BOS TENSION DES TISSUS
tension générale diminue. Ce résultat ne peut être atteint que si l'eau chassée du tissu érectile inférieur sort entièrement de l'organe et passe dans la tige ou le pétiole.
Je ne nie pas absolument, comme le fait Hofineister', l'hypothèse de Brtlcke ' d'après laquelle l'eau qui sortirait du tissu érectile inférieur passerait dans les espaces iatercellulaires ; cette explication me parait cependant insuffîsaute. Les descriptions anatomiques de BrUcke sont parfaitement exactes ; les couches cellulaires qui enveloppent immédiatement le faisceau fibreux axile, offrent des espaces intercellulaires évidemment remplis d'air : dans les couches érectiles proprement dites, on aperçoit souvent entre les cellules arrondies, de petits interstices triangulaires qui, dans les préparations fraiches, contiennent toujours nn liquide aqueux et jamais de l'air; on pourrait bien admettre avec BrUcke que par le fait même de la manipulation, ces espaces se remplissent d'eau, mais la chose n'est pas aussi simple que cela; en effet l'air qui dans l'état normal serait contenu dans ces interstices, n'en pourrait pas sortir, car ceuz>ci ne commoniquent pas entre eux et sont complètement fermés par les cellules qui les environnent. Il faudrait donc supposer que tout en contenant déjà de l'eau dans l'organe intact, ils peuvent en recevoir encore davantage, lorsque celui-ci se ramoUit. Mais puisqu'ils n'ofirent pas d'issue, l'arrivée de l'eau qui sort des cellules ne diminuerait point la tension des tissus. Il existe une observation déjà ancienne, mais à laquelle on n'a pas à mon avis attaché une importance suffisante qui peut aider, je crois, à sortir de ces difficultés.
Si l'on introduit un couteau bien aiguisé dans mie tige de Mi- . mosa, eu l'ébranlant le moins possible, rien ne se manifestera tant que la lame sera dans l'écorce ; mais dès qu'à la résistance plus grande, on sentira qu'on a atteint le corps ligneux, on verra s'écouler une goutte d'un liquide transparent, et le pétiole de la feuille la plus voisine s'abaisser aussitôt. Dans les plantes qui sonfirent de manque d'eau et chez lesquelles la sensibilité est fort affaibUe, il ne sortira point de liquide et aucun mouvement ne se prodoira. Si la plante est très-sensible (température de 25 à 30'>, sol humide) l'ébranlement se communiquera peu à peu aux feuilles voisines, avec des intervalles de 10 à 20 secondes. En combinant ces faits ^ avec
' Hofineister, m, 502.
* BrUcke, ArchÎT f. Anat. und Physiol. von Joh. MOller, 1848, p. 436. » Datroctaet et Meyen avaient déji reconnu par des expériences directes que Tirrit&tion se transmet par le bois.
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THBOnie MECANIQUE DES HOUVEMEKTS, ETC. SOI)
cenx qne j'ai déjà énumérés, j'en suis venu à me faire rimage suivante de ce qui se passe dans les Mimosa.
Ces plantes ne sont très-sensitives qne lorsque lenr corps ligneux contient une quantité considérable d'eaa ; toutes les circonstances qui les desséchent (température basse, sécheresse du sol) diminuent la sensibilité jusqu'à l'annuler complètement Les cellules à parois minces du corps érectile inférieur, attirent par endosmose ' assez d'eau pour devenir complètement turgescentes. Cette eau provient du faisceau fibreux central, qui lui-même la tire du corps ligneux dans lequel elle est soumise à une certaine pression (comme le prouve la goutte qui sort par une blessure). Ainsi d'un côté la pression qui rè^e dans l'intérieur des cellules turgescentes tend k chasser l'eau à travers leurs parois (comme dans les racines, voy. § 58, p. 225) ; â*un antre côté la pression qui règne dans le corps ligneux, tend à la faire pénétrer dans les parois du tissu érectile ; sollicitée par deux forces, elle restera immobile tant que celles-ci se feront équilibre; si la pression augmente dans le corps ligneux, le tissu érectile se remplira toujours plus ; si elle diminue, le tissu érectile se videra au contraire peu à peu, l'eau s'écoulant dans le corps ligneux. Si maintenant, en coupant la tige, on ; diminue brusquement la tension, l'eau s'écoulera de ce côté-là; la pression qui règne dans les cellules turgescentes pourra se satisfaire et l'eau chassée & travers les parois, s'écoulera vers le faisceau fibreux central et de là vers la tige. Le volume de la moitié inférieure du coussinet diminue, sa tension s'affaiblit; le corps érectile supérieur conserve toute son influence et l'oi^ane s'afiaisse *.
