P. LANGLOIS ET H. DE VARIGNY
ment et relativement, pour des animaux (Inorganisation différente.
Cette variabilité de réaclion dépend, — cela semble incontestable — des différences de constitution physiologique, anatomique etjchimique, ou, pour être plus court, de la variabilité physiologique *.
1. Pour des faits analogues, moatrant que des poisons agissent différemment comme dose et comme symptômes, sur des animaux différents, comparer l'action de la strychnine, de la brucine et de la picrotoxino sur les mammifères (dans les Leçons de Vulpian sur les matières toxiques et médicamenteuses) ayoc leur action ^sur le crabe. (H. us Variony : De l'action de la Strychnine, de la Brucine et de la Picrotoxine sur le Carcinus mxnas : Journal de VAnatomie et de la Physiologie, juin 1889, p. 18".)
ETUDE SUR LA TOXICITÉ DES ISOMÈRES DE LA CINCHONINE
DANS LA SÉRIE ANIMALE Par M. P. Lanfflois.
L* action convulsivante de la cinchonine a été étudiée depuis longtemps, et sous le nom d'épilepsie cinchonique M. Laborde a décrit les symptômes convulsifs, à forme tonicoclonique qui caractérisent Tintoxication par la cinchonine, et différencient, au point de vue physiologique, l'action de cette substance de celle de la quinine ^
Depuis 1853, époque où M. Pasteur obtint un isomère de la cinchonine, la cinchonicine, sousTinfluencedela chaleur et de Tacide sulfurique, de nouveaux isomères ont été découverts, et, par des déductions théoriques, M. Jungfleisch a été conduit à admettre Texistence possible de seize isomères, soit
1. Laborde, « La quinidine, mou. action physiologique comparée avec celle de la quinine, de la cinchonine, de la cinchonidine » (Bull, Soc, de BioL, 1883) : « Sur le mécanisme physiologique de l'action des alcaloïdes convulsivants du quinquina » {Tribune médicale, 1886, p. 232, 243, 252 et 284).
P. lan(;lois.
iévogyres ou dextrogyres à des degrés variés, soil îtiactifs; atijourd^huî, sept de ces corps sont isolés.
M XL JuNGFLEiscH et LÉfrBH m'ont remis des solutions exactement titrées de chlorliydrate de ces isomères absolument purs. Mes expériences ont donc porté sur :
La einchonine, soltible dans l'ï^tber, Dextrogyre aB=-f-213;
La riricbonibirie, insoluble dans TéUier. Deitrogyre «d=:: + 17o,8;
Lu cinchonicinu, soluLle dans l*éLher* Dextiûfçyre a^ =+46,5;
La cinchonidine, peu soluble dans Félher. Lév^^gyre »„ = -!-
La ciiichonifni»^, insoluble dans lY*lher* Dexlrogyre ai» = + 195,0;
La cincbonigine» suluble dans l'éther. Lévogjre xj, ==—00,1;
La ciiichoniline, solubb^ dans TéLher. Dexlrogyre «» = -f 53,â.
En outre de ces isomères^ j*ai étudié l'action de deux autres corps qui sont des produits d'oxydation, formés» supposent MM* Ji NGFLEiscii et Léger , par Tintermediaire des dérivés sulfonés de la einchonine, dérivés que Teau changerail en corps oxydés et qui correspondent à la formule :
C«H«Az^O*.
Ce sont
L'axycincbonine a, iusoL dans Téther. Dextrogyre 01»»=^+ 1^2,15; .L'oxyéinehonine [1, -- — at, = +18T,i4.
exaction toxique de ces diverses substances a été étudiée sur un grand nombre d'animaux appartenant à toute la série des vertébrés et même sur quelques invertébrés.
Tous les isomères cinchoniques sont des poisons convulsivants, déterminant à une dose^ variable avec chacun d'eux, après une certaine période d'agitation, une véritable attaque lonico-clonique suivie d'attaques cloniques successives. Je croîs inutile d'insister sur Tensemble des symptômes qui ont été déjà décrits par tous les auteurs, CumoNE, Bocbefontaink, LâBoitUE, etc.
J*aî voulu principalement dans ce travail déterminer ta
LA TOXICITÉ DES ISOMÉKES UE LA CINCHONÏNE, 55
dose de chacun de ces isomères capable de faire naître rattaque convulsive.
