. Cette queue, abandonnée à elle-même dans un milieu convenable, continue à croître et à se mouvoir pendant quelques jours, en présentant certains phénomènes de cicatrisation.

Maintenant, considérons dans son ensemble cette admirable défense de l'organisme contre les blessures et les corps étrangers.

C'est d'abord une défense préventive, un instinct qui nous porte à éviter le danger, c'est-à-dire le danger naturel dû aux

1. Voir SCS figures relatives i la Mërotomie du Stentor in Mbtchnikoff, Leçons sur V inflammation, p. 19.

2. Voir, pour plus de détails, Milnb-Edwards, Leçons sur la physiologie, etc. t. VIII, p. 301.

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CHARLES RICHET

animaux féroct^s ou venimoûx, aux objets inconnus, aux précipices et aux abîmes* La peur, le dégoût, le vertige sont ces sentiments de dt^fense naturels, assez forts pour que notre înteiligenee raisonnée et notre volonté soient impuissantes à les combattre.

Si cette défense préventive a été impuissante, alors, au moment du traumatisme même, ce sont d'autres protections immfklîair^ qui interviennent. Une protection pst/chtr/ne, la douleur, qui nous impose Thorreur de la blessure, et nous force ensuite au repos, h la prudence, à l*abstention. Puis une proieclion pffi/sioiogique^ des réflexes médullaires généralisés qui renforcent l'état de l'organisme, donnant une plus grande énergie à toutes les fonctions et permettant de mieux soutenir la lutte.

Comme les voies aériennes et les voies digestives sont à chaque instant exposées à être offensées par des corps ^trangers, un appareil spécial de défense réflexe est prépost^ aux premières voies^ et un réflexe expulsif impérieux^ irrésistible, se produit dès qu un objet quelconque arrive dans lo larynx ou dans le pharynx, de sorte que^ sauf dans des cas exceptionnels, extr«'^mement rares, nulle substance hétérogène ne peut entrer dans le poumon ou dans Testomac.

Enfin, il y a une défense comécuîive qui consiste dans les phénomènes de cicatrisation et de réparation.

Ainsi, grâce à tous ces procédés do défense, au milieu des ennemis de toutes sortes, être vivants ou objets inertes, Tètre pour*.uit son évolution et maintient ses organes en leur inté- , grité primitive, indispensable à la vîe.

FONCTIONS DE DÉFENSE. liil

Les Microbes.

De tous les ennemis qui peuvent assaillir Torganisme et déterminer sa mort, les plus redoutables assurément, ce sont les parasites, et je ne vous surprendrai pas, en vous disant que cette notion du parasitisme a pris une extension si considérable, qu'aujourd'hui elle domine toute la médecine et toute la chirurgie.

Gomme vous le savez sans doute, mais comme il ne faut pas se lasser de le redire, c'est à Pasteur et à lui seul, qu'est due cette rénovation de la Biologie. Certes, après Pasteur, d'innombrables travaux, dont la bibliographie seule exigerait plus d'un gros volume, ont été exécutés par d'habiles expérimentateurs, qui ont tous, à des titres divers, apporté d'importantes contributions à l'histoire du parasitisme. Mais on peut dire que tous ces travaux, quels qu'ils soient, ont eu un seul initiateur. Oui, vraiment, c'est toujours à Pasteur qu'il faut en revenir, et il n'y a peut-être pas d'exemple, dans toute l'histoire des sciences, d'une œuvre ayant exercé sur la marche des idées une aussi puissante et féconde influence que l'œuvre de notre illustre compatriote.

Dans l'esquisse rapide que je vais vous présenter, je ne pourrai pas entrer dans les détails, et je vous indiquerai seulement, à grands traits, les phénomènes principaux de la défense de l'organisme contre les parasites répandus de toutes parts qui cherchent à l'envahir. C'est une étude qui est à la limite de la pathologie et de la physiologie. Mais ces deux sciences sont voisines, si étroitement liées l'une à l'autre qu'il serait absurde de placer entre elles une ligne de démarcation quelconque : c'est d'ailleurs aux confins des sciences que précisément se font d'ordinaire les plus importantes découvertes.

518 CHARLES RTCHET.

ReprcDODs d abord Fidéc directrico qui a inspiié Pasteur,

relie qui a été presque le point de départ de toutes ses découvertes; elle peut se résumer ainsi : à tétai nonaal H n'j/apeis de parasites dans tétre vivant. Par conséquent, eomme la génération spontanée n'existe pas, nul développement d'organismes ne peut se produire dans le^ humeurs ou dans les tissus qui nout pas été contaminés, ou, autrement dit» ensemencés par un germe étranger. Si Ton recueille dans des ballons bien stérilisés, en évitant ^aec^s de Tair, un liquide organique quelconque sans germes venus du dehors, ce liquide ne s'altère el ne se putréfie pas ; et, (juoique parfailemenl capable do nourrir des microbes, il garde toutes ses |propriétés sans s'altérer, tant qu^aucun parasite n intervient.

De là cette première notion qui est fondamentale ; l'absence de germes et de microbes dans les tissus normaux et les humeurs normales.

Sans entrer dans la discussion de cette première assertion, je dirai que sous cette forme elle est probablement un pou trop absolue : les germes, spores ou adultes, pour être rares dan» les organismes sains en apparence, ne sont probablement pas aussi rigoureusement absents que Pasti^l'» Favait d*aliord supposé, et il est fort possible que, même chez les animaux paraissant en parfaite santé, il y ait une sorte de microbisme latent, selon le terme proposé par mon maître, M. YtinNEiiL, ir est donc vraisemblable, et presque certain, que Tabsence de développement tient à d'autres causes qu'à l'absence absolue de germes vivants*. Mais c'est là une subtilité; et en principe, d'une manière générale, il n'y a ni microbes, ni parasites dans fintimitéde nos tissus normaux el de nos tiumeurs normales.

Cependant, comme la admirablement démontré Pasteitr, il y a des germes et des microbes partout. Ces parasites, qui

L Yoîr, entre mitres, les études que j'ai faitea avec Louts OuviKa sur 1«b microbes des poissons ; [BuU. Soc.BioL^ 4 nov. 1882, p.ij69), etOAUPPE, Microbes de4 végétaux {thdL Soc. BiaL, «887, [». 4f>Q-555;i.

peuvent infecter el infe-^ter les corps vivants, sont innombrables; l'air en contient des quantités (>normes. D*après certains

calculs *, leur nombre sélfevorait à plus île iâ7 000 par mi*tre cube. Quanta l'eau, elle on contient des (|uanlil^^s vraiment colossales, puisque, dans l'eau de Seinn, on arrive au chiltre de ^00 000 par litre. En supposant qu'on boive 2 litres d'eau et qu'on n^spire 20 moires cubes d'air, en 24 heures, on arriverait i\ peu pr^s au cliiiïre d'un million de germes, introduits dans nos voies respiratoires et digeslives, et cela dans des conditions ordimiires, en supposant qu'aucune cause de contamination sp('»ciale n'ait eu lieu.

De \h cette conclosion, que des germos innombrables, menaçants, sont [partout autour de nous, el qu'il faut absolument que Torganisme se défende contre eux*

Cette défense se fait d'abord par le même procédé que la défense contre le traumatisme. Et en effet, à tout prendre, l'invasion de l'organisme par un parasite est un traumatisme vérilable, une violation de domicile contre laquelle il faut se protéger.

Or la première protection, la plus efficace, c'est naturellement la peau, qui offre, gntce h son l'^paisso couche épithéliale, un rempart protecteur absolument efficnce, quand elle n'a pas été olfeusée par un Iraumatisnu» quelconque ^. Mois les muqueuses aérienne et digestive sont loin d'i^lre aussi bien armées conlro les microbes. C'est mm barriî?re très fragile, contre laquelle doit venir se heurter le million de microbes dont j'ai parlé tout a l'heure.

