‹ Physiologie végétaleChapitre 58 sur 121 · LES PRINCIPES NUTRITIFS DES PUNTES · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES NUTRITIFS DES PUNTES

gert sur le blé noir, il semblerait que le chlore joue un rdle essentiel dans la formation des graines de cette plante ' . On ne sait si l'existence des plantes du bord de la mer on plantes salines est liée à la présence de grandes masses de sodium on de chlore, on de tous les deux, puisqu'elles absorbent beaucoup de sel mario. On ne peut pas davantage dire si les chlorures et iodures métalliques que les plantes marines renferment dans leurs tissus sont des principes indispensables, ou même s'ils jouent un r61e quelconque dans la vie

§ 46 . L'adde silicique, qui ne se rencontre pas seulement dans les graminées et les équisétacées,mais d'après Wîcke et H. v.Mohl forme la mineure partie des cendres dans un grand nombre de familles, ne peut pas être considéré comme un principe nutritif dans le même sens que la potasse, l'acide phosphorique, etc. Son mode d'agir dans l'intérieur des plantes est essentiellement différent. Il semble, en effet, que l'acide silicique, loin de se comporter dans le phénomène de l'assimilation et de la formation de substance oi^aoique comme un principe nutritif ordinaire (potasse, chaux, etc.), est utilisé directement par la plante h la manière d'un principe élaboré ; cette manière de voir se fonde sur la possibilité (prouvée par des expériences) de réduire à un minimum le contenu en silice d'une plante, sans porter atteinte à la nutrition, sur la tendance de l'acide silicique à s'emmagasiner dans les membranes, dans les couches les plus à l'abri des métamorphoses de substance, sur sa rareté dans les parties jeunes, de croissance rapide et son abondance dans les organes plus âgés. Si ma théorie est exacte, il serait fixé iomïédiatement dans la substance des membranes de la même façon que les molécules de cellulose, et ne prendrait aucune part aux réactions chimiques dont les tissus sont le thé&tre; il jouerait d^QS la plante le rôle d'une substance plastique; on ne peut affirmer pourtant qu'il soit indispensable ; il ne fait peut-être qu'aider à rétablissement de la structure moléculaire des membranes. Ces idées trouvent un appui dans la nature des qualités moléculaires de l'acide siUcique lui-même, qui, sous tant de points de vue, se rapproche des principes élaborés de la cellulose, l'albumine, l'amidon. Cène seraient donc pas les affinités chimiques de l'acide silicique qui seraient utiles à la plante, mais ses propriétés moléculaires, sa solubilité, son état d'agrégation en gén^, ses rapports avec la diffusion, etc.

* Landw. Tenochsstat., 1862, cah. XII, 889. — Salm-Horstnutr, i. c.

DigizedtyGOOgle

LES ÉLÉMENTS DES CtNDHES. 167

L'idée que l'acide silicique agit sur la vie dea plantes d'une tout autre façon que la potasse, l'acide phosphorique, etc., a déjà été émise par W. Wicke (Bot. Zeitg. 1861, n" 16), mais je ne trouvais pas alors ses raisons suffisantes; je crois celles que j'ai émises dans le paragraphe précédent, plus conformes à la nature des choses. Knop a été le dernier à vouloir défendre l'hypothèse, dénuée de tout fondement, que l'acide silicique servait à augmenter k solidité des tissus, surtout chez les gramin^ (Landw. Versuchsstat., cahier VI, 269). On n'a jamais pu fournir de preuve d'âne relation entre le fait des blés couchés et la pauvreté du sol en acide silicique; dans la pratique agricole on n'a jamais rien remarqué de semblable. Le phénomène s'explique au contraire jusque dans ses moindres détails lorsqu'on l'attribue à un étiolement, à la mollesse ou au manque d'élasticité des tissus, à l'allongement trop considérable des entre-nœuds inférieurs et à leur lignification incomplète, particularités qui se manifestent aisément si les plantes sont trop serrées les unes contre les autres et par conséquent trop ombragées. Par là on comprend que Veffidage, le sarclage soient des remèdes au mal, que les plantes isolées ne se couchent jamais, enfin que cet inconvénient se pi'ésente surtout dans les années humides, où l'éclairage est insuffisant et la végétation très-active. Une fumure trop abondante tend à aggraver le mal en accélérant beaucoup la croissance des phmtes pendant leur jeunesse : elles se font ainsi ombre les unes aux autres et s'étiolent partiellement. Lorsque les blés couchés se relèvent, ce ne sont pas les gaines des feuilles endurcies par l'acide silicique, qui exécutent le mouvement, ce sont les nœuds encore tendres et délicats qui soulèvent l'épi. En tous cas les plantes possèdent bien d'autres moyens que la silice pour rendre leurs tissus dura et élastiques, et k solidité que certains épidermes acquièrent sous linfluence de cet élément n'est point une preuve de son importance.

