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SUR LA CREATION ET LA DESTRUCTION DU PRINCIPE COLORANT

foncée aussi bieo dans l'obscurité la plus profonde qu'à' la lumière même du soleil. Il est possible, sans qu'on puisse encore Taffirmer, qu'il en soit de même des rejetons de fougères; pour les autres cryptogames, je n'en sais rien. En tous cas, que le développement de la. couleur verte soit on non dépendant de la lumière, il est toujours lié à nue certaine température: pour chaque plante il y a un minimum qui ne doit pas être dépassé, et qui, du reste, ne correspond pas à celui du développement des feuilles; il existe souvent des d^és intermédiaires où, par l'éclairage le plus brillant, les jeunes feuilles restent incolores. Les cotylédons de gymnospermes sont soumis à cette règle comme les autres. L'influence de la température est donc encore plus étendue que celle de la lumière dans le développement de la chlorophylla — Quant aux rayons qui jouent le plus gr^nd rôle dans ce phénomène, toutes les observations s'accordent à prouver que les diverses régions du spectre doivent toutes, avoir une certaine action, mais que ce sont les parties les -plus éclairantes (rayons jaunes et voisins) chez lesquelles elle ■ se manifeste avec ta plus grande énergie. L'influence de la lumière sur la formation de la dilorophylle n'est donc point parallèle à celle qu'elle exerce sur le chlorure d'argent.

Dans le développement de la chlorophylle il faut distinguer, comme je l'ai démontré ailleurs ', ta formation plastique des grains et la production du principe c(rforant. La première phase s'accomplit par la division de la couche pariétale du protoplasma (comme cela se passe dans la formation des Gonidies de beaucoup d'algues), et peut avoir lieu soit chez des monocotylédones, soit chez des dicotylédones dans l'obscurité la plus profonde, comme je l'ai observé pour le Phaseolus multitlorus, Cucupbita, Beta vulgaris, Helianthus annuus et tuberosus. Dahlia variabilis, Allimii cepa*. De cette manière se forment des grains de chlorophylle jaunes (étiolés) qui, lorsqu'on les soumet à l'influence de la lumière, verdissent et grossissent. Dans le développement normal, la formation des grains et leur coloration marchent parallèlement ; même quelquefois le protoplasma est vert avant d'être divisé en grains *. Ainsi, les deux éléments nécessaires à la formation de la chlorophylle sont, en quelque manière, indépendants l'un de l'autre, et ce n'est que par son influence diimique sur la couleur verte que la lumière est indispensable. Il est même probable qu'une partie seulement de la couleur verte se développe à la lumière. D'après les données de Frémy *, la couleur vraie de la dJorophylle serait décomposable en un principe bleu et un jaune ; ce serait à ce dernier que

' Lotos, Pragne, 1859, janner, Bot. Zeîtg. 1662, p. 365 et 1864, p. 289. ■ Yoy. Ann. des 8c. nat. 1857, le travail de H. A. OriB sur la chlorophylle. ' Cncnibita et VieU foba, Bot. Zeitg. 1862, p. 366. * Ann. dei Se. n&t. 1860, t. xm, p. të.

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les feuilles étiolées dans l'obscurité devraient leur coloration. Dans une plante étiolée qu'on soumet à Tiniluence de la lumière, il se développerait donc en réalité un principe bleu qui, par son mélange avec le principe jaune préexistant, produirait la couleur verte. L'expérience de Frémy, qui demande à être reprise, traitée plus à fond, se fait comme suit : dans une solution alcoolique de chlorophylle , on verse deux parties d'éther et une partie d'acide chlorhydrique dilué ; on agite le mélange, et uœ couche d'éther colorée en jaune se sépare de l'acide chlorhydrique coloré en bleu. — Les cellules qui verdissent dans l'obscurité renferment peutêtre une substance qui agit sur le protoplasma comme dans d^autres cas la lumière. C'est ce que semblerait prouver le fait, par moi découvert ', que d^ grains de chlorophylle étiolés ou même du protoplasma, qui doit plus tard se transformer en chlorophylle, sont capables de prendre sous l'influence de l'acide sulfurique fumant une couleur verte semblable à celle des grains de chlorophylle parfaits. Les données sur la composition chimique du principe vert ne nous apprennent rien d'important. Le rapport du fer avec la formation * de la chlorophylle se trouvera au chapitre : <i Principes nutritife. «

Les anciennes notions sur le verdissement dans l'obscurité ' sont ou inexactes ou trop peu précises pour avoir une valeur scientifique. Les embryons verts de beaucoup de plantes ne sont point, comme on l'a cru longtemps, un exemple de chlorophylle verdie dans l'obscurité. La lumière pénètre à travers les parois du carpelle et le testa de la graine avec assez d'énergie pour amener ce résultat. C'est ce que montrent des expériences de Bohm, que lui-même a mal interprétées (v. Bot. Ztg. 1859, p. 28), dans lesquelles des embryons d'Acer, Raphanus, Astragalus et Celtis n'ont pas verdi dans l'obscurité. Le premier exemple que j'aie observé de chlorophylle développée dans l'obscurité est celui du Pinus pinea, (Lotos 1, c), et plus tard du P. canadensis, sylvestris, Strobus, Thuya orientalis *. Ces cotylédons, d'abord incolores, deviennent plus tard verts, bien qu'encore entourés de l'endosperme opaque, du testa de la graine enfoncée sous deux à trois pouces de terre et lorsque, de plus, le vase qui les renferme est couvert d'un récipient opaque et placé dans un endroit obscur; des graines de Graminées et de Crucifères semées en même temps donnèrent, comme on pouvait s'y attendre, des plantes complètement étiolées. — Ce que j'ai dit plus haut des fougères se rapporte à des expériences faites sur de forts pieds d'Adianthum capillus veueris, Polypodiuni vulgare, Aspidium spinulosum, Scolopendrium officinamm, Pteris chrysocarpa, dont toutes les frondes, même celles qui dépassaient à peine la terre, avaient été coupées. Dans cet état, les plantes furent mises dans l'obscurité et y restèrent plusieurs mois; les frondes développées pendant

' Sachs, Lotos, Prague, 1859, janvier,

* PfEtaadler îd Ann. der Chem. nnd Pharm, XII, p. 37.

' ParticubÈrement celles de Humboldt qu'on cite souvent ; de Candolle, Physiologie, n.

' Flora, 1862, p. 213; 1864, a' 32. H. na Mohl (Bot. Zeilg. 1861, p. 256) montra que le pigment vert des germes da pin est bien réellement de la chlorophylle en grains, colorée en bleu verdàtre par SOj et donnant par l'alcool une solution verte fluorescent en ronge.

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