‹ Physiologie végétaleChapitre 10 sur 121 · SUR U CRÉATION ET LA DESTRUCTION DU PRINCIPE COLORANT · texte numérisé non relu

SUR U CRÉATION ET LA DESTRUCTION DU PRINCIPE COLORANT

rée a encore la propriété de verdir des plantes étiolées ; ce ne sont donc pas les mêmes rayons qui opèrent la coloration et la décoloration de la chlorophylle. Pour le prouver, j'ai fait germer et étioler des grains de blé dans trois cylindres C'ï, âg. 4. L'un fut laissé tel quel; les deux autres furent mis dans des cyhndres C'a, le premier rempli de chromate de potasse, le deuxième d'une solution alcoolique de chlorophylle de seigle. La couche colorée avait 1 cent, d'épaisseur. L'expérience dui'a de 9 heures du matin à 3 heures après midi; température : 14'1!>° C. Les feuilles étiolées avaient également bien verdi dans les trois appareils. La solution de chlorophylle était asSez diluée pour qu'on pût voir la plante à travers. Une deuxième expérience, faite sur une plante de rave avec une solution beaucoup plus concentrée, montre le verdissement sensiblement plus lent qu'à la lumière blanche.

Quant aux modifications chimiques qui accompagnent la décoloration de la chlorophylle par la lumière, on sait, d'après les observations de Jodin, qu'il y a beaucoup d'oxygène absorbé, et une petite quantité d'acide carbonique produit : 21,5 cent, cubes de solution alcoolique contenant 0.0731 gr, de chlorophylle absorbèrent en moins d'un mois sous l'influence de la lumière 37,4 cent, cubes d'oxygène et produisirent 31 cent, cubes d'acide carbonique; en poids 1 de chlorophylle absorba 0,72 d'oxygène. Une solution anali^e maintenue dans l'obscurité ne se décolora pas et n'absorba pas d'oxygène. Des solutions gardées pendimt longtemps dans l'obscurité montrèrent à la lumière les mêmes phénomènes. — Une solution de xanthophylle se conduit de même (c'est une substance qui, suivant Jodin, accompagne toujours la chlorophylle ; elle est de nature graisseuse, colorée en jaune, fusible à + 30-40' C; saponifiée par les alcalis, soluble dans l'alcool, l'éther, etc., insoluble dans l'acide chlorhydrique, elle se distinguerait de la chlorophylle en ne contenant pas d'azote) ; 1 1 cent, cubes d'une solution alcoolique contenant 0,088 3e xanthophylle al>sorbèrent en 23 jours, sous l'influence de la lumière, 11,73 cent, cubes d'oxygène et produisirent 0,19 cent, cubes d'acide carbonique ; en Ipoids 1 de xanthophylle absorba 0,18 d'oxygène; dans l'obscurité il n'y eut lias d'absorption. Le phénomène est encore plus marqué si l'on emploie, au lieu d'alcool, une solution aqueuse de soude.

Ces observations ne sont, du reste, pas limitées à la chlorophylle et à la xanthophylle. Jodin a constaté la même chose pour les huiles éthérées et le tanin (v. § 12).

§ 5. Rapporl des grains de Chloropinflle avec la lumière. — Soumise à rinflnence de l'obscurité, la chlorophylle de beaucoup de plantes nionocotjlédoues ou dicotylédones subit une destruction complète que la plante entière ou que des feuilles isolées soient artificiellement privées de jour. Ces feuilles-là deviennent d'abord vert clair, pois tachetées de jaune, puis enfin complètement jaunes. Dana certains cas (Trapseolum majns, Fbaseolus) il suffit de tiansporter une plante qui a été élevée près de la fenêtre dans le fond de la chambre. — Les recherches microscopiques montrent que

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cette décoloration ne tient pas sealement à une destruction de la matière verte, mais à une véritable dissolution des grains de chlorophylle. Ils perdent d'abord leur amidon ; leurs concours deviennent moins nets et ils finissent par disparaître complètement de l'intérieur des cellules. H ne reste plus, en définitive, qae de petits corpuscules jaunes d'un aspect graisseux qui n'ont aucun rapport ave(; les grains de chlorophylle étiolés des jeunes feuilles développées dans l'obscurité.

Gris' a déjà observé ces phénomènes, et je les ai décrits (Bot. Zeit., 1864, p. 290) tels qu'ils se psésentent dans le Cheiranthus Cheiri, Brassica Napus, Trapteolum majus. Ces-chai^ements dans rinttrieur des cellules sont tout k fait analogues à ceux qui s'accomplissent en automne lors de la décoloration des feuilles (Sachs : « Ueber die Ëntleerung der Blatter im Herbst. i Flfjra 1863, p. 200). On peut aussi les rapprocher de la désorganisation des feuilles au moment de la maturité des fruits chez plusietu^ plantes monocarpes (Brassica, Pisum sativum, Nicotiana).

D'un autre côté, il y a beaucoup de feuilles qui ne jaunissent pas dans l'obscurité ; les vieilles feuilles d'un Cactus speciosus étaient encore vertes au bout de trois mois, mais toutes les jeunes pousses étaient étiolées ; une Selagmella resta verte quatre à cinq mois. Sous l'influence d'une séchyesse trop prolongée, certaines feuilles subissent la même désorganisation que dans l'obscurité (Phaseolus, Trapteolum majus); ici, comme dansée cas précédent, ce sont toujours les vieilles feuilles qui sont atteintes les premières.

§ 6. Je n'ai pas encore pu m'expliquer le fait qu'à un soleil trèsardent, un graùd nombre de feuilles, surtout celles dont la structure est délicate, prennent une teinte on peu plus- claire qui, à l'ombre, fait bientôt place à la nuance ordinaire. En abritant partiellement une feuille, on peut ainsi produire à sa surface des taches qui disparaisseut bien vite, soit au soleil, soit à l'ombre. L'ombre projetée par ane feniïle sur une autre produit cet effet : c'est-à-dire, en d'autres termes,- que la lumière qui a déjà agi sur une feuille n"a pas d'effet sur une seconde.

C'est en 1859' que j'ai pour la première fois décrit ces phénomènes; mais, déjà en 1862 (ïlora, p. 220), j'ai reconnu que l'explication que j'en avais donnée était insuffisante. — Le fait lui-même est très-facile à constater, en appliquant de petites bandes de plomb souples à la surface d'une feuille bien exposée au soleil ; au bout de 10-30 minutes, la place de la bande de plomb se détachera en vert foncé, mais un très-petit nombre de minutes suffit pour ramener la teinte claire si la plante demeure a» soleil, ou pour donner à la feuille entière la teinte foncée si elle est sini-

' Becherches micr. sur la chlorophylle, Ann. des Se. nat. 1867.

' Berichte der matem. phja. Kl. der kônigl. Sâchs. QeselUch. der Wiaa. 1859.

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