Pour compar(3r l'action physiologique de diverses substances, on parle presque Loujours de la dose toxique. Mais ce ternie manqua de précision. Onelle est en effet la dose toxique? Est-ce ladose mortelle? il faut alors faire intervenir le facteur temps. La morl de Tanîmal intoxiqué peut arriver en effet suivant la dose employée, soit presque ininiédiatement après rinjection, soit plusieurs jours après, et, dans ce cas, elle est consécutive a rapparition de désordres organiques graves. On ne peut, d'autre part, prendre pour terme de comparaison la dose suffisante pour déterminer rapparition des premiers symplnmes d'intoxication. La période d*ag italien, par exemple, qui suit les premières injections des substances convulsivantes, se prête mal à une détermination précise.
Avec les poisons conviilsivants, avec ceux au moins qui déterminent une attaque très nette» franche, épileptoïde, il est facile d*établir un point de comparaison en déterminant la dose mini ma pour laquelle éclate Tattaque tonico-clinique.
Avec M, le professeur tlii. Rtcuet, nous avons pu déterminer ainsi avec une grande précision la dose convulsivante du chlorhydrate de cocaïne. Cette détermination est d*autant plus intéressante que M. Ugolino Mosso, dans son travail sur la cocaïne *, dit justement : u Cliez les chiens, les doses de 0,015 à 0,02 par kilogramme [ïroduisent iléjà des symptômes assez graves d'empoisonnement; cependant on observe des différences individuelles si considérables qu'il est impossible d'établir avec exactitude des données précises concernant les doses. » Cette critique est juste en ce *jui coîicerne les phénomènes primitifs d'intoxication, elle est vraie encore si Ton considère la dose mortelle; mais, quand il s'agit de la dose convulsivante, sur un chien à température normale (nous
1. U. Mosso, M Sur Taction physîologiqae de ta cocaine h (Archives italiênneê iie èioloffif, 1888, p, 326).
LANGLDIS.
avons insisté avec M. Cii. Richet sur l'imporlance extrême de celte condition ') ïécati oscille entre 0,02 et 0,022,
Pour les isomùres cînchoniques, j*ai pu déterminer avec la même précision la dose convulsivante, et le tebleau suivant
montre la différence qui existe entre ces corps de composition ideuLique.
KUBSTANCE.
Cinchomne, , . ,
Cinchcmibiiie. . .
Cinchonidine. ♦ , CincUoniiiue. . .
CIneboDÎu;iQc. , .
CiuchomUnf . . .
Oiyeinchonine a.
Oxycincbonine p.
DOSE CONVULSIVANTE
PAR ^ittitàmàUMM
par «xp^rien^E
O.OOiB
0,OÎ4
0,1i O.fg
» A p r 0 R ï u cutctioala»
Les expériences faites sur les lapins et les cobayes présentent moins de précision. Chez ces derniers, en effet, s'ils
constituent un excellent réactif pour les poisons convubivanls, le cobaye étant l'animal épileptique par excellence, Hmpossibilité de faire des injections iatra-veineuses rend la détermination de la dose convulsivante beaucoup plus indécise^ et on verra d'après les écarts des cliiiïres de chaque expérience, combien la dose moyenne est mal déterminée.
t. Voyeï plus faaui P, Lanolois et Ch. Rïchet, m D© rinfluenco de la icmpéralure sur les convubiOD» »•, p. 30.
LA TOXICITÉ DES ISOMÈRES DE LA CINCHONINE. 57
Avec le lapin, on peut faire Tinjection dans la veine, mais Tattaque tonico-clonique chez cet animal est loin d'être franche et nette. Trop souvent il faut attribuer l'attaque que Ton observe à une action directe sur Tendocarde, et c'est là une cause d'erreur que j'ai constatc^e plusieurs fois.
Cobaye.
Cinchonine | ^'^^ 1 0,40
Cinchonibine ] X'^)^ { OJO
0,18 . 0.09 Ginchonidine » ?
Cinchonifine | ^'^^ | 0.09
Cinchoniline J ' 0,08
Ce qui frappe surtout dans ces tableaux, c'est la toxicité de la cinchonigine, treize fois plus toxique que la cinchonine et vingt fois plus que la cinchonidine, la moins active de toutes ces substances isomères. Quant aux oxycinchonines, leur action convulsivante est très faible, etdilïfere même de celle des isomères delà cinchonine.
