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A. — CONSTITUTION

La constitution est l'état anatomique, statique, d'un sujet. Il est grand, petit, robuste, grêle, gras, maigre, proportionné, difforme, etc.

Le squelette forme la base de la constitution, la charpente osseuse fondamentale de l'individu. Au point de vue qui nous occupe, de la divination du caractère, les dimensions du squelette n'ont qu'une mportance secondaire. De ce qu'un homme est large ou mince, à crâne rond ou pointu, à face courte ou allongée, on ne peut guère conclure touchant sa mentalité. Ainsi les signes de formes et de dimensions de la tête sur lesquels reposaient certains systèmes physiognomoniques anciens n'ont plus guère de valeur pour nous.

Il en est de même pour les qualités esthétiques de la personne, qui intéressent plus l'artiste que le physiognomoniste. Certes, la régularité, la beauté

des traits jouent un rôle important dans la première impression que nous procure un inconnu. Une face plate, camuse, nous donne une impression désagréable, comme des yeux trop petits, un menton fuyant r un profil disgracieux nous choquent et nous déplaisent. Mais cette impression toute superficielle ne nous apprend rien sur le caractère. Très souvent elle est trompeuse, et la laideur peut cacher un noble esprit, comme la beauté orner un coquin.

En revanche, les proportions crâniennes ont ub haut intérêt au point de vue anthropologique. C'est en effet d'après les formes et dimensions de la tête qu'on distingue et classe les diverses races en dolichocéphales, brachycéphales, etc. Je n'insiste pas sur cette question qui n'appartient pas à notre sujet.

Au point de vue de la capacité intellectuelle, les indices crâniens sont également significatifs. Depuis longtemps Camper a montré que le degré d'intelligence d'un individu se mesure approximativement à l'ouverture de son angle facial. C'est l'angle que forme la ligne passant par le front et la lèvre supérieure avec la ligne passant par la base des narines et le trou de l'oreille. Étant de 8o° environ pour l'européen normal, il diminue chez les races inférieures et chez les idiots, et peut descendre chez les singes jusqu'à 4o, 35 et même 3o°. On sait par contre que les Grecs donnaient à leurs statues divines un angle facial très ouvert. Celui de l'Apollon

du Belvédère dépasse môme 900. Bien que la valeur de l'angle facial soit en partie discutable1, on peut admettre cependant d'une façon générale qu'il est

Fig. k- — Angle facial de l'homme et du chimpanzé.

proportionnel au degré d'intelligence des sujets. La même appréciation s'applique à la capacité crâ-

1. Topinard. Études sur Pierre Camper et sur l'angle facial dit de Camper. — Revue d'anthropologie, t. II, Paris, 1871. — Des diverses -espèces de prognatisme. t. I et t. IV.

Mantegazza. — Dei caracteri gerarchici del cranio umano. Arch. d'antropologic et d'ethnologie, t. V, p. 32. Florence, 1876.

IIartenberg. — Physionomie. 5

nienne. Il est établi que, toutes choses égales d'ailleurs, un homme intelligent et cultivé possédera un volume crânien plus vaste qu'un imbécile ou un inculte. Les statistiques, recueillies chez les chapeliers et portant comparativement sur des ouvriers et des intellectuels, ne laissent pas de doute à cet égard. Toutefois, cette vérité est simplement relative, car ainsi qu'il ressort des recherches sur le poids du cerveau, il importe de tenir compte non seulement de la quantité, mais encore et surtout de la qualité de la matière cérébrale, c'est-à-dire de l'organisation fonctionnelle des divers centres cérébraux.

Donc, pour le physiognomoniste, les dimensions et la capacité crâniennes ne fourniront que des indications de peu de valeur. Tout ce qu'on en peut déduire, c'est qu'un crâne excessivement petit aura peu de chances d'abriter une intelligence vaste ; mais par contre, un crâne démesuré ne signifiera nullement un homme génial, témoin la tête hypertrophiée des idiots hydrocéphales.

Si nous envisageons les proportions corporelles, même absence de renseignements pour nous.