D'abord, pour le tube digestif, des liquides annexés à l'appareil iilimenlaire ont une certaine puissance destructive; mais, tout com[ïlo fait, cette puissance est faible, et insuffisante pour tuer les parasites qui arrivent dans la bouche, l'œsophage, l'estomac et l'inlestin. La meilleure preuve qu'on puisse donner de cette înefiicacité, c'est que, sur toute la

L Annunire d^ Montmuru, IftHft. p. 389.

2. Voir, un travail r»»cent lie M. HAïinr [Journal ofphysiohgu \W^)*

surface de la muqueuse digestive» depuis la bouche jusqu*au rectum^ les microbes pullulent: ce sont, il est vrai, des microbes non pathogènes, ii'e,\en;aut pas traclion funeste sur rorganismf*. comme si les microbes pathogènes» plus délicats^, étaient tués par les actions chimiques qui respectent les microbes vulgaires, plus résistants.

A vrai dire, la véritable barrière que la muqueuse diges* tive oppose à renvaliissçment nilerobien, c'est son épilhélium. Mais c'est là une barrière imparfaite; car il n'y a pas à la surface intestinale, comme à la surface cutanée, de solides assises de cellules résistantes, capables d'emp/^cher un germe de pénétrer à travers leurs interstices.

Quant à la muqueuse respiratoire, elle est encore moins bien défendue. 11 est vrai que rarement les germes pathogènes sont disséminés dans l'air. Il est vrai aussi que Fair inspiré, filtrant à travers les fosses nasales, la bouche, le larynx, la tracliée, les bronches, se trouve par cela même peu à peu filtré, au point de vue des germes qui y sont suspendus quand Tair arrive dans les extrémités de Farbre aérieir. Mais, comme Tair expiré sort de la bouche et des fosses nasales k peu près complètement privé de germes, il faut julmettre que les germes qui existaient dans Fair aspiré se sont. arrêtés aux muqueuses nasale, buccale, laryngée ou bronchique, et que, par conséquent, tous ces microbes ont disparu.

Doue, quoique étant entouré de parasites, Fétre poursuit son évolution sans être infecté par eux. Autrement dil, il peut s*en débarrasser et lutter contre son invasion.

Eh bien! c*est cette lutte victorieuse cuutre Finvasion des microbes qui constitue la santé et Fétat normal.

La question est assey: intéressante pour être éhidiée de i prés; car il me sembb* qu'on n'a pas jusqu^ici atlaihé assez dlmportance, au point do vue de la biologie générale, au sens \ de ces mots microbes pathogènes et microbes non paihogèneH,

Nous venons de voir que près d'un million de microbes

arrivent au contact de nos muqueuses aériennes et dîgestives. Sur ce million de microbes, il s en trouve bien pou qui soient pathogènes, c'est-à-dire aptes à déterminer la maladie. Cependant tous ces microbes, pathogènes, ou non pathogènes, ensemencés dans un bouillon de culture, s'y développent, et par conséquent ils devraient pouvoir se développer dans le sang, si quelque chose ne s'opposait à leur développement. Or ils ne se développent pas dans le sang. Il y a, pour mille microbes non pathogènes, peut-ôtre un seul microbe pathogène, et sans doute moins encore. Que signifie cette proportion extraordinaire de microbes inolTensifs, sinon que l'organisme des ôtres supérieurs est constitué de telle sorte qu'il anéantit mille microbes, contre un microbe qu'il ne peut pas anéantir?

Dire que les innombrables microbes qui sont autour de nous ne sont pas pathogènes, cela veut dire que nous sommes organisés pour les détruire : c'est énoncer cette grande loi biologique que les êtres vivants se débarrassent sans ellort de presque tous les parasites qui peuvent venir les attaquer. Et do fait, quand l'être meurt, et (jue par conséquent l'intégrité de l'organisme a disparu, les tissus et les humeurs, par suite de la cessation de l'hématose, de la circulation et de l'innervation, perdent les propriétés chimiques qu'ils avaient pendant la vie, et aussitôt ces mêmes microbes, qui étaient impuissants, deviennent puissants et actifs. Les fermentations putrides prennent naissance, et tout le corps est désagrégé par les êtres mêmes qui tout à l'heure étaient inactifs, grAce à la constitution chimique de nos tissus.

Ainsi, quand nous disons qu'il y a très peu de microbes pathogènes, cela signifie que nous détruisons presque tous les microbes qui nous envahissent. La défense de l'organisme contre les microbes pourrait se caractériser par cette seule proposition : Parmi les iruiombvablt's espèces microbiennes^ il y a un très petit nombre d' espèces pathogènes.

En général, on expose l'histoire de la défense de l'orga-

CHARLES BICHET.

oisme en prenant pour exemples les microbes qui, se développant dans le sang, amènent Télat morbide; mais cette di'^fense est bien plus eflicace encore conlre tons les microbes dont ne parlent, pas les médecins, puisqu'ils sont inoffensifs, autrement dit, rapidement et vigoureusement détruits par nos tissus vivants el nos humeurs circulantes.

Certes, je compren<ls que rbistuiro des microbes pathogènes est plus intéressante, puisque aussi bien c'est Thistoire de lapalhotogie tout entière. Encore rallait-il^ puisque nous étudions la force de résistance de l'organisme, montrer que cette force s'exerce bien plutôt contre les microbes que nous qualifions d'iaotTensifs, que contre les microbes dangereux : car ces microbes ne sont înolTensifs que parce qu'ils sont détruits par l'organisme supérieur dans lequel ils pénètrent, autrement ils cesseraient dV*tre aussi innocents, et leur pullulation entraînerait la maladie et la mort.

Nous savons, en effet, que la plupart des maladies, sinon tontes, sont dues à dos parasites, et c'est vraiment une chose surprenante, que de voir riiistoiro de la médecine et de la cliirurgie se transformer peu à peu en une histoire du parasitisme. Sans qu'on ait absolument découvert le microbe de toutes les maladies, on peut presque, par une induction bien légitime, affirmer qu*il n*y a pas de maladies contagieuses, infectieuses ou épidémiques, quî ne soient dues à un (parasite : choléra, rage^ typhus, syphilis, charbon, morve, peste, variole, rougeole, scarlatine, tuberculose, diphtérie, grippe, toutes ces formes niïirbides sont des maladies microbiennes. De là, cette conception de letat normal, que c'est Vabspnce dp mirrohes, Vn animal bien conformé, s'il ne suhil ni rmpoisouTiement ni traumatisme» se t>orte toujoursbien, et demeure en parfait état de santé tant qu'il n'est pas envahi par des parasites. Malgré leur extraordinaire complication, nos organes, cerveau, cœur, estomac, sang, poumon, ibnclionnent

sans heurt, sans inconvénients d'aucune sorte si nul ennemi ne vient les assaillir.

Aussi faut-il envisager comme ayant une importance capitale la défense contre les parasites. A Tétai normal la peau intacte, les muqueuses digestives et aériennes intactes, suffisent à la protection. Les microbes non pathogènes sont anéantis et disparaissent. Mais il fallait prévoir le cas où, ce rempart étant insuffisant, une défense ultérieure deviendrait nécessaire.

Prenons pour cela le cas le plus simple, et imaginons un corps étranger, qui a pénétré sous la peau, menaçant ainsi Tintégrité de l'organisme : nous supposons d'abord que ce corps étranger n'est pas un parasite, et qu'il ne possède pas de propriétés chimiques, irritantes ou caustiques.