Quand on étudie les poisons convulsivants, on est fatalement conduit à chercher sur quelles régions de l'axe cérébrospinal agissent plus spécialement ces substances. La question des centres convulsivants est une des plus complexes et des plus obscures encore de la physiologie. En ce qui concerne la cinchonine, nous trouvons, dans les travaux antérieurs, deux opinions contraires : tandis que Bochefoni^aine, Cuirone et Cuaa en font un poison des centres corticaux, Laborde range cette substance dans le type strychnine, son action se faisant
l\ LANGLOIS.
sentir sur le système buIbo-niyéUtique. Ç est avec la cinchoûigiûe presque exclusivement que j'ai poursuivi les expériences sur la localisation de ractioii du poison.
Expérience \, — Chien dr 9 kilogrammeii*
L'animal esL cbïoroformA î une canule élant misf dans la trachée, on fait îa section du bulbe k 2 niillimètres au-dessous du bec du calannus. On laisse reposer faiumal pendant deux heures, pour permettre la disparition des etVets du cbloroforoie. Des lami*€s munies de réflecteurs, placées autour de raiiiaiaU s'oppuaeni à son refroidissemetit.
A !i heures, T. 38'>,4, injection dans la veine saphëne de 2 centîgranimes de chlorhydrate de cinchonigine,
A II h, tO ai.. 1 centigramme. Les pupilles sont dilatées, quelques contrariions des ItHres. Aïjcun mouvement dans le corps.
A j h, 16 m., t centigramme. Nystafjmus très accentué. Lintelligeuce parait totalement abolie, pas de mouvements ûes yeux pour suivre quand on appelle d'un cAté. Léger tris m us.
A 3 h. 22 m., l* nnlli^Tammes (total 45 milligr., î^ott 0*^,005 par kilof;r.). Immédiatement après celte dernière injection, les mouvements convufsifs violents éclatent dans la face; coups de gueule caractéristiques, l'animal écume, mais le tronc est complètement immobile. L'attaque dure ving-l secondes, puis est suivie de deux ou trois autres plus faibles. La température rectale indique 38°, T.
Une iiijeclioii nouvelle de 1 centigramme reste sans elfel, et il faut dotiner !K> milti^rammes (80 millier, en totalilé) pour déternnner la rêajiparition des phénomènes convnisifs, moins accentués cependant, mais qui persistent sous forme d'altaques subintrantes pendant une demi- heure, mais tonjoui's localisés dans les muscles de la tête el plus spécialement dans les masséters, T. 38",7.
Les attaques subintrantes continuant, ou fait un trou de trépan sur ^o^:i^lpilal gauche et, avec un scalpel, on délermine une large section âus-hulhaire, incomplète ainsi que la montre Tautopsie. Les pédoncul^^s cérébraux sont en partie seulement sectionnés; il se produit une hémorragie considérable et les convulsions cessent.
M, Làborih-: fait entrer la cinchonine dans le type strychnine; mes expériences ne me permettent pas d'accepter cette ctasisiBcation. Même sans préjuger du sii^ge d'élection de la substance, en admettanl même que les ceulies médullaires réagissent sans excitation préalable des centres supérieurs, le
LÀ TOXÎCITÉ DES ISOMÈRKS DK LA CnCHUMXE. Hî>
syndrome de rinloxicalîon cînehonique diffère de ceux de la stiyrhnîiie en re que les convulsions ne sont pus de nature rtdleTçe- Une exciUlinn faite sur ranimai peut parfois les faire naître, mais elles éi latent également spoirlanémenl. automatiquement, el les graphiques qui montrent le rythme des attaques subîntrantos cloniques sont à cet égard des plus [ïrohants, T/esl en s'appuyant sur cette périodicité des convulsions que M. U. Mosso avait dinérencié tléjà la cocaïne de la strychnine'.
Le rythme dos convulsions dans rempoisonnement par la cinchonigine est presque caractéristique, chez les chiens du moins; car, cliez le cobaye, il est beaucoup moins bien déterminé. C'est même celle périodicité qui nous parai! l'argument positif le plus important pour localiser raclion de cette substance dans les centres bulho-prolubérantiels.