Pourtant la finesse des extrémités semble passer à juste titre pour un signe de distinction d'esprit. Des mains belles, longues, élégantes indiqueraient un caractère élevé, tandis que des doigts courts, noueux, épais révéleraient un homme brutal et grossier. Ali-Pacha disait de Lord Byron qu'il eut facile-

ment reconnu en lui l'homme de génie et de haute naissance, à la beauté de ses mains et de ses oreilles.

Il en serait de môme pour la finesse générale des tissus. Un sujet à la peau fine, aux muqueuses délicates, aux cheveux soyeux, aux formes grêles serait doué d'une sensibilité délicate et d'un esprit fin, tandis qu'une peau rude, des muqueuses épaisses, des cheveux durs, des formes grossières, dénoteraient une sensibilité rude et grossière. Ces correspondances peuvent s'expliquer, en admettant que le tissu nerveux, participant aux qualités générales de tous les tissus de l'économie, serait plus délicat et partant plus sensible chez les sujets à peairet à cheveux fins, plus grossier et moins sensible chez les sujets à peau et à cheveux rudes.

Une cause d'erreurs dont il faudrait se défier dans ce genre de diagnostic, est l'empâtement des traits et des formes par la surchage graisseuse. Un individu à la face grasse et grosse n'est pas nécessairement un homme grossier. Sous l'épaississement de la peau et la couche adipeuse, il faut savoir déceler l'expression mimique des muscles faciaux.

Donc, en définitive, les dimensions et les formes du squelette et des tissus mous ne peuvent servir de base à un jugement physiognomonique.

Il n'en est plus de môme pour les déformations et les anomalies de ces mêmes parties, qui nous fournissent au contraire des indications de grande valeur.

C'est en effet par des déformations et des anomalies que se révèlent les tares de la dégénérescence.

La notion de la dégénérescence qui joue en pathologie moderne un rôle si considérable était totalement négligée des anciens. C'est ici le lieu d'en indiquer le principe assez ignoré du public, qui emploie le terme sans trop en connaître le sens.

La Dégénérescence.

A Morel, l'illustre aliéniste français, revient l'honneur d'avoir formulé le premier la conception de la dégénérescence. Bien qu'on en ait abusé depuis lors, ses bases restent toujours solides, et elle rend des services insignes en pathologie menlale.

Comparant le développement de l'homme aux races animales et végétales, Morel a conçu la dégénérescence de l'espèce humaine comme « une déviation maladive du type normal de l'humanité *». Sous une forme plus vulgaire, on peut dire que le dégénéré est un sujet qui a mal poussé. De même qu'une plante grandit et pousse de travers, un être humain peut croître et pousser de travers ; c'est un dégénéré. Les influences qui provoquent cette anomalie

i. Morel. Traité des Dégénérescences, Paris, 1857, P- 5-

de développement sont héréditaires ou individuelles. Tantôt c'est le germe humain qui, par maladie (fièvre, goutte, syphilis), intoxication (alcool, morphine), lares propres, est entaché d'un vice dont le descendant sera frappé ; tantôt c'est pendant la croissance intrautérine (accidents, émotions, maladies de la mère, etc.), pendant l'allaitement de la première enfance, que le rejeton sera altéré par des causes entravant son développement normal. Quelle que que soit l'étiologie, le sujet sera mal développé, mal formé, ce sera un dégénéré.

On conçoit sans peine que ces dystrophies puissent revêtir des formes très diverses. D'abord, on les divise en deux classes: celles qui affectent 1 organisme général, celles qui affectent le système nerveux et le cerveau en particulier.

Comme il est rare qu'un trouble de développement affecte l'organisme sans toucher en même temps le névraxe et l'encéphale, on devine l'importance que la question de la dégénérescence mérite dans notre étude, puisque les signes visibles permettront de préjuger des signes invisibles. Il faut donc que le physiognomoniste dépiste au premier examen les stigmates corporels dégénératifs apparents qui l'inciteront à chercher les stigmates psychiques cachés.