Il va alors se produire une série de phénomènes extrêmement intéressants, entrevus par quelques auteurs anciens, mais qui n'ont été bien étudiés que par M. E. Metchnikoff, qui en a fait l'objet d'une série de recherches admirablement conduites, dont l'importance est considérable '.

Les expériences anciennes de Dujardin (1835) avaient montré que certains organismes élémentaires, les amibes, infusoires de consistance gélatineuse, quand ils arrivent au conl^act d'un corps étranger, l'entourent, l'englobent, en poussant des prolongements autour de lui, et finissent par le rejeter s'il n'est pas constitué par une matière nutritive quelconque. C^est là le procédé de digestion des êtres inférieurs qui n'ont pas de voies digestives préformées, et il n'est pas douteux qu'ils sécrètent alors quelques substances, ferments liquides, aptes à dissoudre et à digérer les corps étrangers alimentaires qu'ils ont entourés en poussant autour d'eux des prolongements amiboïdes.

1 . Voir en particulier Mbtchnikoff, Leçons sur Vinflammalion^ un yoI. in-8, 1892, et V Immunité dans les maladies infectieuses (Sem, médicale, 1892, p. 469).

nu

CHAULES flic H ET.

M. Metchnikoff a vu qu'il fallait géoéraliser, et accorder aux ainibesî, infusoires et organismes inférieurs, une avidité digoslivi\ non seulemeot pour les corps étrangers, alimentaires ou non, mais encore pour les microbes. Si, comme cela est vraisemblable, les microbes sont des végétaux inférieurs, les leucocytes sont de vrais herbivores; ils se précipitent sur les microbes, les dissolvent, les mangent, et c'est là un des phénomènes généraux de leur existence. M. Met- CHNiKOFF a appelé phagocylisme cette fonction digeslive des organismes inférieurs.

Or le fait imprévu, c'est que Torgunisme des animaux supérieurs eonlient une quantité énorme de phagocytes, capables d'englober, de digérer et de faire disparailre les microbes.

Qu'une poudre inerte soit injectée sous la peau, aussilùt les leucocytes du sang vont s'en emparer, l'englober et essayer de la dissoudre, pour la Iransporler plus loin, sans doute en des tissus où l'absorption sera délinitive, et ainsi sera protégé l'organisme contre ce corps étranger *.

Ce pht'uomi*ne de la phagocytose ^e rattache h un autre fait des plus iiitéressauts découvert par Cohnhi-im eu 18G7, et qu'on appelle la diapédèse.

Yoici en quoi consiste la diapédèse, et vous allez comprendre ijue c'est un des mécanismes les plus actifs de la défense des êtres contre Finvasiou nucrobionne. Soit une goutte d'un liquide rictic eu bacléries, injectée sous la peau. Au bout Je quelques lieures, il y aura agglomération des globules blancs du suug au point de rinjection, par suite du phénomène de la diapédèse qui consiste en Témigralion des globules blancs conleuus dans le snug\

Voici en résumé, la série des phénomènes qui se produisent.

L Vqîr Cass^kt, Arch, rie mtki. expér., 1892. L IV, p. 570. 2. Lin bon Piposc do Fout actuc^l île la ijiicsfion a ëie duniie par Lbtulub, Leçons sur Vinflammalion^ 893, p. i â 50.

Dans une première phase, dilatation des vaisseaux, accélération du courant sanguin; puis (seconde phase), au niveau de ces veines dilatées, comme la pression diminue, le courant sanguin diminue aussi, et les leucocytes ou globules blancs du sang viennent s'amasser en formant une couche qui tapisse la face interne du vaisseau. Troisième phase; ces leucocytes ne restent pas inactifs, ils poussent des prolongements amiboïdes, cherchent à passer à travers l'endothélium vasculaire, et ils y réussissent, de sorte que finalement (quatrième phase) ils s'amassent en dehors des vaisseaux et forment ainsi par leur émigration successive une collection purulente.

Le pus est donc la transsudation séreuse du sang dans laquelle ont émigré en même temps les leucocytes : ils ont quitté les vaisseaux capillaires pour arriver au secours de l'organisme atteint, pour essayer de s'emparer des parasites offensifs et de les dissoudre.

C'est certainement un des phénomènes les plus surprenants de la vie, que cet effort des cellules blanches du sang se mobilisant en masse, pour arriver au secours de l'organisme attaqué. Dès que le danger est signalé, ils affluent sur le champ de bataille, et une lutte s'engage entre le parasite hostile, et ces autres parasites protecteurs vivant normalement dans le sang.

Mais il n'a pas suffi d'étudier le mécanisme de la diapédèsc : on a essayé d'en pénétrer la cause même, et c'est là encore une série de recherches très intéressantes, qui ont eu pour point de départ une belle observation de M. Leber (1888).

En effet, M. Leber a constaté que certaines substances attiraient les leucocytes, alors que d'autres substances chimiques étaient indifférentes; c'est à ce phénomène qu'on a donné le nom très barbare de chimioiaxie.

Le fait est maintenant assez bien étudié. En expérimentant avec différents microbes, et différentes substances, on a constaté que pour les uns et pour les autres l'affinité des leucocytes est très variable. Or, de toutes les substances qui

CHAULES HÏCHfclT.

atlirent les leucocytes, les plus actives sont celles qu'on extrait de certains bouillons de culture.

De là une olassirication qu'on peut faire enlrc les microbes qui, attirant les leucocytet^, provoquent la formation de pus, et, par conséquent, sont pt/of/ènes, et ceux qui no sont pas pyogènes. Par conséquent les microbes pyogènes coutieuneni ou faljriquent des subslances chimiques qui excitent la sensibUité du leucocyte et qui le déterminent à émi^rer des vaisseaux.

Mais ce ne sont pas seulement les microbes et les poisons microbiens qui sont pyogènes. En elTet, on est arrivé à démontrer que, pour la production de pus, autrement dit pour rémigration des leucocytes, la présence des microbes n'était pas indispensable. Il y a des abcès dus à Faccumulation des leucocytes sans qu'il y ait de microbes qui aient suscité leur émigration, Quoique le plus souvent dans le pus on rencontre des microbes pyogènes, on peut cependant expérimen* talement réaliser la formation d'un pus aseptique^ c'est-à-dire ne coolenant pas de microbes, en injectant du mercure, de la tén'^bentliine, etc., substances qui, quoique absolument antiseptiques, ont la propriété d'exciter la sensibilité des leucocytes.

11 se passe donc ce fait bien étonnant que» dans le sang des êtres supérieurs, vivent des êtres mono-cellulaires, indépendants du système nerveux, puisqu'ils nagent librement dans le liquide sanguin. Ces êtres, qu'on pourrait appeler les parasites normaux du sang, sont doués d/une sensibilité remarquable aux excitations chimiques; dès qu'une substance cbimit[ue est déposée dans Torganisme, produisant une lésion ou une excitation locale, aussitôt Tarméc des leucocytes arrive pour s*en emparer, et, comme ce sont les substances chimiques fabriquées par tes microbes qui paraissent être les excitants les plus puissants de cette sensibilité cblmique des leucocytes, il s'ensuit que c'est surtout à la destruction des microbes qu'est adaptée cette sensibilité.

FONCTIONS DE DÉFENSE. o27

Nous pouvons même généraliser et rattacher la sensibilité chimique des leucocyles à tout un ensemble de phénomènes, et tout d'abord à la digestion. En effet, il parait probable que la digestion des matières grasses est due à l'invasion des leucocytes dans l'intestin ; ces leucocytes, pénétrant dans le tube intestinal, vont s'emparer de certaines particules de matières solides mélangées à la masse alimentaire, puis, après avoir englobé cette petite proie, ils reviennent dans le système lymphatique pour apporter au sang la graisse qu'ils ont été ainsi chercher au milieu des matières solubles alimentaires.