L'indifférence parfaite de l'acide silicique au point de vue de la nutrition et de la solidité des tissus, a été prouvée dans les expériences dans lesquelles on a élevé des pUntes de maïs avec des quantités excessivement faibles de silice. La plante de maïs dont j'ai parlé et que j'ai élevée en 1861, atteignit un poids de 29,8 gr. (matière sèche) sans que le mélange natritif renfermftt d'acide silicique. Far l'analyse cependant on en trouva .SO milligrammes qui provenaient sans aucun doute de la dissolution du verre et des poussières qui s'amassaient sur la plante. Les cendres de plantes de maïs élevées en plein air en contenaient 18 à 23 7»; dans ce cas spécial, seulement 0,7 %. La tige haute de plusieurs pieds n'en avait pour sa part qu'un demi-milUgramme, et 10 grosses feuilles ensemble 20 milligrammes (2 milligram. pour une feuille de 68 cent, de longueur et 4,1 cent, de laideur), La plante avait assimilé d'une manière normale; sa tige et ses feuilles étaient parfaitement droites; ainsi la diminution de l'acide silicique n'avait porté attemte ni à la nutrition, ni à la fermeté des tissus, n n'y en avait cependant que la trentième partie de ce qu'on aurait dû attendre d'après le poids de la plante : ni la potasse, ni l'acide phosphorique ne pourraient diminuer pareillement sans causer un dommage irrémédiable à la plante '. Le maïs de .50 gr. de poids sec de Knop

' Voyez: Stohmann, Agronomische Zertft. von Hamm, 1864, p. 3'2h.

DigizedtyGOOgle

168 LLS I>RI>C1PES NUTRITIFS DES PLAKTIûS.

avait été élevé également sans acide silicique (Landw. Versuchsstat., 1862. Heft XI, 1S5). La racine en cootenEùt quelques traces ; les 15 feuilles ensemble 22 mOligrammes et la tige un demi-milligramme '.

Ce que j'ai dit dans le paragraphe précédent sur le rCIe de Vacide silicique, comme matière plastique, que la plante absorberait à cause de ses qualités moléculaires, se fonde surtout sur le squelette siliceux des membranes qu'on obtient lorsqu'après les avoir purifiées avec des acides, ou les cliauffe jusqu^à la disparition complète de la matière organique (Mohl). On peut aussi (Pollender, Bot. Zeitg. 1862, n" 47) détruire cette dernière luir la macération dans Tacide chromique. On croyait autrefois la présence de la silice dans les membranes cellulaires limitée aux graminées et aux équisétacées ; mais v, Mohl et Wicke l'ont retrouvée dans un si grand nombre de plantes, qu'on est autorisé à la croire universellement répandue dans le règne végétal. — L'excellent travail de Mohl « sur le squelette siliceux des cellules végétales vivantes n (Bot, Zeitg, 1861. n" 30 à 32 et 49), nous dispense de parcourir l'ancienne littérature: nous nous bornerons à domier ses résultats. £n partant du type bien coimu des armures des diatomées, on trouvera des squelettes siliceux analogues dans tous les grands groupes crj-ptogames (excepté peut-être les champignons et les lichens) et phanérogames. Mohl mentionne les noms de vingt-quatre familles; dans les unes les squelettes se rencontrent partout, dans les autres deux plantes d'ailleurs très-voisines [leuvent différer à cet égard. Dans quelques cas l'acide silicique est abondant, mais n'affecte pas ta forme de squelette (par exemple, les feuilles de pins dont les cendres en contiennent jusqu'à 19 V»)- Les feuilles dont l'épiderme est remarquablement siliceux ont quelquefois, lorsqu'elles sont sèches, un aspect métallique (Petrœa volubilis, Elvira biflora, Davilta, Hirtella), mais en général, on ne peut pas reconnaître à l'extérieur si une feuille [«ssède un squelette. La silice se rencontre surtout dans la paroi extérieure des cellules épidermiques, quelquefois seulement sur la face supérieure de ta feuiÛe, quelquefois aussi sur l'inférieure, mais alors toujours en moindre quantité; elle pénètre jusque dans les stomates; elle est étendue uniformément dans les épidermes lisses, tandis que chez le Scirpus palustris, mucronatus, etc., elle forme des nodules qui se rencontrent surtout sur la tige. Quelquefois les poils des feuilles seuls sont silicifiés (Ficus joannis, Urtica excelsa, fruits de Gabum Aparine), ou bien ils le sont les premiers et l'efTet s'étend ensuite sur toutes les cellules environnantes sans respecter leurs limites (Cerinthe aspera et minor, Echium vulgare, Helianthus tuberosus, Cucurbita Pepo) ; quelquefois tout est silicifié à l'exception des poils (Humulus lupulus, Ulmus campestris, etc.), ou bien les

' Kuop (Landw. Versuchsstat., cah. VI, 2611) dit; < Comme l'acide sUicigoe se rencontre toujours eu grande aboodacce dans la gaine des feuilles, il contribue sans ancun doute à la solidité de ces parties, et sert en mime temps à préserrer la jeune tige contre les influences extérieures. * Et plus tard, cah. IX, SOI : t L'acide silicique que l'on a désigné comme un élément nécessaire à l'évolution des organes des graminées, m'a paru ne faire qu'accompagner les autres éléments, et bien qu'il contribue évidemment à la solidité des tjssus des gaines des fenilles, je ne crois pas qu'on doive le mettre au nombre des principes nutritifs. »

îdbyGoogle

Page 1