Les centres corticaux, incriminés par CnïiiONEel Ci'rci, par Bo4 HEKONTAixE» ne paraissent pas jouer un r6le dans la production des attaques. La destruction des deux zones motrices chez le chien n'a pas empêché Tapparîtion des convulsions; elles se sont produites néanmoins seulement avec une dose relativement forte (OJïOaî), maisj'ai trouvé cette dose sur des chiens normaux» et leur forme a été lég^^emenl modifiée, la convulsîtm est plutAI tonique que clonique» contraclure des membres, Irismus, pas de coup de gueule. Cette modification n'est pas spéciale pour la cinchonigine; aver iL Cu. ftinui'rr nous avons fréquemment constafé celle moditicalion dans la convulsion cocaïnique après la destruction des gyrus et mémo après rintoxicalion préalable par le chloralose qui paraît agir sur les centres corticaux.
A ce moment» uoo ioJR^Hion de sulfate tJe stryclmine détermine des coayulsions généralisées dans le tronc, qui roiit rapidetiient monter la température à 39*»G. î/animal meurt à ce moment, malgré la respinilion artiHcit^lle et par suite de lliémorrag'ie.
i. U, M0S80, hc, cit., p. :i27.
ea
LAiNGLOlS.
Expérience II. ~ Chien de i 0^^.200,
Tracbéotomisé. — Mise à nu du bulbe sous le cbioroforme à deui heures* T* 37«,î>.
A 3 b* 20 m., injection de 2 cenLigramnies de cinchonigine.
A 3 h. 25 ni,, injccLion de 2 centigrammes. Agitation assez vive, ny«tagmus* l.a tempéralure s'élève légèrement à 38", 1.
A 3 h. 3j m., injection de 1 centigramme (exactement Û,Ol>48 par kilogramme). L'agitation est beaucoup plus inleose; conlmclions dans le* muscles de la face, mais pas d'attaque francbe. T. 38**, 6.
A 3 h. 40 m., injection de cinq milli^^rammes (0,Q0iî5 par kilogr.). L*injecUon n'es^t pas complètement terminée qu'éclate une attaque tonico'clonique franche générale, suivie d'une série d'attaques cîoniques r}'lli ruées. La tempéralure s'élève rapidement h 30", S.
A 4 b. tO m,, seclÎQU sou8-bulî>aire; les convulsions ne cessent pas inimédialemenl dans le tronc, mais elles ne sont plus lytbmêes et très aiïaiblies, taudis qu'elles persistent dans la face, quoique un peu allénuées.
A 4 h, 20 m., plus de mouvements dans le tronc, sauf quelques secousses dans les muscles, encore quelques contracfions du masséler et des muscles des lèvres*
A 4 b. 25 m., injection de 25 milligrammes^ suivie d'une convulsion légère des muscles de la face; le tronc reste immobile.
La première expérience citée est très nette, en ce qui concerne k moelle. La suppression de la conduction entre Taxe médullaire et le bulbe, avanl Tinjection, empêche la production des mouvements con vulsifs dans le tronc^ quand on injecte la dose minima qui, chez un animal normal, fait éclater des convulsions généralisées à tout le corps. Dans la seconde, les mouvements convulsifs ont persisté dans le tronc après la section du bulbe, au moins pendant quelque temps. Elle ne paraît pas devoir permettre de conclure à une irritation directe de la cellule médullaire par la cinchonigine. Les excitations parties des centres supéi'ieurs peuvent avoir déterminé dans les cellules médullaires une excitation secondaire, qui continue même après la suppression de la communication.
Chez les animaux nouveau-nés, les centres corticaux sont encore eu voie d*évolution, il était donc intéressant de chercher chez ces jeunes animaux comment agissait la cinchoni-
LA TOXICITÉ DES ISOMÈRES DE LA CINCHOMNE. 6t
gine. Les expériences ont porté sur des chiens de cinq à huit jours, chez lesquels Texcitation du gyrus est absolument inefficace.
La dose nécessaire pour amener des convulsions est de beaucoup supérieure à celle injectée à Tanimal adulte.
O^'^OOSS injectés dans le péritoine à un chien de sept jours, du poids de 600 grammes, ne déterminent aucun phénomène convulsif appréciable, et les deux jeunes animaux qui avaient reçu cette dose ont survécu.
Chez un jeune chien do trois jours , du poids de 360 grammes, il a fallu pousser la dose à 10 milligrammes pour obtenir des convulsions. La section intra-cranienne faite au niveau des corps opto-striés n'a pas arrêté les convulsions.