Nous pouvons comparer cette affinité des leucocytes pour les microbes et certaines substances chimiques aux affinités que d'autres cellules manifestent vis-à-vis de certains éléments : par exemple Tétonnante affinité des spermatozoïdes pour Tovule ; mais le fait le plus extraordinaire, c'est l'affinité prodigieuse de certains infusoires {Euglena) pour des traces presque infinitésimales d'oxygène (ëngelmaNxn) \

Les cellules vivantes, quelles qu'elles soient, leucocytes ou autres, sont donc pourvues d'une sensibilité exquise, et capables, à distance, d'être impressionnées par les substances chimiques les plus diverses, comme les organismes supérieurs peuvent, grâce à leurs sens, éprouver pour les objets divers qui les entourent des sentiments d'attraction ou de répulsion.

ïels sont les faits essentiels résumés brièvement et d'une manière très incomplète; mais il m'est impossible, sous peine de faire autre chose que de la physiologie, d'entrer dans le détail des expériences.

Je noterai seulement, pour fixer les idées, quelques-unes des intéressantes expériences de M. Werigo, un des élèves de M. Metchnikoff*.

\. Cette quantité serait, d'après M. Enoelmann, la trillioniùme partie d'un milligramme d'oxygène (Arch. néerland., t. XVIII, p. 32). 2. Annales de Vlmtitut Pasteur, t. VIII, 1892, p. 478.

Si Ton injecte daus le sang soit des bactéries, soît une poudre inerte, on voit immediaLemenl les globules blancs du sang diminuer de nombre, car avec une rapidité extraordinaire ils se sont emparés soit des bactéries, soit de la poudre injectée, et ils disparaissent du sang» Ainsi, quinze minutes après rinjection de poudre de carmin, le nombre des globules blancs avait diminué dans la proportion de 6 000 à 2 000, de 20 000 à :i 000. de 10 000 à 2 000, soit eu un quart d'heure de 80 p. 100 en moyenne, ce qui indique bien 1 activité de ce phénomène.

Pour nous rendre compte de refficacité de cette défense, calculons la quantité des leucocytes dans noire sang. On peut admettre que chez riiomoie adulte il y a cinq litres de sang^ et par conséquent à peu près 75 milliards de leucocytes. Si donc en un quart d'heure il y a disparition de 75 p. 100 des leucocytes, cela veut dire qu'au boul d'un quart d'heure environ 50 milliards de leucoi'ytes seront entrés en jeu pour la

Une fois qu'ils ont englobé les bactéries, qu'en font-ils? que deviennent-ils eux-mêmes? ce sont des questions encore bien ini parfaitement résolues. Il est possible — au moins quelques eA'périences de M. WERKio lendenl à le faire croire — que ces cellule^ phagocytes s'accumulent dans les organes lymphatiques (rate, foie, ganglions) et que là elles sont à leur tour digérées, après avoir digéré et dissous les microbes'.

Ainsi Torganismo a par ces moyens divers, phagocytose

1. Il îô.\ii sans doute généraliser et aTanisige ; car, dans des eipértoticcs tôute« rëcentes que je viens d'entreprendre a?ec M. H^ricourt [Bull, Soc. Bial., 23 dëc. 1893. p. 1S7 des Afc'm.), il a eié prouvé que Tinjection dans le ïsjslêine circula.toire de ceriamii liquides, à Vexclusion de certains autres, dêtermiuriit AU8&i0t la fuite des leucocyU?!, Quand on ÎDJecte du baudloo dans le sang, par exemple, iU disparaissent en moins de cinq minutes, pour reparaître un quart d'heure après. Nous n'avons pu déterminer Ja cause de ce pbénomèDe; nous saTOiks seulement que ce n*est pas une accumulation dans la rate, et que, mÉme diuis rtinestliésie profomle, cette hypoleucémie passagère peut encore ^g produire. M. LowiTt dau« un excellent travail, avait tu avant nous ce phénomène important (1892) ; mais rexplicaiioii qu'il en donne me parait peu satisfaisante.

et diapédèse, réalisé une défense le plus souvent efficace ; et cette activité était nécessaire; car il faut bien se rappeler ce que nous disions tout à l'heure en commençant, c'est que Tinvasion par les microbes est une invasion perpétuelle. Constamment il faut que les germes hostiles soient détruits^ et pour cela il faut que la défense ne se ralentisse pas ' un instant *.

Si importante que soit cette défense, on comprend qu'elle est parfois insuffisante. C'est une première barrière opposée à l'infection, mais c'est une barrière dont la résistance ne peut se prolonger, et de fait l'expérience prouve que nombre de microbes pathogènes continuent à vivre malgré les leucocytes. Si les leucocytes étaient tout-puissants, il n'y aurait jamais d'infection. Au bout d'une heure, deux heures tout au plus, ils auraient achevé leur tâche, et l'organisme, débarrassé des microbes offensifs, pourrait continuer en paix son évolution; mais souvent il n'en est pas ainsi, et la maladie survient, mortelle ou non mortelle, caractérisée par l'évolution du microbe pathogène. Par conséquent, puisque les phagocytes peuvent suffire à toutes les éventualités du parasitisme, il y a nécessité d*une défense plus énergique que cette première défense par la phagocytose.

Celte autre défense consiste dans certaines propriétés bactéricides du sang. Ici encore je dois résumer rapidement les faits innombrables récemment acquis à la science sur ce point important.

En 1887, M. Fodor démontra par des expériences faites in vitro que dans le sang frais les bacilles de la bactéridie charbonneuse disparaissent rapidement, tout comme si elle était

1. Nous avons, dans tout ce qui précède, supposé que les leucocytes étaient les seuls appareils ]ihugocytaire8 de l'organisme; mais en réalité il n'en est pas ainsi, et c'est une propriété qui parait être générale à beaucoup de cellules. Je renvoie pour une étude plus approfondie de la question au beau livre do M. Mbt-

CnNIKOFK.

1^30 CHARLES HtCHET.

ensemencée dans \m milieu contenant une substance antîsepLique, D*autres physiolo^^istes, parmi lesquels îl faut en première ligoo citer M. BrmsKw (de Munichs ont coiitirnaé le, fait et IVint solidement établi. Quoique la théorie mènie di cette soi-disant action antiseptique du sang ne laisse pas qui d'êire assez contestable, il est maintenant parfaitement établîl que le sang est un milieu impropre h la culture des baclénes«1 Si 1*00 sème des bactéries dans du sang frais, on voit ces bactéries rapidement disparaître. Pour $n donner une îdéoJ citons une expérience toute récente de Dbnys et Kaisin \,

NOMBRK DES BACTÉRIKS TRi>l3VÉES

Au moment de rinjeclioii . 9 U36

i 11. 1/2 après — 3 îï84

Nous pourrions citer un grand nombre de faits anaTô^ gués : les microbes sont détruits par Taction chimique des substances liquides, contenues dans le sérum sangniu*

M, BucHNER a aussi pu démontrer ce fait fondamental, que la propriété bactéricide disparaît quand le sang a été chauffé à une température supérieure à 55**, Par conséquent ce n*est. ni à ralcnlinité, ui au changement brusque de milieu, ni aux matières minérales qu*on peut attribuer la puissance bactéricide du sang; il parait probable que la propriété antiseptique tient à la présence d'une substance albuminoïde qui se dé-J truità 55":

Ensuite on a généralisé, et presque à toutes les liumeurs de l'organisme, on a reconnu une puissance bactéricide ; le lait, 1 albumine d*œuf, la salive m^'^me, le suc gastrique, la' bile, Furine, toutes ces substances sont plus ou moins microbicides, et, quand elles sont absolument fraîches, elles constituent des milieux de culture défavorables,

L La Ctiitjk, mn, t, IX, p, 344.

