‹ Physiologie végétaleChapitre 8 sur 121 · SUR LA CRÉATION ET LA DESTRUCTION DU PRINCIPE COLORANT · texte numérisé non relu

SUR LA CRÉATION ET LA DESTRUCTION DU PRINCIPE COLORANT

ce temps étaient fort hautes, le limbe très-petit mais d'une couleur verte foncée. Supposez même qu'une partie de cette couleur verte se fût déjà formée dans le bourgeon, celui-ci entouré de toutes les parties plus âgées, plus ou moins caché dans la terre, ne recevait certes pas une lumière bien intense. — J. Bohm a publié en 1863 une observation tout à fait isolée, d'après laquelle des cotylédons de Pinus pinea, qui avaient germé par une température de 5 à 7° B., n'ont pas verdi. Il n'a pas reconnu la loi très-importante de la nécessité absolue d'un certain degré de température, loi que j'ai démontrée (t'iora, 1864, W 32). Pour le Pinus pinea et le P. canadensis, j'ai toujours trouvé que les cotylédons restaient jaunes lorsque ta germination avait lieu par une température de 11,7° C. Bdhm n'a pas remarqué qu'une température suffisamment élevée pour le développement des parties du germe, ne l'est pas toujours assez pour provoquer le verdissement. J'ai déjà observé ce fait intéressant pendant l'été si froid de 1862 sur le Holcus saccharatus^ Zea Maïs, Setaria italica, Cucurbita Pepo, Phaseolus multiflorus et vulgaris végétant en pleine terre ; la température défavorable du mois de juin fut bien suffisante pour amener le développement de feuiUes nouvelles, mais celles-ci restèrent jaunes et ne verdirent que postérieurement par un temps plus chaud. J'ai trouvé (1. c.) que des feuilles étiolées d'un germe de Phaseolus multiflorus devenaient vertes en quelques heures par une température de 30 à 33 " C, mais à la lumière seulement ; darfe l'obscurité elles restaient jaunes ; de 17 à 20° C. leverdissement fut beaucoup plus lent; de 8 à 10° C. en sept heures il n'y en avait encore aucune trace, et au-dessous de 6° les feuilles restèrent quinze jours sans modifications. Des germes de Mais étiolés ne se colorèrent pas dans l'obscurité par une température de 24 à 35° C. A la lumière faible de l'intérieur d'une chambre il y avait déjà, au bout d'une heure et demie, un effet manifeste, et au bout de sept heures les feuilles étaient tout à fait vertes et d'aspect normal. De 16 à 17°, ce n'est qu'au bout de cinq heures que les premières traces de couleur furent visibles; de 13 à 14° C, au bout de sept heures, il n'y avait encore rien, et au-dessous de 6° les feuilles restèrent quinze jours à la lumière sans se modifier. — Brassica Xapus : de 13 à 14° C. sur la fenêtre, les gennes étiolés étaient déjà verts au bout de vingt-quatre heures ; de 3 à 5° C, au bout de trois jours on voyait quelques traces de vert, et au bout de sept jours la coloration était complète. — Les jeunes feuilles d'AUium Cepa, au sortir de l'oignon, restèrent sans se colorer neuf heures en plein air de 0 à 9,4° C. ; au bout du même temps, elles étaient d'un vert clair par une température de 15° C. et tout à fait colorées dans la chambre de 20 à 30° C. Des feuilles dans les mêmes conditions observées par un jour nuageux: de 33-36° C, dans l'obscurité, en quatre heures il n'y eut aucun changement ; dans la chambre, un verdissement positif; de 13-14° C. aucun effet ne se produisit dans le même temps. — Des expériences semblables faites sur le Carthamus tinctorius et le Cucurbita Pepo montrèrent d'une manière parfaitement décisive que ni la lumière ni la température isolées ne sont capables de produire le verdissement ; elles doivent travaiUer ensemble avec une certame intensité. A éclairage égal, une élévation de température hâte le phénomène. Je crois avoh- reconnu que, dans le Cucurbita Pepo, la lumière restant la même, la vitesse du verdissement croissait comme le carré des

températures. — Pour les observations faites avec un très-haut degré du thermomètre j^en réfère au chapitre : m luflueuce de la chaleur. »

L'influence de la lumière sur le verdissement est tout à fait locale et limitée à l'endroit même rencontré par le rayon. Si Ton fixe une petite lame de plomb sur une feuille étiolée, le reste de la feuille se colorera, tandis que la partie protégée par la lamelle restera jaune. Mais il faut que l'écran soit exactement appliqué : s'il peut pénétrer la moindre lumière par-dessous, la partie protégée se verdira, même avant les autres, à cause de la température plus élevée de la lamelle de plomb. C'est €omme cela que j'explique que des feuilles de mais enveloppées d'un cornet de papier ont verdi plus tôt que les autres '.

La lumière artificielle suffit pour verdir de la chlorophylle étiolée : P. de Candolle • a vu des germes de Lepidium sativuni, Sinapb alba, Myagrum sativum, verdir à la lumière de six lampes d'Ai^nd. Hervé Mangon * produisit par la lumière électrique le même effet sur des feuilles de seigle.

L'influence de lumières diversement colorées, sur le verdissement, a été étudiée par Dauheny, D.-B, Gardner, Hunt, Guillemain et moi-même. Pour les détails de mes expériences, je renvoie à mon travail: nUeber die Wirkungen farbigen Lichts auf Pflanzen. » Bot. Zeitg. 1864. Je me bornerai à indiquer la méthode que j'ai employée et je rapporterai les résultats obtenus par Guillemain. Suivant bi méthode de Gardner il plaçait des germes sous l'influence des différentes parties du spectre, isolées par des écrans * : il travaillait dans une chambi-e sombre avec des prismes de cristal de roche, de sel gemme et de flint-glass. Il poi-ta son attention soit sur la rapidité, soit sur l'intensité du verdissement. « Si l'on prolonge, dit-il, les courbes d'intensité lumineuse d'un côté jusqu'aux rayons fluorescents, de l'autre jusqu'au maximum calorifique, en ayant soin de ne pas les laisser tomber brusquement au delà du rouge et du violet, on aura une représentation assez exacte de l'énergie de l'influence de chaque rayon sur la chlorophylle. » Le maximum d'intensité tombe sur les rayons jaunes et voisins, ainsi que Gardner l'avait trouvé. On voit déjà par là que l'influence de la lumière sur la chlorophylle n'est point parallèle à celle qu'elle exerce sur les sels d'argent. Gardner a montré qu'un rayon qui a traversé une solution de chromate de potasse et qui par conséquent a perdu toute influence sur une plaque photogra- Pig. 4. pMque, peut encore verdir des plantes. C'est ce

* Flora, 1862.

* Méin. prés, à l'inat. des 8c. par divers savants. Hath. et Phjs. 180G, 1. 1, p. 332.

* Comptes rendus, 1661, p. 243.

* Production de ta chlorophylle, etc. Ann. des Se. nat. 1857, TIl, 160-

DigizedtyGOOgle

Page 1