Enfin, sur un chien de huit jours, pesant 58S grammes, chez lequel une injection de 1 centigramme dans le péritoine avait déterminé des mouvements convulsifs réels, mais peu marqués, Tintroduction d'une lame de bistouri dans la région lenticulo-optiquo a fait éclater des convulsions tonico-cloniques aussi franches, aussi nettes que chez un chien adulte.
L'arrêt des convulsions, après la section des pédoncules, observé dans Texpérience I, ne permet pas de faire jouer un rôle essentiel aux ganglions cérébraux; cette observation est unique et on peut invoquer, soit Tinhibition, soit l'hémorragie consécutive au traumatisme, et nous croyons pouvoir localiser l'action de la cinchonigine, sinon exclusivement, au moins plus spécialement sur les centres de la région bulbo-protubérantielle.
Les expériences sur les grenouilles ont été peu satisfaisantes. Préoccupé surtout de déterminer la dose convulsivante, je n'ai pu obtenir chez ces animaux de véritables convulsions avec les isomères cinch'oniques, même en élevant leur température.
Mais les résultats avec les poissons ont été plus intéressants.
fi l\ L ANC LOI s.
La détermination précise de rapparitiou des couvulsions estasse/ difficile chez ces animaux. Le point de départ qui m'a paru le plus favorable était le mouvement des yeux. Quelquefois même cesL le seul indice des elîels convulsivants chez le poisson; il faut noter cependant les mouvements des o(îercules et des nageoires, beaucoup jdus de la nageoire dorsale que do la nageoire caud^ile. Ceux de la première sont normalemeot lents, réguliers^ alors que ceux de la seconde sont toujours si rapides quHl est diflicile de dire quand commence le mouvement convulsif.
Mes premières recherches ont porté sur la lanche et Tanguille, et j'ai mis à prolit rextréme obligeance ilu professeur H. DE Lagaze-Ul^tuikiiî* pour étudier, dans un court séjour au laboratoire de Banyuls, quelques poissons de mer.
A la dose di' 0^\OH de chlorhydrate de cinchonigine, on observe manifestement des convulsions chez l'anguille; il faut pour ta lanche une dose un peu plus forte, iï"*'\09.
Angitiik de 90 grammes; très vive» remuant beaucoup avant rinjet;lioD, ouvre leutemeul la gueule de tem^is en temps, les yeux sout inunohiles.
A Z heures, injection de l centimètre cube d*une solution diluée de moitié, diins ia moitié inrérieure du tronc, soit e,00:> milligrammes. Un peu d'ajLjilation, qui peut Hre due a l'excilation déterminée par la piqûre,
A 3 h. llî ni., ranimai paraissant se calmer, injection d'un nouveau cealimi^lre cube dans la région symétrique; presque immédiatement après rinJecUtJu, les yeux présentent de rapides mouvenietits et il se produit de véritables cot^ps de jCfueule compajables aux attaques cloniqnes du chieiK Dans Iv Ironc, des contorsions rapides.
Avec de forts riseaux, section de la raoeJle k 1 centimètre environ en arriére du bulbe. 11 se produit un arrêt immédiat des monvementï^ pendant une minute environ, puis les mouvements convulsifs décrits pîu?* baut reprennent dans la t(*le et dans le tronc.
A 4 b. llî ni,, dix uiiiiutes après la section, les mouvements convulsifs ont disparu dans la téte;-quan( aux mouvements du tronCt il e^t impossible d'ulOrmer que ce sont de véritables convulsions.
AnguiUe de 16*) grammes, — Section do la moeiïe à un centimètre eî dL'mi an-dessus du bulbe, forte hémorragie que Ton arrtUe diflit ilemeiil
LA TOXICITÉ DES ISOMÈRES DE LA CINCHONINE. 63
avec ua morceau d'amadou. Immédiatement après, injection dans la partie moyenne du corps d'un centigramme de cinchonigine. Pas de phénomènes convulsifs; injection nouvelle de trois milligrammes (0«%08 par kilogramme), deux minutes seulement après cette injection, \*is mouvements convulsifs éclatent dans la tète : coups de gueule, moins accentués cependant que dans Texpérience précédente^ mouvements des yeux. Quant aux mouvements du tronc, comparés avec ceux d'une anguille témoin, qui n*a reçu aucune injection, mais a subi la section médullaire, ils sont à peine plus marqués.