Ce sont des expériences m vitro qui nous autorisent certainement à admettre comme un fait bien démontré la bao (éricidiié du sang. Mais il fallait rattacher h ces expériences in vitro les expériences in vivo* On me permettra Je les rapporter ici, puisque ces recherches, aujourd'hui innombrables, onl eu pour point de départ les expériences falles dans le Inboratoîre de physiologie de la Faculté de médecine de Paris.

En 1884, en professant le cours de physiologie à la place de i\L Bèclarii, parlant de la chimie du sang, et spécialement des matières extractives, alors, comme aujourd'hui, à peu près inconnues des chimistes, je supposai qu'elles jouent un rAle essentiel dans la propriété remarquable de l'immunité. Même chez des animaux très voisins, il y a tantôt immunité naturelle, tantôt sensibilité à Faction de tel ou tel microbe; on peut supposer que cette di(Férenct» d*' sensibilité lient à une différence chimique dans les matériaux du sang, et je rattachais celle hypothèse li nue admiruble observation de M. CuAuvEALi relative h l'infection charbonneuse chez les mou* tons. En effet, M. CnAUVEAr avait pu démontrer que les moulons algériens sont réfractaires au charbon, alors que les moulons français contractent facîlenieul la maladie, <* Qui sait, disais-je alors, su en injectant à des moutoos français io sang des moutons algériens, on ne rendrait pas rebelles au charbon les moutons français, en k'or transfusant, avec le sang, des substances qui donnent fimmunilé? «

Cette expérience fut faite deux ans aprrs par mon ami \L Rondeau, qui était alors mon préparateur. M. Hondeau essaya de donner rimmuoilé contre le charbon à des moulons en leur transfusant du sang de chien, mais son expérience échoua.

Je la repris en 1888 avec M. Héricoubt*, et elle nous donna des résultais positifs. Mais, au lieu de prendre le mou- Ion et la bactérie charbonneuse^ nous prîmes un microbe pyo-

Il Comptes rendu» de f Académie de* fciences^ 5 Dovembre 1888,

CHAHLKS tue H ET.

gêae qui déLermine rapidement la morl chez le lapin, et est h\ pou près inofrensîf pour le chien, le Staphylococciis pifosepHeus, variété du St, pf/or/enes aiffits. Nous pûmes ainsi démontrer que la transfusion à des lapins du sang- de chien retardait révolution de la maladie. Si, au lieu de prendre du sang dei chien, naturellement réfractaire» ou prend du sang de chien vacciné, ou voit que la résisLauee h l'infection devient totale chez le lapin qui a re<;u du î^ang de chien vacciné. Les lapins transfusés avec du sang de chien vacciné ont survécu tous, tandis que les lapins témoins sont morts au bout de trois ou quatre jours.

Depuis lors, c'est-à-dire depuis quatre ans, d'innombrables expériences sur les infections pai' divers microbes (tuberculose^ vibrion avicide, choléra» charbon, morve, rage, tétanos, dîphtériel ont été faites par cette mémo méthode (hématothérapie ou sérothérapie) avec des résultats très variables. Le bénéfice a été^ hélas î assez médiocre jusqu'ici, au point de vue de la thérapeutique humaine, sauf peut-être pour le tétanos; mais^ dans Tensemble, le phénomène biologique a été définitivement élahli, et il a été prouvé : 1' que le saag contient des substances qui préservent l'organisme de l'infection; 2'' que la transfusion de ce sang à un animal sensible le protège dans une certaine mesure contre rinfection.

Ainsi, la phagocytose d'une part, et d'autre part les propriétés bactéricides du sang contribuent à protéger Torganisme contre les parasites.

Nous pouvons maintenant mieux comprendre le phénomène remarquable de l*immunité en lui attribuant trois tûrnies ditrércntes.

D'abord il y a des microbes qui ne sont pas pathogènes, c'est-à-dire que, injectés dans le sangà un animal quelconque, ils ne provoquent ni la maladie, ni rinfection, et à vrai dire la plupart des microbes, ceux qui sont si répandus dans les airs et dans les eaux, ne son! heureusement pas pathogènes.

En second lieu, il y a des microbes pathogènes pour telle espèce animale, et qui ne sont pas pathogènes pour telle autre. Ainsi, pour prendre un exemple classique, le charbon, même à dose minuscule, provoque sûrement la mort du lapin, tandis que, même à assez forte' dose, il ne détermine pas d'accident chez le chien; il y a donc une immunité naturelle, propre à telle ou telle espèce animale, pour tel ou tel microbe pathogène.

En troisième lieu enfin, les animaux peuvent être vaccinés, c*est-à-dire qu'un animal, qui est naturellement sensible à rinfection, devient, quand il a subi cette infection, réfractaire à une infection nouvelle par le même microrganisme : c'est ce qu'on appelle l'immunité acquise.

Mais, même en admettant la phagocytose, même en admettant la force bactéricide du sang, on n'arrive pas à comprendre d'une manière adéquate comment Timmunité existe.

D'abord, entre Timmunité et l'état bactéricide du sang, il n*existe pas de relation nécessaire. Le sang du chien, animal réfractaire au charbon, est un milieu de culture favorable pour le charbon ; et inversement, comme l'ont montré MM. Metchnikoff et Roux, le sang du rat, animal sensible au charbon, est un sang bactéricide. Même lorsque le sang de chien est injecté à un animal, il ne le protège pas contre le charbon, comme MM. Serafini et Enriques l'ont vu pour les souris et les lapins, comme M. Bergonzini l'a vu pour les cobayes, de sorte que ces deux propriétés, immunité et état bactéricide, ne peuvent pas être considérées comme parallèles.

Il est vrai que Denys et Kaistn viennent de prouver que le chien et le lapin se comportent d'une manière tout à fait différente à l'égard du charbon injecté. Après infection, le chien a un sang dont le pouvoir bactéricide augmente, tandis que, dans les mêmes conditions, le pouvoir bactéricide du sang de lapin va en diminuant.

CHAIU.KS lur.nET.

On H aussi fail remarquer que, si l*on Iransporloun microbe d'un milieu favoraJjle dans un autre milieu, favorable aussi, mais difTérent, le fail même de ce changemeni de milieu détermine la nioi'l d'une grande quantité d'individus microbiens- Un a cependant pu, par d'ingénieuses expériences, réfuter cette ol»]cction» et montrer que l'addition de sang frais a constamment le résultat de détruire une cerlaine quantité de microbes qui pullulaieitt dans le sang ancien*

D'ailleurs, pour essayer de résoudre ces contradictions, on a proposé deux théories étay^es sur des faits très intéressants,

La première théorie, défendue surtnuL i^ar.M. Bouchard el ses élevés, c'est que le sang n'a pas de iiropriélés bactéricides absolues, mais des propriétés d'atténuation des bactéries. Autrement dit, le sang ne fait pas mourir les germes, mais il transfûj-me les germes actifs, pathogènes, en germes plus ou moins inuiïensifs.

Comme exemple d'uEî phénomène de cette nature, on peut citer une expérience de M. Roger, qui cultive le microbe de Térysipele dans du sérum de lapin vacciné et dans du sérum de lupin normal; dans le sérum de lapin vacciné, le streptocoque de rérysipct(* pousse^ végMe, mais il perd sa virulence, tic sorte qu'il faut admettre, non pas tout à fait une propriété bactéricide de ce sérum, mais ime propriété atténuatrice. Avec le pneumocrique el avec les microbes pyogil^nes, on aurait des résultats analogues.