Stigmates corporels. — Les plus éloquents rési-

7o PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE

dent à la tête et à la face qui sont offertes aux yeux de l'observateur.

D'abord, les malformations générales du crâne. On distingue la macrocéphalie , ou exagération du volume de la tete ; la microcéphalie, ou diminution exagérée du volume de la tête ; l'acrocéphalie, ou crâne pointu en pain de sucre; \&platycêphalie, ou crâne aplati au sommet; la plagiocéphalie, ou crâne asymétrique à déformation oblique ovalaire ; la scaphocéphalie, ou crâne en forme de navire. Puis viennent les vices d'implantation des cheveux, les anomalies du tourbillon qui est double ou rejeté de côté, le vitiligo du cuir chevelu avec mèches blanches.

La face peut présenter : i° l'asymétrie faciale coïncidant le plus souvent avec l'asymétrie crânienne; 2° le prognathisme des mâchoires ou, au contraire, de l'atrophie du maxillaire; 3° la forme et l'implantation vicieuse des dents ; 4° le développement excessif des apophyses zygomatiques et de l'arcade sourcilière; 5° des malformations de la voûte palatine, rétrécie ou ogivale; 6° des tares oculaires, strabisme, coloboma, etc.; 70 le bec de lièvre; 8° enfin des malformations du pavillon de l'oreille, oreilles en anse de panier détachées de la tête, oreilles mal ou non ourlées, au lobule adhérent, etc.

Quant au corps proprement dit, il peut présenter ■des difformités variables, gigantisme, infantilisme, pieds bots, mains irrégulières, anomalies des orga-

STRUCTURE PHYSIQUE 7i

nés génitaux. Quelquefois le squelette est simiesque. Si l'on rencontre ectte attitude penchée, ce prognathisme de la face, ces bras trop longs, on pourra affirmer la dégénérescence avec toutes les tares mentales qu'elle comporte.

Parmi ces stigmates, les plus intéressants pour nous, ceux dont nous devons toujours nous souvenir sont :

D'abord les difformités corporelles grossières, taille trop petite, structure infantile, système pileux atrophié chez un adulte.

Puis, l'asymétrie marquée du crâne et de la face, le prognathisme des mâchoires, le développement excessif de l'arcade zygomatique et de l'arcade sourcilière, les malformations auriculaires. Leur ensemble constitue le type le plus fréquent des dégénérés. Qui n'a été frappé par ces faces irrégulières, au front renflé de bosses étranges, aux yeux enfoncés entre des sourcils et des pommettes proéminentes, aux mâchoires saillantes, aux oreilles plates, irrégulières et décollées !

Parfois encore, le dégénéré se distingue par une façon originale de s'habiller, couleurs voyantes, bijoux excessifs, pour la femme ; chapeaux extravagants, cravates flottantes, pour les hommes, comme ces individus à allures de prophète qu'on rencontre parfois dans les rues de Paris et qui sont de misérables infirmes du cerveau.

En résumé, si vous vous trouvez en face d'un individu dont l'aspect par ses déformations ou ses anomalies s'éloigne par trop de l'harmonie normale des traits humains de sa race, vous pourrez conclure à peu près sûrement à la dégénérescence.

Stigmatespsychiques. — Voyons maintenant, après les stigmates physiques, quels sont les stigmates mentaux de la dégénérescence. Comme je l'ai dit, il est rare que les anomalies physiques ne se complètent par des anomalies mentales. En face d'un dégénéré somatique, on pourra donc presque sûrement affirmer l'existence de la dégénérescence mentale. Ces stigmates peuvent porter sur les grandes fonctions de la vie psychique, l'intelligence, l'émotivité, la volonté, et enfin le sens moral.

L'intelligence des dégénérés varie suivant une grande échelle qui va de l'idiotie complète au génie.

A la base nous trouvons l'idiot, chez qui les facultés intellectuelles sont tout à fait rudimentaires. Incapable de se guider, de se mêler à la vie sociale, c'est un sujet d'asile, et comme tel ne nous intéresse pas.