Quelque chose d'analogue pourra se passer lorsque l'eau sera soumise dans le corps ligneux à une pression nulle ou très-faible ; les cellules du tissu érectile inférieur se rempliront paiement par endosmose et deviendront tui^escentes; il se développera en elles une pression qui cherchera à chasser l'eau à travers la membrane.. L'équilibre s'établira donc entre cette force et la force de résistance de la membrane ; il sera instable et tout ébranlement donnera la prédominance à la première de ces forces. L'eau passant à travers
< Le contena de ces cellules est granuleux; i) ; a beaucoup de protoplasma, des graing d'amidon recouverts de chlorophylle et certains corpi sphériques pen réfringents qui remplissent jusqu'à '/i ou '/g de la cellule et disparaissent par immerslDn dans l'alcool.
* La diflërence de sensibilité entre les deux moitiés du coussinet reste toujours peu claire, on ne peut ituâre l'attribuer qu'à l'épaisseur des parois du tissn érectile rapérieur.
510 TEKStON DES TISSL'S.
la membrane se dirigera du côté da corps ligneux. On comprend que la section de la tige ne proânit aucnn effet sur une plante qui se troQve dans cet état-là; il faut un ébranlement direct du tissn érectite ; le mouvement m se propagera pas ou sera en tous' cas limité à un très-petit nombre de feuilles. H me semble que toutes ces idées concordent parfaitement avec les faits observés.
L'irritabilité d'une articulation isolée dépend de la quantité d'eau qu'elle contient, it suffit qu'elle soit tat^escente et qu'il n'y ait pas de pression dans le corps ligneux ; la propagation d'une irritation locale, d'une feuille à l'autre, dépend par contre de la pression qui règne dans le bois. — Dans le premier cas, toute irritation fera passer de l'eau du tissu érectile dans le bois, sous l'influence de la tension entre la sève et les parois. Le corps ligneux l'emmagasinera, sans qnll en résulte aucune perturbation dans le reste 'de la plante. Mais si le corps ligneux est déjà pleio, une irritation locale mettra l'ean en mouvement sur une étendue souvent considérable et l'ébranlement pourra se transmettre à des feuilles éloignées. On comprend facilement cela en coupant une partie de la foliole terminale d'une feuille ; l'eau est mise en mouvement dans les cellules ligneuses des nervures, une partie s'en échappe et la diminutioa de tension se transmet jusqu'à l'articulation la plus proche ; celle-ci s'abaisse, la perturbation en est augmentée, l'ébranlement se transmet aux folioles voisines qui s'abaissent aussi et arrive bientôt à la base du pétiole secondaire ; il chemine le long du pétiole principal et se fait sentir à son articulation ; il remonte aussi les autres pétioles secondaires et agit sur toutes leurs folioles. Si la plante est en très-bon état et que le bois soit bien rempli d'eau, la perturbation se transmettra aussi par la tige aux feuilles voisines qui s'abaisseront eu commençant par l'articutation principale et finissant par les folioles tominales. — De même que la section d'une foliole, un échaufiement un peu énergique (au moyen d'une lentille ') suffit pour causer on ébranlemeut qui se communique à toutes les feuilles; le mouvement commence en 2 ou 3 secondes ; et il est achevé au bout de 1 on 2 minutes. Si la plante souilre du manque d'eau, l'effet est nul ou tout à fait localisé. L'échaaffement produit évidemment un mouvement moléculaire violent dans l'eau, qui se transmet d'autant plus loin que la tension est plus forte dans le bois.
Le degré d'irritabilité des Mimosa est donc à peu près propor-
' Du Faj, Acad. des aciencea. Paris, 1786,
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