Mais je dois dire que ce fait de ratlénuation dans les humeurs de l'organisme paraît encore assez contestable, et M. Mltcumkoff a donné des preuves, qui me paraissent très fortes, pour le combattre. Si Ton inlroduit un virus dans Forganisme d'un réfractaire, ce virus, au lieu de s'atténuer, augmente de virulence, comme si, dans la lutte entre Torga^ nisme el le microbe, les individus microbiens les plus résistants étaient seuls aptes à survivre et transmettaient par hérédité leur résistance plus grande aux générations suivantes.

En réalité, ce qui me parait le plus sage, c'est d'adopter, en attendant que des expériences plus précises et plus concluantes soient faîtes, une sorte d'éclectisme, et de dire que dans certains cas les humeurs de l'organisme atténuent la virulence des microbes, et que dans d'autres cas cette atténuation n'existe pas.

Mais il n*en est pas moins vrai que le sang d'un animal réfractaire possède la propriété d'empêcher le développement de la maladie, que par conséquent il y a dans le sang un élément chimique, qui s'oppose à l'effet destructif du microbe; et en effet la transfusion du sang d'un animal vacciné rend ranimai transfusé réfractaire au staphylocoque pyogène, au pneumocoque, au bacille du tétanos.

Comme ni la phagocytose, ni l'état bactéricide du sang ne suffisent à bien expliquer ce phénomène, il faut certainement adopter une théorie biochimique nouvelle, fondée essentiellement sur la différence — déjà établie par Pasteuk — entre le microbe lui-même et les substances chimiques qu'il produit.

Il semble que l'effet toxique du microbe est du aux substances chimiques sécrétées par lui. En vivant, le microbe produit des substances qui sont poisons de l'organisme, et c'est ainsi qu'il amène la mort. Si, par un procédé quelconque, on arrive à neutraliser l'effet de ces poisons, on aura du même coup neutralisé l'effet destructeur du microbe.

Il est vraisemblable que, pour certaines infections, les choses se passent ainsi; par exemple, le microbe du tétanos produit une substance extrêmement toxique qui détermine des convulsions et des accidents graves, une tétanotoxine qui a été presque isolée à l'état de pureté chimique irréprochable.

Or le sang des animaux vaccinés contre le tétanos guérit les animaux tétaniques, non pas tant en empêchant le microbe de se développer, qu'en détruisant les produits toxiques qu'il forme. De nombreux travaux, très importants, dus surtout à M. Behring et à ses élèves, ont rendu le fait incontes-

CHARLES niCHET,

lable, et sembleot bien prouver que l'immunité est duc à la propriété anti-toxique des humeurs.

Aux faiLs de M, IlEnuiNï;, M. MtrrjîMKOFF oppose une double expérience très paradoxale, c*esl dVibord que les auimaux nalurellemenl réfractaires n'ont pas de pouvoir antitoxique de leur sang, et ensuite que les animaux vaccines peuvent élvo empoisonnés par les toxines. Ainsi les cobayes vaccinés contre le Vibrio Metchnikovii sont, d'après, M. Ga- MALÉiA, aussi sensibles aux loxiaes de ce microbe que les cobayes non vaccinés ^

Mais Tétude dt^taillée de ces dilTérentes théories nous conduirait beaucoup troj> loin, hors des limites de la physiologie expérimentale classique. 11 suffit, pcmr le moment, de vous avoir montré que le sang et les humeurs organiques ont des propriétés pliagocylaires, bactéricides, allénuatrices et antitoxiques remarquables. Que ce soil par la desLruclion des germes ou par latlériuation de leur virulence, ou parla neutralisation de leur poison, FelTet est le mémo: c'est un effet de protection qui empêche l'évolution du micnjbe pathogène.

Même si Ton combine la phagocytose avec la propriélt^ antiseptique du sang, on n'arrivera pas a trouver une explication complètement satisfaisante de 1 immunité. Il fuul admettre encore une résistance des cellules vivantes au poison sécrété; cette résistance est extrêmement variable, mais l'étude en appartient plutAt au chapitre suivant, dans lequel nous examinerons les procédés de défense de l'organisme contre les poisons*.

1. Je voudrais cependant faire remarquer qu'en pareille malièro les geuepalisaûoQS irop hAtivos sont pem-étre iniprydenles. Les modes d'actjun dôs microbes divers sont aans doute beaucoup plus dîlférents que nous 1^ ^up|>oson$. n 7 a des microbes destrucleur:^ àto:cines actives (comme le micrutie itii tétanoa et celui delà dipht+^rie) et d'autres microbe.s ë;^alement ilMstructi»Mrs dont lea loxinca aont peu actives^ comme le UacUtus anthvacis par exemplr.

2. La bibliographie, même abrégée, ne tiendrait pas en plusieurs piiges, Jt? me contente de citer sur ce siyol, après le livre dr M, E. Mstcunikoff» ceïui de M. Letullk, une tlitse considetablL^ dt? M. Lemîkhe, sur la *iupp«r;ilîon (th*i*i» de Parisi lS9l)t etiurtout rijitroducûou cle^M. Cbaukin au TruHt de méitecine

Les poisons extérieurs.

Quoique la déQnition dumoipoison soit difficile à donner, on peut admettre cependant qu'un poison est toute substance qui agit, par ses propriétés chimiques, d'une manière funeste sur l'organisme; soit parce qu'elle n'existe pas à l'état normal dans nos tissus et nos humeurs, soit parce qu'elle existe eu proportion trop faible pour amener un trouble dans nos fonctions organiques. Peu importe d'ailleurs ime définition plus précise, puisque nous savons bien ce qu'il faut entendre par le mot poison.

Même à un examen superficiel, nous voyons tout de suite qu'il y a des poisons extérieurs et des poisons intérieurs , c'està-dire des poisons qui viennent tantôt du dehors, et tantôt du dedans, puisque aussi bien la vie normale de nos tissus entraîne la production de substances chimiques qui ne pourraient sans danger s accumuler dans notre corps.

De là une distinction fondamentale entre les substances toxiques du dehors introduites accidentellement dans la circulation, et les substances toxiques du dedans constamment fabriquées et nécessitant par conséquent une continuelle élimination.

Aujourd'hui nous examinerons la défense de l'organisme contre les poisons venus du dehors.

Nous avons déjà parlé des défenses passives de la peau

(t. I, 1892). On pourra avec profit consulter aussi : Kionka, VerhaUen der KiirpevflilssigkeUen gegen Mikrorgani.smen {Biolog. CentmbL, 18112, t. XII, p. 331);i. — Bouchard, Les microhes pathogènes, 1 vol. in-12, 1892. — Roy, Défensive Mechanisfns {Ont. med. Journ., '\ août 1893, p. 310). — Charrin, Les défenses naturelles de l'organisme (Sem, médic.^ 1892, p. 493).

Cil A II LES HIC H KL

contre le poison. Par sa résistance à Tabsorption, la peau empêche les poisons sotubles de pénétrer, et nous ne reviendrons

plus sur ce sujet.

De môme que contre le traumatisme, il y a contre le poison

une ilcfonse préventive. C/est une fonction psychique au même titre que la frayeur et la douleuî^ La défense préventive de répulsion, c est le dégoûL

Comme les poisons ne peuvent pénétrer parla peau intacte, il n'y a guère d'introduction possible que parles voies aériennes ou les voles digestives. Or les corps liquides et solides arrivent par les voies digcstives; les corps gazeux par les voies aériennes; et, de fait, comme la plupart des poisons sont des substances solides ou liquides, non gazeuses^ c'est par les voies digesLives que se fait le plus souvent la pénétration du poison. Aussi la défense est-elle placée surtout à Tentréo des voies digestives, de manière à empêcher ce grave accident : le mélange d'une substance toxique avec les substances alimentaires.