J'en dirai de même pour l'imbécile, moins dépourvu que l'idiot, mais incapable pourtant de jouer un rôle dans la société.

Le débile au contraire, qui occupe l'étage supérieur, peut dans une certaine mesure remplir des

fonctions médiocres. 11 fait de son mieux, mais ne s'élève jamais bien haut.

Il n'en est pas de même de ceux qu'on nomme les dégénérés supérieurs, où l'on trouve non plus une absence totale de facultés intellectuelles, mais une inégalité de ces facultés. Chez eux, une aptitude psychique peut être développée à l'excès, jusqu'à mériter le nom de génie, tandis que les autres font entièrement défaut. L'intelligence présente des lacunes et des trous. Tel sera musicien et poète, mais incapable d'un acte pratique. Tel autre possédera une parole éloquente jointe à une absence entière de jugement. Personnages trompeurs, dangerei x, dont il faut toujours se défier, car l'éclat de leur talent qui éblouit dissimule le vide absolu du reste.

Les stigmates émotifs des dégénérés sont très variables. D'une façon générale leur sensibilité, leur impressionnabilité est excessive et capricieuse. Ils sont exposés à tous les troubles pathologiques de l'émotivité : anxiété, doute, scrupules,, phobies, obsessions, perversions sensuelles. Le plus souvent ils sont égoïstes, vaniteux, parfois pessimistes et misanthropes.

Les stigmates volontaires consistent en une volonté instable, irrégulière, sans persévérance, tantôt entravée d'aboulies, tantôt au contraire coupée d'impulsions irrésistibles, à la boisson, au vol, à l'incendie, à l'homicide, au suicide.

Au point de vue moral, le sens éthique des dégénérés peut être totalement absent, ou bien insuffisant à refréner leurs passions mauvaises. Cette amoralité pousse les hommes au vol, à l'escroquerie, les femmes à l'inconduite et à la prostitution.

Enfin, par dessus tout, les dégénérés sont susceptibles de réaliser parfois des accès de délire transitoire. Ils offrent un terrain préparé pour tous les désordres psychiques, manie raisonnante, mélancolie anxieuse, folie de persécution, etc.

Telle est rénumération très brève de toutes les anomalies mentales que peuvent présenter les dégénérés. Il est bien évident qu'elles ne se réunissent pas toutes chez un même sujet, mais existent seulement en petit nombre ou même isolées chez un individu.

Certes, d'après la vue des stigmates physiques, l'observateur le plus clairvoyant ne pourra pas définir, du premier coup d'œil, quelle est la tare psychique de l'individu : c'est à l'enquête ultérieure qu'il appartiendra , de préciser le diagnostic. Mais déjà, l'aspect dégénératif permettra de porter un jugement total sur l'ensemble du caractère, de soupçonner une façon anormale de sentir et de réagir. On peut affirmer alors qu'on se trouve en présence d'un sujet dévié, dont le cerveau et les actes ne sont pas réglés comme ceux de tout le monde. Les dégénérés sont des originaux, des déséquilibrés, des excentriques. Deux mots caractérisent leur menta-

Hté : ils sont à la fois inégaux dans leurs aptitudes, instables dans leur conduite.

Leurs stigmates visibles nous disent que tel sujet, malgré ses facultés brillantes, est à quelque degré un infirme, un homme sur lequel on ne peut pas compter, dont il faut toujours se défier, car on ne sait jaà quel caprice sa conduite pourra tourner. Et l'on doit toujours se demander quelles lacunes du cerveau, quelles défaillances, quelles perversions se cachent sous ses apparences correctes ou aimables.

C'est ainsi que la notion de la dégénérescence, sans fournir une base de diagnostic psychique précis, apporte un avertissement précieux. Comme ces poteaux plantés sur le bord des routes, les stigmates physiques de dégénérescence nous disent : Attention! tournant dangereux!

En résumé, de l'anatomie corporelle et céphalique, le physiognomoniste ne peut tirer que des indices incertains et partiels. Il n'en est plus de même de l'état physiologique de l'organisme que nous allons envisager maintenant.

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