Ces expériences faites sur Tanguille viennent confirmer les résultats cités plus haut, obtenus chez le chien. La section de la moelle, faite avant Tinjeclion de la substance convulsivante, suffit pour empêcher Tapparilion des phénomènes convulsifs dans le tronc ; si elle a lieu au contraire après Tapparition des convulsions, elle modifie simplement ces convulsions mais ne les supprime pas. Les centres médullaires nous paraissent donc moins sensibles à Faction de la cincho> nigine que les centres supérieurs; mais sousTinfluence d'excitations parties de ces derniers, ils peuvent entrer en jeu et continuer à fonctionner, même quand une section vientinterrompreleur communication avec les centres supérieurs.
Les recherches poursuivies à Banyuls sur les poissons de mer ont porté non seulement sur les isomores de la cinchonine, mais sur un certain nombre d'autres poisons convulsivants : cocaïne, azagréine, picrotoxine, nicotine.
Des différentes espèces étudiées, le Cvenilabrus merula et le Box.salpa ont présenté les réactions les plus caractéristiques. Avec le mulet, au contraire, les mouvements convulsifs ont toujours été très peu appréciables.
CréniUibre de 16,*) grammes; très vigoureux, Tinjection est faite dans la région dorsale, l'animal étant maintenu sous Teau, sauf la région où se faisait Tinjeetion.
A 2 h. 55 m., injection de six milligtanimes de cinchonigine (O^^fii par kilogramme). Presque immédiatement une agitation convulsive très nette, Tanimal placé dans un grand bac tourne sur lui-même, les mouvements de ses nageoires sont désordonnés. En appliquant avec un filet
p. LAXGLOIS.
platl'ûnimal près de la paroi du verre, on peut compter 120 mouvementâ deîi aperçues par minute, alors. que cea mouTemenls étaient de 52 avant rinjeclion.
Enfin» h 3 h. tom., vtLigUcitiq minutes après rinjection, éclale une véritable allaij^e tonico*cionique. Le cronîlabre se recourbe en arc sur son fÔlé droit, les opercules immobiles, les yeux fixes pendant huit à dit secondes, puis à celte fH»riode Ionique succède une série de mouvements latéraux violents pendant une minute quinze secondes. L*animai est épuisé, état de prostration complète, quelques failtles mouvements operculaires très rares et très lents, puis quelques mouvements convulsifs généralisés qui persistent une demi-heure, et mort.
Un point curieux à noter dans rînloxicalîon chez ces animaux est la lenteur dans Tapparition des mouvements convulsifs. Presque toujours les convulsions n'apparaissent que quinze à trente minutes après rinjection, et les doses nécessaires pour déterminer les convulsions ont toujours entraîné la mort dans un bref délai, alors que chez les mammifères, si Ton a soin de ne pas dépasser la dose minima, l'animal ne succombe pas à rintoxication. fin peut même affirmer que chez le» poissons la dose mortelle est bien inférieure à la dose convuisivante. Des cré ni labres de 200 grammes sont morts six heures après l'injection de 3 millig:rammes de chlorhydrate de cinchouiglne sans avoir présenté de véritables convulsions*
Au point de vue de la toxicité des isomères, mes expériences n*ont porté que sur trois isom^res : cînchonigine, cinchonifine et cinchoniline. Les difficultés de rcxpérience ne permettent pas de donner des chiltres aussi précis que pour le chien : néanmoins j'ai pu établir le tableau suivant ;
Créoîbbre.
Cinelionigine 0.()4
Cinchoniline . 0,10
Cinctionifine , , . . 0,15
Box Sftlpo.
AnguiU^.
0,li
Les écarts si considérables observés chez les vertébrés avec ces isomères sont beaucoup moins marqués chez les poissons.
LA TOXICITÉ DES ISOMÈRES DE LA CINCHONINE. 65
Dans un travail fait avec M. de Varigny', nous avons montré que chez les crabes l'ordre de toxicité était pour ainsi dire inverti, que la cinchonigine est très peu conMilsivanle, alors que la cinchonine et la conchonifine déterminent des convulsions très nettes et dont nous avons pu donner les tracés.
1. Voyez plus haut, P. Lanolois et H. de Varigny. « Sur l'action de quelques poisons 4® la série cinchonique sur le Carcinus Mœnas », p. 40.