Il fallait donc qu'à Tentrée des voies digestives fût placé un appareil de sensibilité destiné à nous faire trouver du plaisir aux aliments utiles, et du déplaisir aux substances nuisibles. Supposons par exemple que nul instinct ne nous prémunisse contreledangcr des plantes vénéneuses ondes liquides putréfiés; alors nulle distinction ne pourrait être faite entre une plante vénéneuse et une plante alimentaire.

Le dégoût est la répulsion du goût, et il provoque un phénomène de conscience qui ressemble beaucoup à la douleur. De fait c'est une douleur, mais une douleur de nahiro spéciale qui provoque lu salivation, la nausée, le vomiss^-menl, et en même temps tous les réllexes généraux qu'accompagne une douleur un peu forte. Quand le dégoût est intense, il y a impossibilité d'avaler et, par conséquent, de s'empoisonner. Une cou s trie lion irrésistible du pharynx et des efforts répétés^

ineocrciblcs, de vomissement empêchent absolument d'ingérer la substance vénéneuse*

Comme les médicaments sont tous des poisons plus ou moins violents, le dégoût s'exerce aussi sur les médicaments, et vous savez que l'art du pharmacien consiste à essayer de masquer la saveur Acre, amëre, insupportable, des dilférenles substances médicinales. Mais souvent, comme voua le savez aussi, son art est imparfait, et il no réussit pas à rendre tolérable le gofitile ses poisons.

En parcourant la liste des poisons, on découvre sans peine que tous ont un ^oùt désagréable et que même, dans une certaine mesure, leur amertume et le dégoût qu'ils inspirent se proportionnent à leur tiixicilé. Lesplus actifs des poisons sont certainement les alcaloïdes, stryclinine, atropine, morphine, aconitine, etc. Or, tous ces alcaloïdes sontextrémemenlHmers. Tandis que les substances moins toxitjues, comme Turée par exemple, ont une saveur presque nulle, et que les substances alimrnlaires, comme le sucre, ont une saveur agréable.

Ain^i un animal herbivore placé dans une prairie où croissent des plantes vénéneuses ne s^empoisonnera pas; il se gardera de toucher aux herbes, aux fruits, ou aux plantes qui contiennent des poisons, eL pour faire cette tlistiriclion, il n^aura nul besoin d'une éducation quelconque : rinslincl lui suffira pour établir des différences entre ce qui est salutaire et ce qui est nuisible.

L'amertume n'existe pas dans les substances chimiques plus que la douleur n'existe dans le tranchant d'un couteau. C'est une adaptation de notre organisme qui nous fait trouver amère telle ou telle substance, et ce n'est pas au hasard que nous la jugeons amëre : c'est parce r|u'elle est un poison ou parce qu'elle a|qiarlient à une famille de poisons'.

t. n y a peul-ôtfe une exception à ceuc loi. Les cbArapignona Tênëneuz n ont pAs, parait-il, de goùl Jéaajirôable. Aussi lés citam pignons toxiques gont-iU peut^ i^tre les seules subatanecs végétales avec lesquelles on puisse s'empoisonner sans être averti au préalable par uue répulsion du goût.

<: H ARLES mClIKT

Nous pouvons d'ailleurs généraliser ce seutiment du dégoût. Il ne s'adresse pas seulement aux substances vénéneuses produilos par les (liantes, il existe aussi pour les poisons fabriques par les microbes eux-mêmes* Certes contre le:* microbes, invisibles organismes, nulle défense prt?ventîve n'élail possible, sinon contre les produits chimiques fabriqués j par eux* Autrement «lit, si nous sommes désarmés contre les microbes qui échappent à nos sens imparfaits, nous sommes, parle dégoût, armés contre leurs poisons et par conséquent contre eux.

Eu eiTt^l, quelles sont les substances qui inspirent le plus de déf^oùt? ce sont sans contredit les raatii.'res putréliées où fiiurminent les microbes. Elles i*x baient une odrur repoussante, provoquant Taversion e( l'horreur, et c*est par une étrange aberration du goût, en faisant violence à un instinct natureK (\uQn introduit dans ralimeutalion des substances k demi pu Ire fiée s, comme les viandtvs dites faisandées.

Si la putréfaction dégage des produits odorants fétides, c'est parce (|ue muis les jugeons fétides, et, pour les animaux qui vivent de matières pntréliées, comme tes mouches par exemple, il n*est jias douteux que cette odeur, au lieu d*ètre repoussante, ne soit au contraire agréable.

Nos sensations sont en rapport avec les besoins de notre '1 organisme, et le goût, comme T^Kloral, nous inspii-rnt des sentiments d^aversion ou d'appctitiuu qui concordent avec le dangin" ou Tutihté des substances étrangères.

Ce dégoût s*exerce aussi contre les poisons intérieurs. Les produits d'excrétion dô l'organisme sont considérés comme dégoùtanîSjprécisémeutpàrce qu'ils sont aussi loxiques. Non seulement ils sont inutiles et rejetés au dehors, mais encore ils peuvent provoquer de véritables intoxications, comme des expériences précises nous Tout appris. La bile, Furine^ les matières fécales, nous inspirent un invincible sentiment de dégoût.

I] faut poursuivre l'analogie entre la défense contre le traumatisme et la défense contre le poison. Dans Tun et Tautre cas, une première défense préventive qui est la peur ou le dégoût, et une seconde défense, expitlsive^ qui est la douleur dans un cas, et le vomissement dans Tautre.

En effet, si, pour une cause ou pour une autre, le poison malgré son amertume a franchi l'isthme du pharynx et pénétré dans l'estomac, il faut alors qu'il soit expulsé du tube digestif. Or il ne peut être expulsé que parle vomissement. Et là encore nous sommes forcés de faire, comme nous l'avons fait pour la chaleur, une distinction entre le vomissement de cause réflexe et te vomissement de cause centrale.

Dès qu'une substance toxique est arrivée au contact de l'estomac, elle va provoquer une réaction violente : rougeur de la muqueuse, spasme stomacal, et efforts répétés de vomissement. C'est là le mode d'action de certains vomitifs, par exemple du sulfate de cuivre, qu'on emploie quelquefois à cet usage, et qui n'est certainement pas absorbé, agissant seulement de façon à provoquer le vomissement par l'action réflexe qu'il exerce siur la muqueuse gastrique très sensible.

On croyait autrefois que c'était là le mode d'action de tous les vomitifs; mais une intéressante expérience de Magendie a montré qu'il n'en était pas ainsi. En injectant de l'émétique dans les veines, Magendie a fait vomir des chiens. Par conséquent il y a des vomissements toxiques de cause centrale, sans qu'on puisse invoquer une stimulation réflexe de la muqueuse gastro-intestinale.

C'est vraiment un phénomène tout à fait remarquable que la fréquence du vomissement toxique de cause centrale. Il n'est guère de poisons qui, étant injectés dans le sang à dose un peu forte, ne provoquent, au moins sur le chien, le vomissement. Même avec une injection d'eau pure, pratiquée un peu rapidement, on fait vomir un chien, et on ne peut invoquer pour cause de ce phénomène qu'une altération du sang qui irrigue le bulbe rachidien.

ut

CHAItLKS RÎCHET.

De même que le sang échauffé amène la polypnée thermique, de même le sang empoisonné amène le vomissement, expulsif.

C'estlà un bon exemple de celte seconde barrière de défense! que la Nature a établie, pour suppléer aux premières dëfensesl réflexes au cas où celles-ci seraient insuffisantes.

Rien nest plus étrange que de voir à quel point toute J inLrodu€tiou intra-veineuse d*une substance étrangère amèno^ infailliblement des elForts d'expulsion par le vomissement. II. semble qu'il y ait, en quelque sorte, une erreur dans la cauac mt^me de l^intoxîcatîon. Comme presque toujours le poison est introduit avec les aliments, c'est par le vomissement que l'animal doit se défendre. Par conséquent, quoique le vomis-^ sèment soit alors tout à fait inutile^ quand le poison a pénétré dans les veines^ la Nature ordonne le vomissement.

Levomîssementostle principal symptnnip de presque toutes les intoxications. Cela semble bien nous indiquer que la Nature a cherché un remède contre le cas le plus fréquent de Tinlroduction des poisons; c'est-à-dire le mélange avec les matières alimentaires.

Le vomissement toxique est généralement accompagné d'une sueur profuse^ mais je ne puis croire qu'il s'agisse làj d'un effort de Torganisme pour se débarrasser, par rexcré-| tJon sudorale, de certaines substances contenues dans le sang, aïlendu que, dans la sueur» il n'y a jamais qu'une minime quantité de substances éliminées. Cette sueur réflexe est! assurément la conséquence d\me excitation médullaire très.| forte.

Si, malgré tous ces efforts, préventifs et expulsifs, le poison a franchi Festomac et est arrivé dans l'intestin, il reo- 1 contre la un organe, très sensible aussi, qui fait de son côté un grand effort pour se débarrassser du poison. Seulement, si l'estomac agit par le vomissement, l'intestin agit surtout par une sécrétion abondante, de manière à déterminer à la

fois la dilution da poison accumulé dans la cavité inteBtinale» et son élimination par la diarrhée profuse. Aussi la plupart des poisons inorganiques soul-ils des purgatifs^ en môme temps ([ue des vomi f if s.

Nous retrouverons aussi pour les purgatifs la même distinction que nous avions faîte pour les vomitifs et il existe des purgaiions de cause réflexe et des purgatîons de cause centrale.

Tonte excitation mécanique ou chimique de la muqueuse intestinale provoque une sécrétion abondante, diarrhêique, dont le rôle est évidemment rélimination du poison ou du corps étninger. l>e même que les matières alimentaires indigestes accumulées dans Testomac amènent le vomissement, de même les mati^^es fécales, formant par leur consistance nn véritable corps étranger, finissent par être expulsées, grâce à une sécnMion active d^nne sérosité întesliimle, qui fait qu'an-dessus de la masse solide îl s'accumule un liquide diarrhéique.

Certaines huiles irritantes, comme t'huile de ricin, l'huile de croton, amènent la iJiari'hée, en provoquant une congestion de la muqueuse et une congestion intestinale abondante.

Quant aïix substances salines concentrées, dont l'elfet purgatif n*est pas douteux, comme le sulfate de soude, le chlorure de sodium, le sulfate de magnésie, ropinion classique est qu'ils provoquent par exosmose une transsudation du érum sanguin. Il y aurait peut-être d ailleurs quelques réserves à faire à ce sujet \

MaiSj au point de vue dont il est question ici, cela nous

I importe peu, puisque la dilution du poison dans un fluide intestinal abondant est un moyen de défense énergique. Parmi les poisons qui arrivent au contact de la muqueuse intestinale, il en est qui méritent nn intérêt spécial : ce sont les poisons fabriqués par les microbes qui pullulent flans

l,Voy«i Rabuteau, TraUé de Thérapeulff^ue, ÏHM, p, 819.

ClfARLES RlCIïET,

rintestin. En eiïet, depuis ]a bouche jusqu'à Tanas, loute la inu<]ueuse tligestive est romplie de microbes qui poursuivent leur (Vvoluliou. Il est vrai que leur activité chimique est quelque peu ralentie dans restomac où ils sont tenus en réserve par Facidîté du suc gastrique, mais ils reprennent toute leur énergie hiolof»iqne dans le tube intestinal, où ils trouvent des milieux nutritifs qui sont neutres ou alcalins. Alors, par le fait de cette fermeiUatiou, il se produit des composés chimiques dont les uns sont gazeux, et généralement iiioflensifs, dont les autres, au contraire, exercent une action toxique^ plus ou moins accentuf^e,

A Tétat normal, ces fermentations intestinales ne dépassent pas une certaine limite: elles cessent bientôt; et en somme elles onl eti plutôt Tavanlage d'activer les phénomènes de digestion et d'absorption. Mais il se peut faire que quelque micro-organisme se développe en trop grande abondance, et sécrète des toxines dont l'absorption serait dangereuse. Alors, pour y renn5dier, la sécrétion intestinal© est activée, et il se produit une diarrhée qni a pour etfet de diluer le poison dans une grande quantité de liquide et de déterminer son expulsion par des selles diarrhéiques. C'est ainsi que les choses se passent dans le choléra, dans la fièvre typhoïde, dans les diarrhées dites infectieuses, dons certains empoisonnements dus à Tingestion de viandes malsaines. Co sont là évidemment des diarrhées d*origine rétlexe ilues à la stimulation de la muqueuse intestinale par les alcaloïdes toxiques qu'ont sécrétés les microbes.

Eh bien! dans ce cas aussi, nous retrouvons toujours cette sorte de double barrière dont je vous ai si souvent entretenus. Ces mêmes ptomaïnes qui, appliquées à la surface de rintestin^ déterminent la congestion et la sécrétion réflexes, sont parfaitement capables de déterminer les mêmes phénomènes, si elles sont introduites dans la circulation; mais c'est par un mécanisme tout dilTérent, Alors en elïet elles agissent sur les centres nerveux directement après qu'elles

ont pénétré dans le sang, et non plus par voie réflexe, indirectement, par l'excitation de la muqueuse intestinale. De bons exemples de cette diarrhée do cause centrale nous sont fournis par les expériences nombreuses dans lesquelles on injecte le bouillon de culture du microbe du choléra. Le poison qui a pénétré dans la circulation va agir sur les centres nerveux qui commandent la sécrétion intestinale.

Tels sont à peu près les moyens de défense des ^trcs vivants contre les poisons introduits avec les aliments. Mais ces poisons ne sont peut-<^tre pas les plus redoutables, et nous serions tentés de croire que les plus dangereux de tous les poisons, ce sont ceux qui dérivent des microbes infectieux pullulant dans le sang.

En effet l'admirable expérience de Pastkur sur le choléra des poules a appris que les symptômes d'une maladie microbienne pouvaient être amenés non pas seulement par ce microbe, mais par les produits chimiques de la vie de ce même microbe. Toutes les expériences ultérieures ont confirmé ce grand principe, et on admet aujourd'hui que le microbe amène la mort par l'intoxication que produisent les poisons qu'il a fabriqués.

Cela revient à dire que les maladies microbiennes sont de véritables intoxications. Le poison, au lieu d'être introduit avec les aliments, est fabriqué dans Tintérieur même de l'organisme par les microbes infectieux; et la toxicité de certaines de ces substances est certainement bien supérieure à tout ce que nous connaissons sur la toxicité des autres poisons. D'après MM. Diuegek etCoHN', le poison du tétanos, alors qu'on ne l'a pas préparé à l'état de pureté, serait assez actif pour produire des effets appréciables à la dose minuscule de 4 centièmes de milligrammes pour 1 kilogramme d'animal vivant. Un exemple non moins remarquable de cette puissance

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